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Publié : 26 avril 2013
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Danemark : les profs jetés à la rue

Depuis le 1er avril, près de 70,000 profs de l’enseignement public danois sont privés de leur travail suite au lock-out imposé par leur employeur, la Confédération des pouvoirs locaux. Ce lockout est le dernier acte d’une série de mesures d’austérité prises par le gouvernement de centre-gauche dirigé par le premier ministre social-démocrate Helle Thorning-Schmidt.

Après une première année de mandat pendant laquelle le nouveau gouvernement avait mis en oeuvre quelques changements de politique bienvenus, comme des droits accrus pour les immigrés et pour les homosexuel(le)s, l’enthousiasme est fortement retombé et a fait place à la résignation dans une partie de la population mais aussi à l’indignation et à la résistance - notamment après que le gouvernement ait fait bloc avec l’opposition de droite au parlement et accepté de baisser les taux d’imposition pour les plus riches tout en coupant dans les allocations des chômeurs et des handicapés.

 37 heures à l’école ?

Le conflit qui s’est développé dans l’enseignement est maintenant au centre du débat dans le pays. Au Danemark, les conventions collectives dans l’enseignement ont une durée de quatre ans et la dernière arrivait à échéance le 1er avril. Dans le cadre de la préparation de la nouvelle convention, la ministre de l’Enseignement a proposé en décembre une réforme du système scolaire, projet qui s’est encore durci suite à l’intervention de la Confédération des pouvoirs communaux (KL) qui est le pouvoir organisateur pour les niveaux du primaire et du secondaire inférieur de l’enseignement public.

L’objectif affirmé de ces réformes est d’améliorer la qualité de l’enseignement en donnant plus d’heures de cours aux élèves. Mais ce sont les profs qui vont payer le prix de ces réformes. Actuellement, les enseignants donnent au minimum 16 et au maximum 25 heures de cours par semaine. A ceci s’ajoutent évidemment les heures de préparation, de correction (en général à la maison, après leurs heures) et d’encadrement. La KL veut désormais que le nombre d’heures ne soit plus l’objet d’une décision collective nationale mais que les directions d’école puissent décider individuellement. Les enseignants ne pourraient donc plus organiser eux-mêmes leur travail. En outre, la KL veut que les enseignants prestent tout leur horaire – fixé à 37 heures – à l’école et qu’ils donnent davantage d’heures de cours. Ce qui veut dire que les enseignants auraient moins de temps pour la préparation et le suivi, ou alors qu’ils devraient faire ce travail pendant leur temps libre.

La direction du Syndicat National des Enseignants (DKL) avait marqué son accord sur plusieurs de ces mesures mais, lors du vote décisif, la majorité des délégués ont voté contre le paquet global de mesures. Suite à quoi la KL a décrété le lock-out, c’est-à-dire la fermeture pure et simple des écoles, les enseignants ne recevant plus le moindre salaire. Pour le moment, le gouvernement n’est pas encore intervenu directement dans le conflit mais comme la ministre est sur la même ligne que les employeurs, il ne faut pas s’attendre à ce que le "compromis" qu’elle pourrait proposer soit très différent des exigences de la KL.

 Actions quotidiennes

Avec l’actuel lock-out à durée illimitée contre les syndicats d’enseignants, les partis au gouvernement (qui contrôlent bon nombre de communes) ont franchi une nouvelle étape dans l’attaque contre leur propre base électorale parmi les travailleurs.

Pour que les enseignants aient une chance de l’emporter, il faut que la solidarité avec les enseignants s’étende auprès des autres groupes de travailleurs, tout particulièrement dans les services publics. Le syndicat de ce secteur a annoncé des actions de grève en solidarité.

Depuis le début du mois, les 70.000 enseignants lock-outés ont lancé une campagne massive auprès du public, en menant des actions de protestation quotidiennes avec affiches, chansons, vidéos sur YouTube, des flashmobs dans tous les coins du pays et surtout une chaîne humaine de plus de 30 kilomètres entre Copenhague et Roskilde. Pendant ce temps, 780.000 enfants et adolescents passent leurs journées à la maison ou sur les lieux de travail de leurs parents.

Alors que les derniers sondages annoncent un score historiquement bas de 17% pour le Parti Social-Démocrate et un quasi-effondrement pour le Parti Socialiste du Peuple, supposé être plus à gauche que son partenaire gouvernemental social-démocrate, les députés danois de la majorité devraient s’inquiéter pour leur avenir s’ils ne changent pas de politique...

Article basé sur des informations de Bjarke Friborg, de l’Alliance Rouge-Verte (la coalition de la gauche radicale danoise) parues sur workersliberty.org et de Nikolaj Møller Kofod, du Parti Communiste Danois, parues sur solidaire.org.

Traduction et adaptation pour avanti4.be et skolo.org par Jean Peltier

Voir en ligne : http://www.skolo.org/spip.php++cs_INTERRO++artic...