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Publié : 7 juin 2013
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RÉFORME DU RECRUTEMENT : UN NOUVEAU RECUL !

RÉFORME DU RECRUTEMENT ET DE LA FORMATION DES ENSEIGNANTS : UN NOUVEAU RECUL



FORMATION DES
ENSEIGNANT-ES & C.P.E , CE QUI VA CHANGER EN 2014

L’année 2013-2014 sera transitoire, passant d’un système
de concours en M2
(écrit en hiver et oral au printemps de
l’année de M2, puis année de stage après la fin du master) à
un système de concours en M1
(écrit et oral au second semestre
de l’année de M1 pour passage en M2-fonctionnaire stagiaire, ou
M2- 2e présentation au concours pour les recalés).

Vocabulaire  :
M1 = master 1 = 1re année du master (bac + 4) M2 = master 2 = 2e
année du master (bac + 5) Master MEEF = master « métier de
l’enseignement », un master « préparation au
concours ». Les concours restent ouverts avec les autres
master, notamment disciplinaires.

IL
Y AURA DONC EN 2013-2014 :

  • Les fonctionnaires stagiaires,
    qui ont réussi l’écrit et l’oral et validé leur M2 cette
    année,
    et qui restent sur le même système que cette année,
    15 heures de cours pour les enseignants du secondaire par exemple,
    avec titularisation en juin 2014.
  • Les étudiants de M2
    admissibles,
    celles et ceux
    qui auront réussi l’écrit de juin 2013 et prépareront l’oral
    pour juin 2014.

  • Les étudiants de M2 non
    admissibles,
    qui prépareront à nouveau le concours (écrit +
    oral) et passeront les épreuves écrites à l’hiver 2014 et oral
    s’ils/elles sont admissibles en juin 2014.

Voir aussi les tableaux ci-dessous :

  •  En 2013/ 2014 :

FORMATION
DES ENSEIGNANTES ET CPE : PÉRIODE DE TRANSITION

EN
2013-2014

EN
2014-2015

ÉtudiantEs
de M1 en 2012-2013 qui passent le concours écrit en juin 2013. Le
Rectorat leur a proposé des contrats pour 2013-2014, et prévoit
un site internet avec vœux géographiques

Reçus

(« 
M2 » admissibles le 15 juillet 2013)

Contractuels
15 heures payées
18 + préparation M 2 + oral

Passent
l’oral en juin 2014, et si reçus deviennent
fonctionnaires
stagiaires à la rentrée 2014

Contractuels
6 heures payées 9
+ préparation M 2 + oral

Préparation
M 2 + oral

Non
reçus

M2
« préparation du concours » oral et écrit
ou redoublement
de M1

ÉtudiantEs
de M2 qui ont réussi l’écrit en 2012 et qui passent l’oral en
juin 2013

Reçus

Sont
fonctionnaires stagiaires à la rentrée 2013

Titulaires

Non
reçus

Re-préparation
du concours

Si
reçus, stagiaires à la rentrée 2014

  •  En 2014/ 2016 :

FORMATION
DES ENSEIGNANTES ET CPE : NOUVELLE FORMULE

EN
2014-2015

EN
2015-2016

ÉtudiantEs
de M1 en 2013-2014 : passent le concours au deuxième semestre
2014

Reçus

fonctionnaires
stagiaires à 9/18ème
+ formation + préparation du M2 :
titulaires en juin 2015

Titulaires

Non
reçus

préparation
du concours et du M2

Reçus
 : fonctionnaires stagiaires

Non
reçus : se représentent au concours

ÉtudiantEs
de M2 en 2013-2014 et préparation du concours (recalés en 2013)

Reçus
au concours

Fonctionnaires
stagiaires

Titulaires

Non
reçus

Re-préparation
du concours

Si
reçus, stagiaires à la rentrée 2015

N.B. Dans
les deux cas, l’échec au concours n’empêche pas la validation du M2
 : ceux-là repasseront le concours à volonté.

Ces étudiants de M2 admissibles en 2013-2014 seront recrutés
de façon prioritaire
par les rectorats, contrats qu’en
fonction de leur compte en banque les étudiants accepteront ou pas,
à tiers-temps payé mi-temps pour les moyennement fauchés, à
15/18e payés plein temps pour les plus fauchés.

LES
CONSÉQUENCES :

Les stagiaires occuperont en 2013-2014 encore une bonne
partie des postes à l’année à temps plein
(les postes à
15/18e, et les postes plein dont on passe 3 heures sup sur les
collègues
), puis viendront les M2 admissibles qui accepteront
les contrats de 15h
. Il restera donc très peu de postes pleins
pour les TZR et encore moins pour les contractuels habituels.
Les
BMP (bloc de moyens provisoires) 6h seront
donnés prioritairement aux M2 admissibles qui les
accepteront.
Habituellement, la moitié des TZR sont en AFA
(poste à l’année), ces TZR auront donc les postes
pleins restant et des postes partagés pour assurer les BMP
restants.

Les contractuels habituels seront donc la
dernière roue du carrosse,
celles et ceux ayant le moins
d’ancienneté n’ont quasiment aucune chance d’être rappelés,
selon les disciplines, selon le nombre de M2 qui auront accepté les
contrats, certains se retrouveront sans poste et perdront ainsi le
bénéfice de l’ancienneté qui leur permettrait d’atteindre les
6 ans de poste nécessaires à l’obtention d’un CDI.

Peut-être ce système ne durera-t-il qu’un an (il n’y
aura de M2 admissibles qu’en 2013-2014, les années suivantes les
M2 seront soit fonctionnaires stagiaires soit en préparation de tout
le concours
), auquel cas le rectorat rappellera bon nombre de
contractuels recalés en 2013 pour 2014-2015.

On peut aussi imaginer que ce système s’installe, avec un
recrutement prioritaire d’étudiants de M2 recalés au concours en
M1, et donc un turn-over important et une précarisation
accrue des non titulaires.


FORMATION DES
ENSEIGNANT-ES & C.P.E : UN NOUVEAU RECUL


Les six projets d’arrêté fixant l’organisation des
nouveaux concours de recrutement des enseignants (CRPE, CAPES ,
CAPEPS, CAPLP, CAPET) et du nouveau concours de recrutement des
conseillers principaux d’éducation (CPE) viennent de sortir et
définissent les épreuves de chaque concours.

La première session de ces nouveaux concours aura lieu au
printemps 2014
et sera ouverte aux étudiants inscrits en
première année de master
(ou de niveaux supérieurs).

Le concours se tiendra en fin de première année de master
(M1)
 ; pour les lauréats, la seconde année
de master est consacrée pour l’essentiel au stage
, avec une
obligation de service à 50 %, sous le double statut
d’étudiant et de fonctionnaire stagiaire.

La première année sera, comme elle l’était avant 2009, une
année de bachotage en lieu et place d’une véritable formation,
sans pratique. En seconde année, les stagiaires enseigneront à 50 %
de leur temps, avec une journée par semaine pour travailler avec
leurs formateurs du master compromettant la qualité de la formation.

UN RISQUE SÉRIEUX
D’AFFAISSEMENT DES CONNAISSANCES DISCIPLINAIRES DANS LE 1ER DEGRÉ

Pour le CRPE (Concours de Recrutement des Professeurs
des Écoles
), le coefficient des épreuves orales d’admission
vaut 2/3 de la note (160 sur 240)
et seuls 53 points, soit 22 %,
concernent les connaissances disciplinaires.

Autant dire que les formations de première année de M1 seront
essentiellement consacrées à la didactique 
 ; la maîtrise
des savoirs académiques y sera forcément un enjeu secondaire.
Ainsi, pour la première fois dans l’histoire des concours de
recrutement des enseignants du primaire, on n’exigera plus aucune
activité physique ou sportive des candidats, mais seulement une
épreuve de didactique de l’EPS. Même Xavier Darcos n’avait pas
osé le faire !

L’affaissement des connaissances disciplinaires des futurs
enseignants
résultera aussi du faible nombre de disciplines au
concours. Depuis 2009, sur les 13 disciplines enseignées à l’école
primaire, les candidats étaient évalués sur 10 d’entre elles.
Avec le nouveau concours, ils ne seront évalués que sur 4
disciplines
(en épreuves d’admissibilité : français
et mathématiques  ; en épreuves d’admission : EPS
et une discipline au choix parmi les sciences et
technologie, histoire, géographie,
histoire des arts, arts visuels,
éducation musicale, instruction civique et morale). On
peut donc craindre une réduction sérieuse des horaires de formation
dans les disciplines autres que les 3 retenues comme
« fondamentales ». Cette situation est vraiment alarmante
et laisse planer de noirs présages sur la future refonte des
programmes ! Le ministère de l’éducation nationale a-t-il
pratiquement renoncé à la polyvalence des maîtres du primaire ?
Est-il en train d’anticiper les effets de la réforme des rythmes
scolaires qui pourrait voir à terme les « petites
disciplines » artistiques et d’autres prises en charge par
les collectivités territoriales dans le cadre des activités
périscolaires ? En tout cas, ce nouveau concours modifiera
fortement l’identité professionnelle des enseignants du primaire,
très liée jusqu’ici à la polyvalence.

LE RETOUR DE
L’ÉPREUVE « AGIR EN FONCTIONNAIRE… » ?

L’épreuve "Agir en fonctionnaire de l’État et de façon
éthique et responsable" des concours actuels, sortie par la
porte, semble revenir par la fenêtre, en seconde partie de la
première épreuve d’admission du CRPE.
Epreuve ridicule s’il
en est : dans le meilleur des cas, le jury entendra des discours
sincères mais convenus, le plus souvent, il entendra les propos que
les candidats croiront devoir tenir « pour avoir le concours ».
Est-ce bien une façon de prendre l’éthique et le sens des
responsabilités au sérieux ? Cette épreuve ne sera pas
demandée aux candidats au CAPES. Le ministère de l’éducation
nationale juge-t-il que leur moralité soit a priori plus
assurée que celle des candidats au CRPE ? Nous demandons,
comme en 2009, la suppression de cette épreuve indigne !

LES ÉPREUVES
« PROFESSIONNELLES » SANS ÉLÈVES !

Au terme d’une année de bachotage sans stage, comment
peut-on évaluer (même de manière superficielle puisque l’épreuve
"ne nécessite pas une expérience professionnelle approfondie")
les compétences professionnelles d’un candidat qui n’a jamais
exercé, jamais été en présence d’élèves, les stages en
responsabilité n’ayant lieu qu’après le concours ?
C’est
aussi pertinent que de juger les qualités d’un nageur hors de
l’eau ! Si l’on veut défendre la didactique et la
pédagogie, on ne peut que refuser cette absurdité.

Que pourra raconter le candidat au jury ? Une
répétition théorique de ses cours et des stéréotypes, sans
aucune réflexion sur les pratiques pédagogiques… qu’il aura
l’année suivante ! C’est un vrai contresens ! Est-ce
qu’un candidat qui aura bien répété à un jury ce qu’on lui
aura appris sera pour autant un bon enseignant ? Où sera la
pensée personnelle ? Face à la réalité de la classe, le bon
candidat perroquet ne pourra que penser à l’incohérence des
épreuves et des enseignements de M1 ! Cette caricature de
concours achèvera la pédagogie, laissée agonisante après la
réforme catastrophique et réactionnaire de Darcos.

Au final, alors que la réforme annonçait la construction d’une
authentique formation au métier d’enseignant et l’appropriation
pratique et théorique des savoir-faire professionnels, on réussira
le tour de force de métamorphoser la didactique et la pédagogie en
choses apprises dans les livres pour les besoins d’un concours,
sans rapport avec une expérience pratique effective. Disons-le
clairement : c’est une parodie de formation pédagogique !

UNE DÉGRADATION
HISTORIQUE

Ainsi, après avoir ramené la formation initiale de trois ans
(2 années de master + 1 année de stage) à deux ans (l’année de
stage se confondra avec la deuxième année de master), Peillon
revient au scénario d’avant 2009 avec un concours au milieu des
deux ans de formation initiale, mais en pire.

En M2, les mémoires de recherche seront en fait des rapports
de stage,
comme avant 2009. Personne n’était satisfait de
cette formation mais Peillon s’apprête à refaire la même chose,
en pire ! Pourquoi ?

On verra s’affaisser le niveau de formation académique,
particulièrement pour les futurs PE. Or, on ne peut nullement viser
une meilleure formation pédagogique si on dégrade simultanément la
formation académique. Mais, de surcroît, la formation pédagogique
ne sera pas améliorée. Autrement dit, au total on conjugue une
alarmante dégradation du niveau de maîtrise des savoirs avec une
formation pédagogique inconsistante.

Y A-T-IL ENCORE
UNE ISSUE ?

Le Sénat pourrait adopter les 7 amendements défendus par le
GRFDE
(Groupe Reconstruire la Formation Des Enseignants) :
mettre en place, pour les lauréats d’un concours sur critères
disciplinaires situé en L3, une formation académique et pédagogique
de qualité en trois ans, en alternance progressive, sanctionnée par
un master et rémunérée, un dispositif beaucoup moins coûteux pour
les finances publiques que celui retenu par Peillon. On peut espérer
que les parlementaires seront au moins sensibles à cet aspect
budgétaire du dossier…

Cela dépend aussi des acteurs de la formation eux-mêmes :
par des votes clairs et fermes de refus de cette réforme dans les
CEVU
(Conseil des études et de la vie universitaire) et
CA (Conseil d’administration) des
universités
et les CE (Conseil d’école) des
IUFM, ils ont le moyen d’exiger et d’obtenir que l’année
transitoire 2013-2014 serve à organiser une réflexion sérieuse,

sans précipitation, sur l’ensemble du dossier pour mettre en œuvre
une authentique reconstruction de la formation des enseignants à la
rentrée 2014.

Et c’est notre rôle aussi d’exiger une formation
professionnelle, initiale et continue, de qualité.

D’après
l’
Expresso
du café pédagogique

d’
André Ouzoulias, et
SUD
ÉDUATION 29