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Publié : 6 juin 2013
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UNIVERSITÉ ET LA RECHERCHE, LE CHANGEMENT PROMIS TOURNE AU DÉSASTRE

Pour l’université et la recherche, le changement promis tourne au désastre

Cette tribune, publiée par l’Appel
des appels, est parue dans Le Monde du 21 mai 2013

On se souvient que la loi Liberté
et responsabilité des universités (LRU), adoptée dès août 2007,
juste après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la
République et considérée comme la grande réussite de son
quinquennat, devait rendre à l’université et à la recherche
françaises le lustre qu’elles avaient perdu et les élever au
niveau des meilleures universités du monde. Finalement, il s’avère
que cette loi a été, à bien des égards, un piège. Ce n’est pas
le principe de l’autonomie qui est en cause, mais la manière dont
elle a été conçue et réglementée.

La loi LRU, loin d’assurer l’indépendance des universités, a
renforcé leur dépendance à l’égard de l’Etat (curieuse
autonomie). Elle a confronté les universités à des difficultés
financières gravissimes en augmentant leurs charges sans moyens
nouveaux. Ces difficultés financières sont donc structurelles. La
loi oblige aussi les universités à réduire considérablement le
remplacement des postes vacants. Ces postes sont gelés pour leur
permettre de combler les déficits, d’où une crise de première
grandeur sur la question de l’emploi scientifique.

Enfin, elle a renforcé le principe d’une évaluation interne
des enseignements et de la recherche qui, en réalité, établit le
règne des petits potentats locaux, le clientélisme et la
médiocrité. Tel est le résultat de la politique mise en place par
Nicolas Sarkozy et Valérie Pécresse en matière d’université et
de recherche.

On aurait pu croire que l’arrivée du Parti socialiste au
pouvoir changerait les choses. La jeunesse n’était-elle pas au
centre de la campagne électorale du candidat François Hollande ?
L’université et la recherche ne sont-elles pas les institutions
dans lesquelles cette jeunesse reçoit une formation de haut niveau ?
Ne sont-elles pas au coeur des projets d’avenir du pays et de son
développement économique dans un monde où le savoir est devenu la
clé des productions et des emplois de demain ?

Or, à quoi assiste-t-on ? C’est simple : la politique
de François Hollande poursuit celle de Nicolas Sarkozy, peut-être
même en pire. Le changement ne concerne que l’affichage, la
réalité demeure la même, voire se dégrade. Un simple exemple peut
l’attester.

L’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement
supérieur (Aeres) mise en place en 2007, mais s’inscrivant dans
une dynamique lancée il y a plus de dix ans par le processus de
Bologne, accréditée et renforcée dans ses moyens par Valérie
Pécresse, est une institution qui coûte très cher à la nation,
sans avoir la moindre légitimité dans les communautés
scientifiques.

Elle risque d’être reconduite telle quelle, avec une petite
modification d’affichage par le pouvoir socialiste sous le sigle
Haeres (Haute Autorité de l’évaluation de la recherche et de
l’enseignement supérieur). Ainsi, l’amendement présenté par
Christophe Borgel (député PS de la Haute-Garonne) et adopté, le
mercredi 17 avril, par la commission des affaires économiques de
l’Assemblée nationale prévoit-il de reprendre, sous une légère
modification nominale, toutes les charges de l’Aeres.

Entre M. Sarkozy et M. Hollande, la différence ne
réside que dans un jeu d’écriture. La réalité reste identique.
Le député socialiste Christophe Borgel affirme que la reconduction
de la même institution, sous une minuscule transformation nominale,
s’explique par des " avantages juridiques et politiques ".
C’est cela " le changement, c’est maintenant ". Un
lendemain à l’image d’hier, en plus dégradé !

Rappelons que l’Aeres est fondamentalement contestée, donc
l’Haeres le sera tout autant, dans sa légitimité (elle est
entièrement constituée de membres nommés, c’est-à-dire choisis
sur des critères obscurs, mais dont il est facile de comprendre que
le principal est le copinage), dans sa représentativité (elle ne
représente en rien les communautés scientifiques des grands
secteurs de la recherche), mais aussi dans son fonctionnement et ses
jugements, sans parler de son coût exorbitant.

Il ne faut pas compter sur le PS pour en corriger les travers
structurels, parce que ce qui nous attend sera une aggravation de ces
travers, en particulier si l’Haeres est associée à la mise en
place de nouvelles instances d’évaluation locales. Aucune
réflexion sérieuse d’ensemble n’a eu lieu.

La consultation nationale n’a été qu’un leurre : faire
croire aux acteurs de ce domaine que l’on a tenu compte de leurs
avis. Plus que jamais, le PS légitime par la gauche le dépérissement
des institutions de savoir.

Outre la poursuite et même l’aggravation de la remise en
question de la science française s’opère actuellement une
destruction de l’emploi scientifique. Les universités ne peuvent
plus renouveler leurs personnels enseignants, ou autre. Ainsi
l’université Paris-Descartes, qui est loin d’être la plus en
difficulté, n’a pas attribué 16 postes cette année pour faire
face à ses charges supplémentaires, tandis que d’autres ont dû
geler la totalité de leurs postes venant à renouvellement. Un grand
nombre de jeunes scientifiques de haut niveau est ainsi dans
l’impasse, obligés de vivoter sur des postes instables, quand ils
ne sont pas obligés de s’exiler sous des cieux plus favorables, ou
tout simplement de s’inscrire au chômage. Une classe d’âge est
ainsi abandonnée à elle-même, voire sacrifiée.

En outre, cette prolétarisation des emplois se fera en "
globish ", puisque Geneviève Fioraso, la ministre de la
recherche et de l’enseignement supérieur, impose que les
enseignements soient dispensés dans la langue de Wall Street.
Incroyable !

Il semble que nos gouvernants actuels, comme leurs prédécesseurs,
ne se rendent pas compte que la remise en question de la langue
française pour l’enseignement et la recherche, sous prétexte de
permettre l’accueil d’étudiants étrangers (Coréens, Chinois et
autres), est la perte de ce qui a fait jusqu’à ce jour
l’universalité de la culture française.

Imposer l’anglais pour l’enseignement et la recherche, ce
serait réduire la France à une province sous tutelle linguistique
et sans aucun attrait. Quel étudiant viendra en France plutôt qu’en
Angleterre ou aux Etats-Unis ? Il faudrait que François
Hollande passe plus de deux jours en Chine pour s’en rendre compte.
Voilà la manière dont le gouvernement actuel fait de la jeunesse
une priorité nationale.

Cette politique risque de saborder définitivement l’université
et la recherche avec, en conséquence, un dépérissement des
humanités et, de surcroît, un effondrement du transfert des
connaissances vers l’industrie, dont Mme Fioraso fait l’éloge
incantatoire. Personne ne pourra dire qu’il ne savait pas.

Or il existe des alternatives à cette politique destructrice,
mais elles sont suspendues par le ministère de l’économie, qui,
par exemple, a la haute main sur le crédit impôt recherche.

Il importe absolument que les citoyens de ce pays sachent que, à
travers la crise dans laquelle se trouvent l’université et la
recherche françaises, c’est la possibilité pour le pays de jouer
un rôle dans la compétition internationale qui se pose. Pour peu
qu’il ait encore le souci de l’avenir de la nation, il est urgent
que le gouvernement se rende compte de cette situation et cesse de
prendre M. Sarkozy et Mme Pécresse pour modèles inavoués
et inavouables.

Collectif

Michel Blay, historien des sciences, CNRS ; Barbara Cassin,
philosophe, CNRS ; Michèle Riot-Sarcey, historienne ;
Bruno Chaudret, chimiste, membre de l’Académie des sciences ;
Michel Chauvière, sociologue politique, CNRS ; Michèle Gally,
professeure de littérature française, université d’Aix-Marseille ;
Vincent de Gaulejac, sociologue, université Paris-Diderot ;
Roland Gori, psychopathologue, université Aix-Marseille ;
Pierrette Poncelat, professeure de droit pénal, université de
Paris-Ouest Nanterre-La Défense ; Emmanuel Saint-James, maître
de conférences en informatique ; Yves Charles Zarka,
philosophe, Sorbonne, université Paris-Descartes.