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Publié : 4 juin 2005
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Ecole et mondialisation capitaliste - bulletin n° 18

Les textes de ce bulletin, et en général ceux produits par la CEMC, sont anonymes et assumés collectivement par la commission. Cependant, compte tenu de son intérêt particulier, la CEMC a le plaisir de publier cette étude envoyée par un camarade :

Marché de l’échec scolaire : Acadomia aide l’Etat !

“ Aux côtés des parents qui veulent aider leurs enfants. ” slogan d’Acadomia lors d’une campagne publicitaire en 2003

Créée en 1989, cette société anonyme au capital de 1 000 000 ¤ est le premier groupe français du cours particulier à domicile. Acadomia propose du soutien scolaire hebdomadaire, des stages de vacances ou de préparation aux examens et concours, ainsi que des initiations et perfectionnements en informatique, et également un enseignement musical à domicile.

Acadomia : des chiffres et des cours en hausse, “ Et les résultats sont là ! ”

“ Acadomia et les résultats sont là ! ”, ce slogan, matraqué un peu partout, n’est pas que publicitaire...

Implanté sur tout le territoire français avec un réseau de 65 agences, Acadomia permet à 22 000 “ enseignants ” de dispenser deux millions d’heures de cours à 78 000 élèves.

Sur le marché de l’échec scolaire, la réussite d’Acadomia est saisissante avec des cours bien particuliers.

Développée en franchise depuis 1999, cette enseigne figure désormais au marché libre de la bourse de Paris depuis avril 2000. Son action, introduite à 9,7 €, atteint aujourd’hui 40 €. Elle fera, courant 2005, son entrée sur le second marché.
Leader sur un marché estimé à 1,7 milliards €, son chiffre d’affaires, en 2004, s’élève à 63 millions €, son bénéfice net est de 3,77 millions €. Sa croissance était de 43 % en 2003. Objectif de son PDG Maxime Aiach, multiplier la taille de son entreprise par quatre ou cinq d’ici cinq ans, pour arriver à 10-12% de part de marché.

Acadomia : une affaire qui marche mais comment ?

Le professeur (niveau exigé : Bac+3 minimum), sélectionné et fiché informatiquement par Acadomia est, en fait, l’employé et le salarié des parents d’élèves au domicile desquels il intervient. Acadomia lui propose des élèves intéressés par des cours particuliers et met à sa disposition des services pour l’assister dans la gestion logistique et administrative de la prestation. La facturation de ces services s’établit mensuellement, variant de 5,34 € à 14,48 €.

Afin d’accéder au vivier de professeurs, les parents s’acquittent de droits d’inscription allant de 90 à 120 €.

Acadomia : des bénéfices pour tout le monde ou presque...

Cours privés : le prix de la réussite
Dans une société où plusieurs millions de personnes sont dans une situation économique précaire, l’inquiétude des parents pour l’avenir de leurs enfants incite un nombre grandissant d’entre eux à offrir à leur progéniture des cours particuliers (et de plus en plus dès le primaire) afin de garantir leur réussite scolaire et les rendre plus compétitifs sur le marché de l’emploi. Ces cours permettent parfois de remédier à l’échec scolaire non résorbé par le service public de l’Education nationale. Si le cours de l’action a légèrement chancelé en novembre 2004 lorsque Monsieur le ministre de l’Education a présenté sa réforme, M. Aiach répliquait “ cela fait dix ans que l’Etat parle de soutien scolaire et il ne se passe rien ” [1] avant de souligner que “ les contrats individuels de réussite éducative ” du projet Fillon s’adressent “ aux enfants les plus défavorisés au sens culturel et social, ce qui n’est pas notre type de clientèle ”. Mais cela pourrait changer en faveur d’Acadomia si un jour le “ projet [de crédit] d’impôts pour les foyers non imposables ” voit le jour.

Quand Acadomia aide l’Etat et réciproquement, l’Etat aide les contribuables aisés !
“ En nous installant sur ce créneau, nous aidons l’Etat à normaliser un marché.” [2] déclare, magnanime, M. Aiach. En effet, l’essentiel de ce marché échappe au fisc. Et afin d’éradiquer le travail au noir dans ce secteur de l’emploi à domicile, le Ministère des Finances, dans le code général des impots a rédigé l’article 199 sexédiès qui permet une réduction d’impôt sur le revenu égale à 50 % du prix de l’heure de cours. Il s’agit d’un argument de vente capital, livré gracieusement par l’Etat, pour attirer les clients d’Acadomia. Par exemple, 24 heures de cours, niveau collège, reviennent à 648 € (hors frais d’inscription) soit 324 € de réduction. Or le gouvernement de Monsieur Raffarin, décidé de faire “ un geste fiscal en faveur des familles ”, portait, fin 2002, ce plafond de 6 900 € à 10 000 € et récidive en 2005, pour le faire passer à 15 000 €.

Petits boulots pour les uns, subsides supplémentaires pour les autres et quelques avantages pour services rendus.
Qui sont ces “ professeurs ” ? Faute de bourses, nombre d’étudiants peuvent ainsi financer une partie de leurs études. De plus, des profs (en activité ou retraités) appointés par l’Education nationale arrondissent de cette façon leurs fins de mois. La rémunération nette varie en fonction de la zone géographique : de 10 à 14,50 € / heure dans le primaire, de 10,75 à 18,25 € dans le secondaire.
Cerise sur le gâteau, les heures effectuées dans le cadre d’un contrat d’assurance (cas des enfants malades) ne sont pas déclarables au fisc, avec un plafond dont le montant s’élève à 3 810 ¤ par an.

Membres du “ club Acadomia ”, les professeurs Acadomia bénéficient d’un accès presque gratuit à des sites internet tels que abcbac.com de Nathan. Le parrainage de nouveaux élèves, voire de nouveaux enseignants, peut leur faire gagner jusqu’à un an de cinéma gratuit avec la carte UGC privilège.

N’oublions pas cet élément gratifiant, l‘acadomien est un prof bien particulier puisqu’il a le statut d’employé de maison et cotise à ce titre à l’IRCEM, organisme qui lui assurera une retraite complémentaire.

Quand l’Etat concourt à l’affaiblissement syndical et contient les dépenses de l’Education nationale
En effet, dans ces conditions de travail comment peuvent donc se syndicaliser les acadomiens puisqu’ils n’ont jamais les mêmes employeurs ? Comment peuvent-ils négocier l’augmentation de leur rémunération puisque c’est le mandataire Acadomia qui organise tout ?

Comment les fonctionnaires syndiqués peuvent-ils revendiquer des augmentations de salaire sachant que l’Etat autorise à cumuler une activité lucrative privée avec un emploi public (loi n°83-634), il suffit pour ce faire d’une autorisation du supérieur hiérarchique (souvent non demandée) ?

Pourquoi l’Etat densifierait-il les réseaux d’aide aux enfants en difficulté (RASED) puisqu’il existe des prestataires de services privés tel qu’Acadomia ? Pourquoi financerait-il des formations complexes (CAPA SH) telles que celles préparant au métier de rééducateur à dominante pédagogique alors qu’il suffit d’une licence pour devenir un acadomien ?

Acadomiam’ miam : le n°1 a les dents longues

Le leader de ce marché en pleine expansion entend se tailler la part du lion face à ses concurrents [Keepschool dans 80 villes, 2Amath (49 agences), Complétude (34 agences), Objectifmath (16 centres), Cours Legendre, anaCours, etc...]. Pour cela, il a recruté comme directeur général Philippe Coléon issu d’une des plus grosses agences de marketing. Acadomia cherche donc à “ impacter ” au maximum comme le disent ses lieutenants. Sa publicité s’étale dans toute la presse payante et gratuite mais également sur Internet. En 2002, vous aviez pu découvrir une campagne télévisée qui leur a coûté la somme de 8 millions de F. C’est également le partenaire d’émissions sur Europe 1 et sur M6 telles que QI le grand test et Mémoire le grand test. Aujourd’hui, c’est 4 à 5 millions d’euros avec notamment le sponsoring du “ pensionnat de Chavagne ” sur TF1.

Lorsque vous les contactez, vous entrez en relation avec un responsable pédagogique formé durant plusieurs semaines à la politique “ produit ” de la maison. Son objectif est de vendre des services ; qui un contrat réussite, qui du soutien scolaire, etc.

Grâce à sa politique partenariale, Acadomia participe à la création d’un réseau d’entreprises de services, véritable nasse à clients. C’est le cas avec Nathan (et son système d’évaluations avant chaque cours Acadomia) et UGC pour les enseignants. Un ordinateur acquis chez Darty permet le montage par un acadomien. Des parents ayant souscrit à CNAS ou Groupama Assurance pour leurs enfants bénéficieront d’un soutien Acadomia si leur enfant tombe malade plus de 15 jours.

Enfin son PDG Maxime Aiach souhaite également s’implanter ultérieurement en Espagne et en Italie.

Acadomia : des valeurs sûres...

-Sens de l’effort et de la compétition ” tel est par exemple le mot d’ordre à faire passer auprès des élèves selon le dirigeant acadomien nantais. Acadomia n’organise t-il pas, grâce à des professeurs de lycée, des oraux blancs pour préparer les candidats au baccalauréat ?

- La force d’Acadomia, c’est aussi la flexibilité et l’employabilité de ses professeurs. Chaque cours est l’objet d’un contrat à durée déterminée d’une heure, renouvelable ! Des entretiens réguliers entre le responsable pédagogique et les parents permettent, le cas échéant, de changer promptement d’enseignant si celui-ci ne convient pas à l’élève.

- Une externalisation des coûts réussie ! Sont évidemment à la charge du prof : le temps de préparation des cours, les communications téléphoniques, les frais de transport et même la saisie du bulletin de paie sur Internet !

- Acadomia, c’est la souplesse d’une structure qui commence à s’inviter au creux des plis adipeux du Mamouth. Acadomia est en effet le partenaire de la Direction Technique Nationale et assure les cours des élèves de certaines sections sport-études (le tennis à Roland-Garros, le foot à l’OGC Nice).

- Enfin, cette holding a procédé par le passé à une augmentation de capital avec l’émission de 30 000 bons de souscription de parts de créateur. Ces actions destinées au nouveau membre du conseil d’administration lui assurait un gain minimum de 17, 5 € par action (sic)...

Acadomia : premier prototype du marché de l’Education ?

En résumé, société cotée en bourse réalisant des bénéfices, Acadomia avec des moyens publicitaires inégalés étend son influence dans un secteur en pleine croissance. Tout en bénéficiant de substantielles réductions d’impôts, ses clients peu faibles économiquement, offrent à leurs enfants des cours particuliers sensés les préparer à être les plus compétitifs sur le marché de l’emploi. Ses professeurs à temps partiel qui ont intérêt à ce que ce réseau se développe sont souvent issus des rangs mêmes de l’Education nationale. Le professeur n’est-il pas un fonctionnaire porteur des valeurs de la République et notamment l’égalité ? Etre fonctionnaire ne signifie-t-il pas se mettre au service de tous ? Un Etat qui permet et favorise les cours particuliers pour les enfants de parents privilégiés concourt-il à la réduction des inégalités sociales ?

Assurément, c’est d’un service public d’Education plus fort dont la société a besoin pour contrecarrer l’échec scolaire. (Allègre ne disait-il pas : “ l’Ecole doit être son propre recours. ”) Mais nous ne pouvons pas, à mon avis, faire l’impasse sur cette question : à qui sert la réussite scolaire ?

Enfin, à quand un Acadomia déclaré S.I.E.G, ce service d’intérêt économique général qu’initierait la ratification du projet de traité instituant une constitution pour l’Europe ? En tout cas, cette entreprise de services a pleinement sa place sur un marché de l’éducation que veut encore élargir l’AGCS, cet accord général sur le commerce des services en négociation à l’Organisation mondiale du commerce.

Brulavoine.thierry at libertysurf.fr


[1] Interwiew du 14 décembre 2004 sur le site boursorama.com

[2] Interwiew dans le magazine L‘entreprise, du 7 juin 2004 n°224.

Voir en ligne : http://www.sudeducation.org:443/Eco...