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Publié : 2 juin 2014
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Bruxelles : les plus pauvres payeront le manque de places dans les écoles

Les écoles bruxelloises fondamentales sont saturées. Le problème, particulièrement aigu en maternelle, se reportera bientôt en primaire puis en secondaire. Tout porte à croire qu’il va s’aggraver : les mesures adoptées ou envisagées jusqu’à présent sont insuffisantes. Ainsi, si on en croit le BSI [1], 42000 places sont à créer d’ici 2020 [2]. Le gouvernement de la Communauté Française crie victoire parce que de nombreuses écoles ont répondu au « plan d’urgence ». Celui-ci va sans doute permettre de rendre la rentrée 2014 relativement sereine en créant 3200 places. Autrement dit, on a évité la catastrophe pendant la campagne électorale. Mais après ?

Les mesures d’urgence et celles envisagées à plus long terme (mais qui ne répondront pas à la totalité des besoins) consistent à construire de nouvelles infrastructures ou, le plus souvent, à augmenter la capacité d’accueil au sein des structures existantes [3]. Dans de nombreuses écoles bruxelloises, et en particulier dans les communes sous tension démographique maximale, on a réquisitionné tous les locaux (salles de sieste, réfectoires, etc.), on a réduit la taille des cours de récré, augmenté celle des classes (jusqu’à 35 élèves en fin d’année en classe d’accueil), mis deux classes dans un même espace, etc. On imagine aisément l’impact de ces décisions sur la qualité de l’enseignement dispensé et sur le bien-être des élèves…Or elles sont rarement dénoncées. Cette baisse de qualité frappe d’autant plus durement que les familles sont au départ fragilisées. Celles-ci ne peuvent pas compenser le déficit éducatif de l’école. Tout fonctionne donc comme si l’objectif était uniquement d’ouvrir des places sans jamais se poser la question de « quelles places ? ».
Un autre volet de mesures visant à faire face au problème a émané des communes bruxelloises, qui ont adopté des règlements relatifs aux inscriptions dans l’enseignement officiel. D’une commune à l’autre, il existe aujourd’hui des règles de priorité différentes (adresse, âge, composition familiale,…). Les dates d’inscription varient également. Pour pouvoir inscrire leur enfant, les parents doivent donc être bien informés, jongler avec de nombreux paramètres, comprendre notre système éducatif et maîtriser le français.

 Inégalités sociales accrues

Notre enseignement est déjà un des plus inégalitaires d’Europe. Cela signifie que plus on avance dans l’échelle sociale, meilleures sont les performances scolaires des élèves. La situation, déjà dramatique, pourrait bien atteindre des sommets. Dans ce nouveau contexte, la polarisation de notre enseignement devient un véritable apartheid. A une extrémité, on a les familles les plus précarisées, qui inscrivent leurs enfants dans des écoles surpeuplées, sans disposer des connaissances et des compétences nécessaires pour leur apporter ce que l’école ne leur apportera pas, ou plus. A l’autre extrémité, il y a les parents très au fait des différents règlements et des caractéristiques de notre système scolaire, qui inscrivent leurs enfants dans les écoles les plus préservées, quitte à multiplier les inscriptions pour être sûrs d’avoir une place.

 Quelles solutions ?

La question du manque de places doit être traitée dans sa globalité, en tenant compte de la polarisation sociale de nos écoles. Il faut créer des écoles partout, en portant une attention particulière aux zones les plus peuplées. Mais au-delà de créer des places de qualité, il s’agit de repenser notre enseignement.
Il est avéré que si notre pays est le champion de l’inégalité scolaire, cela provient avant tout du fait que son enseignement est organisé sur le principe du libre marché. Les systèmes éducatifs où les inscriptions sont davantage régulées présentent beaucoup moins d’inégalités que le nôtre. C’est pourquoi l’Aped demande qu’une école soit proposée d’entrée aux parents, dès la maternelle, et qu’une place leur soit garantie dans cette école. Ces propositions se feraient dans une quête pro-active de mixité sociale, en mélangeant les enfants de quartiers proches mais socialement différents. Il s’agit bien de proposer une école, non de l’imposer.
Nous revendiquons également une fusion des réseaux, car ils sont à la source d’un important gaspillage de ressources en bâtiments et en matériel, et d’une impossibilité de planifier dûment l’offre scolaire, en particulier à Bruxelles.

 Stop ou encore ?

Nous sommes à la veille de la formation de nouveaux exécutifs. Au vu de l’urgence du manque de places dans les écoles bruxelloises, et de l’inégalité sociale de notre enseignement, nous appelons les candidats à cesser d’envisager de fausses solutions telles que celles citées plus haut, qui pourraient mettre en péril l’avenir de milliers de jeunes. Nous plaidons avec force pour que le monde politique saisisse cette urgence comme une opportunité de refonder l’école afin qu’elle devienne enfin démocratique. Nous ne pouvons nous résoudre à l’idée que les enfants les plus pauvres n’aient droit qu’à un enseignement de seconde catégorie, ni à celle que certains enfants n’iront peut être bientôt plus à l’école.


[1] L’enseignement à Bruxelles, une gestion de crise complexe, BSI, 29/8/13

[2] 9500 dans le maternel, 20 000 dans le primaire et 12 500 dans le secondaire

[3] HUMBLET P., « Croissance démographique bruxelloise et inégalité d’accès à l’école maternelle », Brussels Studies, n°51, 19 septembre 2011

Voir en ligne : http://www.skolo.org/spip.php++cs_INTERRO++artic...