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Publié : 1er novembre 2002
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Extrait de notre Journal de novembre 2002

Le ministre de la Fonction Publique et de la réforme de l’État, Jean-Paul Delevoye l’a dit lui-même, la décentralisation est porteuse d’inégalités nouvelles : "Quand vous donnez plus de libertés (sic !), les territoires les plus riches deviennent plus riches et les territoires les plus pauvres deviennent plus pauvres" (Le Monde de l’Économie, 29.10.02). Pourquoi alors cet empressement des plus hauts représentants de l’Etat à marteler la nécessaire "décentralisation", qui accroîtrait des inégalités déjà flagrantes : la région Ile de France (et à l’intérieur de celle-ci le département de Paris) concentre aujourd’hui 28% de la richesse nationale produite, contre 1% au Limousin.

Si ce gouvernement, comme le précédent, sait pertinemment que son entreprise de régionalisation et départementalisation des services publics ne réduira pas l’inégalité d’accès aux services de soin, d’éducation, de transport ou de culture, par exemple, si évidente selon que l’on vit dans la commune de Sarkozy ou dans l’une de ces innombrables cités de banlieue à l’abandon, quelle peut bien être la motivation de nos ministres à se débarrasser de leurs responsabilités au profit des notables locaux ?

La vérité sortant de la bouche des enfants, cherchons-la du côté des annonces du ministre de l’Education : suppression dès 2003 de plusieurs milliers de postes de surveillants dans les collèges et lycées ; licenciement des emplois-jeunes arrivant en fin de contrat ; en ersatz, des emplois-vieux : recrutement de 11000 mères de famille ou retraités. En parallèle, transfert aux collectivités territoriales du recrutement et de la gestion des personnels de maintenance (TOS), d’orientation (CoPsy), de santé scolaire. Abandon d’une carte scolaire nationale au profit des communes. Pour le Sup, décentralisation des CROUS (bourses, résidences, restaurants) vers les régions, de même que les formations professionnalisantes jusqu’à bac+3.

De leur côté, les potentats régionaux de tous bords demandent le transfert des constructions universitaires, avec force contrepartie financière, et se voient bien devenir compétents pour décider de l’implantation des lycées et des filières de formation. Le fringant Dominique Perben, ministre de la Justice, ne voulant pas être en reste, offre aux Présidents des Conseils Généraux la gestion des personnels de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ, éducateurs notamment).

France d’en haut centralisée ou France d’en haut décentralisée, tous s’accordent à trouver des mérites à leur soif de pouvoir personnel : gouvernance de proximité, instances de décision au contact du terrain, comme si les dérives du libéralisme étaient moins ravageuses quand elles sont le fait des élus "locaux" ! Demain, si les personnels ATOSS dépendent des intérêts du patronat local - fort implanté dans les conseils régionaux - comment défendront-ils leurs postes face aux contraintes de la rentabilité, qui exige toujours plus de flexibilité, de précarité ? Comment empêcheront-ils l’externalisation/privatisation, si chère au MEDEF, de secteurs d’activité qui peuvent s’avérer très juteux...pour lui : nettoyage, restauration scolaire, maintenance ? Demain, si les "assistants de vie", maternels ou militaires en mal de petits boulots, ont été recrutés par l’employeur régional à la place des pions, que restera-t-il aux étudiants pour financer leurs études : le travail précaire chez les négriers de la malbouffe rapide ? Comment fonctionneront les établissements si disparaissent les personnels à statut éducatif qui, aujourd’hui, assurent la prise en charge des élèves en dehors de la classe ?

Cela ne préfigure-t-il pas le devenir du statut enseignant : bon à tout faire et à remplacer tout le monde, pour peu que sa candidature agrée le "Directeur des Ressources Humaines" qui l’emploiera. Caricature ? Pas si sûr, même si cela arrangerait de pouvoir s’abriter derrière l’intouchable "modèle éducatif français". Car pour peu que l’on se détache du discours de la vertu et qu’on observe ce qui se passe chez nos voisins européens, érigés pourtant en modèles de réussite, on sera édifié par ce que les usagers et les commentateurs déplorent : école publique dépecée et inégalitaire, ne dispensant plus de diplômes nationaux producteurs de qualifications reconnues ; concurrence effrénée entre les établissements qui doivent se "vendre" au patronat local pour trouver des financements ; soumission des programmes de formation aux intérêts économiques ; précarisation des emplois, etc.

Ce qui fait rêver nos "libéraux" français ne semble pas plus convenir aux usagers de l’école publique qu’à ses personnels. Ceux-ci l’ont signifié à leur ministre à plusieurs reprises depuis la rentrée. Ils attendent maintenant de leurs organisations syndicales un appel clair à la mobilisation générale et unitaire pour une autre politique scolaire, sociale, économique. SUD Education s’est adressé en ce sens à toutes les fédérations syndicales. Une absence de réponse équivaudrait à laisser les mobilisations d’octobre sans lendemain, à empêcher la jonction avec les personnels des autres secteurs professionnels, à laisser les mains libres au gouvernement.

Voir en ligne : http://www.sudeducation.org/Extrait...