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Publié : 2 juin 2014
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(JLT) Vote FN : qu’est-ce que la France a fait au Bon Dieu ?

Source : Par Doan Bui, Le Nouvel Observateur - Publié le 01-06-2014 à 08h12

Vote FN : qu’est-ce que la France a fait au Bon Dieu ?

4 millions de voix pour le FN aux européennes, 8 millions d’entrées pour le film antiraciste, qui s’amuse du "bordel identitaire" français. Plongée dans un pays en proie à tous les paradoxes.

L'hôtel de Ville de Joué-lès-Tours. (Bruno Coutier pour L’hôtel de Ville de Joué-lès-Tours. (Bruno Coutier pour

Personne ne pourra dire, cette fois-ci, qu’on ne l’avait pas vu venir. Voilà plusieurs semaines, plusieurs mois, plusieurs années que le pays se divise, qu’il se délite, qu’il se radicalise. Dimanche soir, le désastre annoncé a bien eu lieu : 57% d’abstention et un FN en tête dans 71 départements. Tout ça au moment même où un film joyeusement multiculturaliste cartonne au box-office partout en France.

Résultat : plus de 4 millions de voix pour le FN, devenu premier parti de France, et huit millions d’entrées en quelques semaines pour la comédie antiraciste "Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?". Oui, on se le demande !

Chinon : les "Verneuil" ont peur

Le Bon Dieu s’est arrêté à Chinon. Et il a pris Jeanne d’Arc en stop. C’est ici, il y a plus d’un demi-millénaire, qu’elle rencontra le gentil Dauphin, Charles VII, et que, selon la légende, elle le reconnut, guidée par son GPS divin, alors que le facétieux monarque s’était déguisé en manant tel François Hollande en casque de scooter.

Pour atteindre la place Jeanne-d’Arc, empruntez la rue Rabelais. "Rabelais et Jeanne-d’Arc, c’est notre patrimoine", s’enorgueillit le nouveau maire UMP, qui a profité de la vague bleue des municipales en mars dernier pour ravir une mairie restée vingt-cinq ans à gauche. 

Jean-Luc Dupont, le maire de Chinon
(Bruno Coutier pour "le Nouvel Observateur")

Cet ex-rugbyman au sourire avantageux et à la poignée de main virile s’appelle Jean-Luc Dupont. C’est un efficace VRP de sa ville, estampillée 100% "doulce France ", cette "France des terroirs" qu’on vend aux touristes américains et chinois, dans les cartes postales et les dépliants.

Jean-Luc Dupont n’a pas boudé la publicité faite à sa ville. Car c’est ici aussi, au coeur de la Touraine, que se déroule la comédie aux 8 millions d’entrées "Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?". Les Verneuil, un couple de notables conservateurs interprétés par Christian Clavier et Chantal Lauby voient débouler des gendres issus d’une France Benetton : la génération du Splendid et des Nuls versus celle du Jamel Comedy Club. Les touristes auront certes du mal à reconnaître la ville dans le film - à part quelques plans de la forteresse, rien n’y a été tourné -, mais qu’importe.

Le réalisateur du "Bon Dieu" a expliqué avoir voulu faire rire du "bordel identitaire" français. Et quelle meilleure boussole dans le "bordel" que Chinon ? La bourgade de 8.000 habitants, amarrée sur la Vienne, à deux pas du château d’Azay-le-Rideau, où plane pas loin le fantôme du "Lys dans la vallée" de Balzac, est un emblème de la France façon Lagarde et Michard, avec ses clochers, ses tendres collines et son vin. Ah, le Chinon...

Le questionnaire distribué lors du débat sur l’identité nationale sous Sarkozy n’évoquait-il pas le vin comme preuve solide de "francitude" ? Ici, le précieux nectar a été sauvé par la centrale nucléaire voisine ! Pour faire taire les angoissés de l’atome, elle a arrosé d’argent la région. "Les fermes se sont reconverties en vignobles, les écuries à cochons ont été retapées pour en faire des espaces de dégustation", vante le maire.

La campagne chinonaise est cossue. La campagne chinonaise est verdoyante. La campagne chinonaise est surtout... blanche. Ici, pas l’ombre d’un voile ou d’une boucherie halal. Pourtant, à chaque construction d’un nouveau lotissement, la rumeur revient, persistante : 

Les habitants sont persuadés qu’on va installer des Maghrébins, des Africains, des Roms", dit Jean-Pierre Duvergne, l’ancien maire PS.

Comme partout ailleurs, on s’inquiète. Tout fout le camp. La preuve ? Chinon, autrefois surnommé "la fleur du jardin de la France", a perdu ses fleurs. Les deux macarons qui lui octroyaient le label "ville fleurie" ont disparu des panneaux. Ah, ce terrible sentiment de déclassement...

Ca peut paraître anecdotique, mais ça fait partie de ces petites choses qui minent, dit Jean-Luc Dupont. Les Chinonais sont fiers de leur identité."

 ?A Chinon, Jeanne d’Arc sur son cheval veille sur la place du marché. Elle a dû en voir des marchés, et des campagnes, et des tracts. Ah ces pauvres militants qui tractent... On les admire, ces soldats, imperturbables et stoïques, qui dans tous les marchés de France, se sont escrimés à refourguer des tracts pendant les européennes, alors qu’on les repoussait comme de vulgaires camelots tentant de refourguer des encyclopédies Universalis périmées ou des bibles des Témoins de Jehovah. Jeanne d’Arc s’en fiche bien de l’Europe, et les Français aussi.


La statue de Jeanne d’Arc, sur la place du marché de Chinon
(Bruno Coutier pour "le Nouvel Observateur")

Le "Bon Dieu", fable optimiste sur une France métissée, comme une résurgence nostalgique des élans de la Coupe du Monde 1998, fait se déplacer les foules. Les européennes, fable pessimiste sur une France lessivée, ployant le genou sous le joug de Bruxelles, sont le bide de l’année, avec pour seule vedette l’inévitable Marine Le Pen. Dimanche soir, la liste FN a talonné celle de l’UMP, qui l’a devancée seulement de 46 voix.

Le Bon Dieu s’est arrêté à Chinon, mais Marine Le Pen, pas encore. Dans sa croisade, la blonde Marine n’a pas eu besoin d’apparaître en chair et en os pour que sa parole soit écoutée. Elle peut même se passer de prédicateurs. Elle pourrait rester muette comme une carpe, Marine, le FN convertirait quand même les foules. A Chinon, il n’y a pas d’étrangers, certes, mais ils ne sont pas loin.

Joué-lès-Tours : voile et "théorie du genre" 

Quand on va faire les courses, pour une virée à Ikea ou Conforama, c’est facile de s’égarer à Joué-lès-Tours. Direction le quartier de la Rabière, une ZUP, connue dans toute la région. Là, des boucheries halal, on en voit plein. Des voiles aussi. Joué, c’est le 9-3 de la Touraine. 

Une mauvaise adresse à mettre sur le CV quand on cherche du boulot, dit Salouha, Française d’origine algérienne. Mon fils a un BEP de cuisine et ça fait deux ans qu’il cherche. Rien !" 

Dans les années 1950, à Joué, il n’y avait que des champs. Et puis Michelin est arrivé. On a construit, construit. Fait venir des Portugais, des Turcs. Puis des Maghrébins. Et puis Michelin a rétréci. Des 4.000 salariés à la glorieuse époque, il n’en reste plus que 250. Joué s’est englué dans la crise. Les Jocondiens, le doux nom qu’on donne aux habitants de Joué, se sont noyés avec.

La ville affiche un visage morne, une succession monotone d’immeubles HLM ; oh, pas vraiment des barres, non, de petits rectangles tristounets, tout droit, et, çà et là, des pavillons serrés les uns contre les autres. L’hôtel de ville se dresse sur une place nue où s’engouffrent les rafales de vent. C’est un bloc gris et austère, aussi aimable qu’un mausolée stalinien, où est inscrite en grosses lettres la devise : "Liberté, égalité, fraternité... et laïcité." C’est l’ex-maire PS, Philippe Le Breton, qui a ajouté le mot qui fâche. Il y a deux mois, il a perdu les élections de quelques centaines de voix. Il en est persuadé : c’est la laïcité qui l’a tué. 

L’hôtel de ville de Joué-lès-Tours
(Bruno Coutier pour "le Nouvel Observateur")

Devant la mairie, un tram flambant neuf passe. Il est beau ce tram, un sourire jocondien qui fend la ville de tout son long et embrasse le quartier de la Rabière. "Mais personne n’en a parlé pendant les municipales", se lamente Le Breton. Ici, alors que le chômage est au plus haut, les débats se sont focalisés sur une polémique surréaliste.

A la veille du scrutin, le mouvement des "journées de retrait de l’école" (JRE) lancé par Farida Belghoul, une ancienne de SOS Racisme, issue des rangs de l’extrême gauche et désormais proche de l’essayiste d’extrême droite Alain Soral, a ciblé l’école maternelle Blotterie dans le quartier de la Rabière.

Une disciple de Belghoul, étiquetée déléguée JRE, habitante de Tours, accusait dans une vidéo une enseignante de la Blotterie d’avoir demandé à un petit garçon et à une petite fille de se déshabiller en classe et de se toucher les parties génitales. C’était, bien entendu, du vent. La maman du petit garçon, tchétchène, ne parle pas français et n’a d’ailleurs jamais porté plainte. L’autre mère a formellement démenti. Mais les rumeurs, pourtant, ont continué : l’école allait enseigner la" théorie du genre" et pervertir les gamins.

Devant l’établissement, les regards sont fuyants. A 11h30, il y a des mères voilées qui viennent chercher leurs petits. Et Stella, mère de six enfants, qu’on repère à sa chevelure noire, longue et luxuriante. Elle n’a jamais cru aux rumeurs sur l’enseignante : "Je la connais, c’était impensable ! Mais j’ai quand même peur avec ces histoires de théorie du genre." 

Stella, avec sa mère et son fils, devant l’école Blotterie de Joué-lès-Tours (Bruno Coutier pour "le Nouvel Observateur")

Le père de Stella, d’origine portugaise, était ouvrier à Joué, chez Michelin. Sa mère, concierge, est à la retraite, et touche 800 euros par mois : "Et on lui enlève 50 euros pour les impôts ! Ils avaient promis de s’occuper des retraites, des logements ! Et à la place, ils nous imposent leur histoire de mariage pour tous. On s’est bien fait avoir !"

Stella tripote sa croix, elle est catholique. Comme beaucoup des mamans de la Blotterie, elle avoue s’être "posé des questions". Dans le quartier, toutes les familles ont reçu des tracts expliquant que les socialistes allaient "détruire les valeurs de la famille" et que la "théorie du genre" allait être enseignée dans les écoles. Emoi. "Les filles, c’est des filles, les garçons, des garçons", s’agace Stella.

Le Bon Dieu s’est arrêté à la Rabière et, qu’on révère Jésus-Christ ou Mahomet, il n’apprécie pas ce genre de fantaisies. "Je suis catholique, et mes deux enfants sont dans une école privée. J’ai fait ce choix de parent car je ne souhaitais pas que mes enfants apprennent la théorie du genre dans les écoles jocondiennes", a écrit Frédéric Augis, le candidat UMP, dans une lettre envoyée à une cinquantaine d’administrés.

Un message destiné à courtiser la communauté musulmane, très inquiète sur ces questions. Salouha se rappelle que le jour de l’élection une de ses voisines marocaines haranguait les votants : "Tu votes pour qui ? Pour le nouveau, hein ! Il a promis le halal à la cantine !" 

Le mari de Salouha, qui n’est pas "du genre barbu", se rappelle, lui, qu’après l’inscription du mot "laïcité" sur la mairie ça a jasé à la mosquée : 

Beaucoup de musulmans du quartier ont vu ça comme une agression. Ici, il n’y a pas d’espoir. Alors les gens se raccrochent à la seule chose qui leur reste, leur religion." 

Le couple a donc contemplé, sidéré, cette scène, le jour du dépouillement du second tour des municipales : "A l’hôtel de ville, il y avait plein de Frères musulmans. Avec la barbe et le kamis, la robe traditionnelle. Il fallait les voir, quand on a su qu’Augis avait gagné, l’applaudir et se congratuler. C’était bizarre !"

Le Bon Dieu aime bien les mariages incongrus. Cette année, il a uni les fans de Dieudonné et ceux du Printemps français, les antisionistes d’extrême gauche et les lepénistes, les catholiques et les musulmans dans leur croisade pour "sauver" la famille. Pour assaisonner son chaudron républicain, la comédie du "Bon Dieu" a elle aussi sorti la carte "mariage". Mixte. Et hétéro. Après le gendre juif, le gendre arabe, puis le gendre chinois, les parents se languissent d’un gendre bien catholique. Catholique, il sera, mais catholique et noir. Le prétendant déboule devant un Christian Clavier pétrifié :

- "Heureusement que vous n’avez pas cinq filles, dis donc !
- Pourquoi ?
- Sinon, vous auriez eu droit à un Rom !"

Les trois gendres du film "Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ?" (DR) 

Bergerac : Kendji le gitan et Louis Aliot

Kendji Girac n’est pas rom, mais gitan, et il a été convié à rejoindre le banquet des héros de la patrie cathodique : il a gagné l’émission de télé-crochet "The Voice" sur TF1, avec un plébiscite massif : plus de 50% des votes par SMS. Avec sa belle gueule, il fait défaillir les gamines et son histoire ressemble déjà à un film. Kendji a arrêté l’école à 16 ans, il travaillait avec son père, un élagueur. La famille, sédentaire l’hiver, reprend la route en caravane l’été.

Il y a quelques mois, Kendji était encore à l’aire des Gilets, à Bergerac, à grattouiller sa guitare : c’est son cousin Dylan qui l’a filmé avec son smartphone puis l’a inscrit sur "The Voice" : "Et dire que maintenant il est à Paris à faire un album !" s’émerveille Pauline, voisine de caravane.

Kendji, le vainqueur de l’émission "The Voice", le 12 avril 2014
(Studio Cabrelli/Sipa)

Kendji dit qu’il est fier de représenter les Gitans, qu’il veut lutter contre des préjugés qui finissent toujours par le rattraper. Le jour de la finale, l’émission a été diffusée sur grand écran à Saint-Astier, le village de Dordogne où il est né, et deux gamins de 16 ans, qui n’avaient pas pu entrer sous le chapiteau, se sont embrouillés. L’histoire, relayée par le journal "Sud-Ouest", a embrasé le Net et comme à chaque fois qu’on parle Roms ou Gitans, bref, de "ces gens-là", "Sud-Ouest" a dû fermer les commentaires sur son site pour éviter les débordements. 

"Ma fille revenait de Bordeaux en TER. Quand le contrôleur a su qu’elle venait de Saint-Astier, il lui a tout de suite dit : ’Ah, c’est là qu’il y a eu la bagarre avec les Gitans !’ Pour une simple dispute entre ados !" se lamente Virginie, une habitante de Saint-Astier, où, l’an dernier, une aire d’accueil pour les gens du voyage a été vandalisée. 

Les Gitans, on les tolère quand ils font de la guitare. Mais lorsqu’il s’agit de créer des aires d’accueil, y a plus personne", se désole Marie-Jeanne Daniès, présidente du centre social D’Ici et d’Ailleurs.

Le mot "Gitan" serait-il d’ailleurs trop clivant ? Le label Mercury, qui a signé le jeune garçon, a décliné notre demande d’interview, expliquant que "le management ne souhait[ait] plus communiquer sous cet angle". Le jour du concert de l’enfant prodigue à Bergerac, tous les commerces ont été fermés dès 16 heures, ainsi que les boîtes de nuit, pour prévenir d’éventuels débordements. La soirée, réunissant 5.000 personnes, s’est pourtant déroulée sans heurts. Malgré la présence massive de "ces gens-là", venus de partout en France pour célébrer leur héros.

Les voisins et cousins de Kendji, sur l’aire des Gilets, à Bergerac
(Doan Bui)

A Bergerac, où le frontiste Louis Aliot est arrivé en tête dimanche, la permanence du FN a ouvert il y a quelques mois seulement : "La toute première fois de notre histoire", se réjouit Robert Dubois, son secrétaire, un ancien militaire.

Ce jeudi-là, on s’affaire à plier des tracts, sous le regard de Marine, ou plutôt des Marine, qui s’affichent au mur en version géante et quadrichromique. Tout le monde trouve Kendji "fort sympathique". 

C’est comme avec tous les autres immigrés. Il y en a des bons et des mauvais. Avec les gens du voyage sédentarisés, on n’a pas de problème, certains votent même pour nous. Le problème, ce sont ceux qui passent et repartent : il y a quinze jours, un groupe a débarqué, ils ont tout saccagé, et ils ont même tué les canards colverts du lac", dit Robert Dubois.

 Sans parler des Roms : 

Il y en a deux qui mendient devant la permanence. Le père roule dans une grosse voiture et les enfants ont des tablettes !"

Le Bon Dieu des Tsiganes a la bougeotte et il s’arrêtera cinq fois cette année à Bergerac, étape des grandes missions évangéliques de la communauté qui sillonnent le Sud dès le printemps venu. Marine Le Pen, elle aussi, s’est arrêtée à Bergerac pour porter la bonne parole, lors de son tour de la France des oubliés. "On pensait qu’on aurait du mal à réunir pour son meeting, mais on était 1.500, du jamais vu pour une réunion politique !" se réjouit Robert Dubois.

Robert Dubois, secrétaire de la nouvelle section FN de Bergerac
(Doan Bui)

Une liste FN, la première depuis vingt-cinq ans, s’est présentée aux municipales. Dubois y a embarqué comme colistier Robert Richard, 66 ans, un transfuge de l’UMP, encore tout ébahi d’avoir fait son coming out frontiste. "Je suis allé voir mon voisin marocain que j’adore pour le prévenir. Je ne voulais pas qu’il l’apprenne dans le journal." Wilfried, 41 ans, était aussi de l’aventure, parce que le FN est, selon lui, le seul parti "qui s’intéresse aux problèmes quotidiens des gens, et a par exemple, une vraie politique sur le handicap". Le 25 mai, ils ont fêté la victoire de "Marine" qui est arrivée en tête à Bergerac. Wilfried :

Raciste, ça n’existe pas ! Il y a des races canines, mais pas de races humaines. Moi, je suis patriote. Je suis attaché à la culture de la France. C’est un détail, mais moi, ça m’énerve qu’on ait rebaptisé les vacances de Pâques ’vacances de printemps’ et les vacances de Noël, ’vacances d’hiver’. C’est notre culture, notre tradition."

Robert Richard : "Eh bien, tu sais, tu dis exactement la même chose que le grand philosophe Alain Finkielkraut. Il est fort, cet homme-là."
La journaliste : "Vous avez lu son dernier livre, ’l’Identité malheureuse’ ?"
Robert Richard : "Evidemment ! Remarquable ! Vous avez tout, là-dedans !"

Paris : "Finkigate" chez les immortels

Alain Finkielkraut ne s’est pas arrêté à Bergerac dans son "Identité Tour" triomphal et c’est dommage. Car, pour ses fans, Alain Finkielkraut n’est pas le Bon Dieu mais presque. Le philosophe superstar, dont le livre s’arrache, est devenu "immortel". Le pourfendeur du multiculturalisme vient d’être élu à l’Académie française, la gardienne du langage. Bordel identitaire jusque sous la voûte de la vénérable institution ? 


Alain Finkielkraut, chez lui à Paris, en novembre 2013
(Pierre Villard/Sipa)

L’élection de "Finki" a provoqué une guerre de tranchées, une empoignade d’intellectuels ultraviolente qui ferait passer les engueulades des héros du film du "Bon Dieu" pour d’aimables causeries de salon de thé. 

C’est le lepénisme qui rentre sous la Coupole", s’est étranglé un anti-Finki.

"Il faut s’interroger sur la santé morale et mentale de ses détracteurs", a rétorqué un pro-Finki. In fine, le philosophe a été élu, mais il a récolté huit croix noires. Il ne l’a pas digéré, dénonçant ensuite ses adversaires dans les médias. L’écrivain Dominique Fernandez, qui avait mis son veto car il estime que "les propos de Finkielkraut sur l’identité nationale sont assez effrayants", s’en indigne : "Cette élection va laisser des traces..."

Très remonté contre le philosophe - "c’est un bien grand mot, philosophe..." -, il fait remarquer avec acidité qu’Alain Finkielkraut a été félicité par Bruno Gollnisch. Un fils de juifs polonais accusé de dérive droitière par un fils de "collabo" - Dominique Fernandez a consacré un livre à son père, Ramon -, l’Histoire a d’étranges retournements...

Le mensuel de droite "Causeur" a en tout cas mis "Finki" en une. L’éditorial de sa rédactrice en chef, la polémiste Elisabeth Lévy, titré "Habemus papam", commence par "On a gagné !". On aurait dit "l’Equipe" après un but de Ribéry. Eh oui, en France, rentrer chez les "immortels" déchaîne autant de passions qu’une sélection chez les Bleus. "Fuck l’Academy" ? On s’attendait presque lors du "Finkigate" à un tweet aussi rageur que le "fuck France" de la petite copine de Samir Nasri tout juste éjecté par Didier Deschamps.

Saint-Anthème : "souchiens" vs. "sauvages" 

Les stades de foot et l’Académie ont en tout cas un point commun : la sauvagerie. Car le bordel identitaire rend dingue. Près de Saint-Etienne, deux équipes de football amateur se sont ainsi affrontées à coups de barres de fer après un match. D’un côté, le club de Saint-Anthème, 736 habitants, dans la vallée de l’Ance, créé il y a trois générations, dont le patron, Didier Quinchon, est "rentré au pays", comme il le dit, après dix ans d’exil à Saint-Etienne, à 40 kilomètres de là. Des "souchiens" comme on dénomme aujourd’hui les "Français de souche". 

De l’autre, l’Association des Jeunes Chapellois, des jeunes issus d’un quartier d’Andrézieux-Bouthéon, tout près de Saint-Etienne. Des "non-souchiens". Alors que la Chapelle menait 2 à 0, tout est parti en vrille. "Ils se sont déchaînés dans les gradins et devant le stade", assure Didier Quinchon. "On n’était pas les seuls à se battre", rétorque un Chapellois, qui, après une tirade de Jean-Claude Bourdin fustigeant les "sauvages" sur RMC, a été appelé en catastrophe par toute sa famille, affolée. 

Au départ, il y a eu des insultes racistes, des cris de singe, poursuit le supporter. Et même un ’rase ta barbe’."

Le Bon Dieu ou au moins la Bonne Mère s’arrêtera à nouveau à Chinon, le 31 mai prochain. Le "Pèlerinage pour la France" ("Pélé" pour les intimes) y démarre sur les traces de Jeanne d’Arc pour rejoindre l’île Bouchard, un village à vingt kilomètres de là, où la Vierge est apparue après-guerre dans le tran