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Publié : 14 avril 2014
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(Rue 89) J’étais à la conférence de presse (secrète) de « Tata » Farida Belghoul

Source : Ramses Kefi sur http://rue89.nouvelobs.com&amp ;nbsp ; : J’étais à la conférence de presse (secrète) de « Tata » Farida Belghoul le 19 février 2014

J’étais à la conférence de presse (secrète) de « Tata » Farida Belghoul

Ramses Kefi | Journaliste Rue89

Mis à jour le mercredi 19 février 2014 à 15h54

Farida Belghoul, l’initiatrice de la Journée de retrait de l’école (JRE), snobe les journalistes. Des collabos quoi. Comme elle a besoin des médias, elle a tenu une conférence de presse en loucedé.

Farida Belghoul, l’initiatrice de la Journée de retrait de l’école (JRE), snobe les journalistes qu’elle estime être à la botte du système. Les collabos, quoi. Comme elle a quand même besoin de parler aux médias pour être encore plus visible, elle a trouvé une solution : organiser avec son équipe une conférence de presse en loucedé, uniquement avec ceux qui ne la dérangent pas (encore).

Mercredi 19 février, dans l’après-midi, elle s’est donc exprimée dans un petit café parisien du Ier arrondissement. Dans la salle, plein de gens bienveillants et d’intervenants dithyrambiques à son endroit, à l’image de Christine Boutin, l’ancienne ministre du Logement – fervente catholique – ou encore Albert Ali, écrivain et musulman de tendance souverainiste.

Ce dernier était d’ailleurs très inspiré :

« Rejoignez “Tata Farida”, à qui on va confier les enfants de France pour qu’ils soient sauvés parce que leur mère indigne, Marianne, n’est plus à la hauteur, vu ce qu’elle leur prépare comme projet diabolique. »

Autrement dit, le kif : pas de contradicteurs, pas de questions tordues et en prime, des applaudissements en cas de bonne « punchline ».

Il y a quelques jours, nous avons reçu un e-mail pour nous prévenir de ce rendez-vous, auquel nous n’étions évidemment pas invités.

Je m’y suis rendu, discrètement, juste pour voir à quoi cela pouvait ressembler (même pas pour analyser, car cela a déjà beaucoup été fait sur le site). En mode espion, mais sans aucune prise de risques : je suis entré dans le café, monté au premier étage de l’établissement – où avait lieu la rencontre – avant de m’asseoir.

Dans le fond, rien de neuf par rapport à ce que l’on trouve déjà sur le site de la JRE. Pour Farida Belghoul et ses soutiens, l’école serait menacée par l’enseignement de la théorie du genre. Les fondements de la civilisation aussi, puisqu’en plus de porter un nouveau coup à la famille traditionnelle, l’Education nationale chercherait à pervertir les enfants dès la maternelle.

En vrai, ce rendez-vous était plutôt l’occasion d’élargir le cercle des soutiens de la JRE, en lançant quelques messages aux médias dits « alternatifs ». Car en petit comité, on est toujours plus à l’aise pour parler.

1. Farida Belghoul ne rigole pas

« Jeanne d’Arc »

« Tata Farida » – qu’Albert Ali, au détour d’une phrase, a comparé à « Jeanne d’Arc » – a expliqué qu’elle attaquerait en justice tous les journalistes qui la rangeraient désormais du côté de l’extrême droite. Martelé qu’elle n’était cornaquée par personne, même si d’aucuns cherchent à l’instrumentaliser.

En réalité, devant la petite quarantaine de personnes réunies, elle n’a pas parlé, mais prêché, comme s’il s’agissait d’un office religieux. Dans sa bouche, des mots comme « convergence sacrée », « péché » (en référence à la théorie du genre) ou encore « hérésie » (pour désigner, entre autres, les enfants élevés par des couples homosexuels).

Dans sa main – au moment où elle a décidé de passer la vitesse supérieure – un bouquin pour enfants, « Dis...mamans », qui symboliserait les dérives de l’Education nationale, parce qu’il évoque l’homoparentalité.

Farida Belghoul (Capture d’écran)

Son avis ? Il aurait fallu agir avant pour protéger le modèle de la famille traditionnelle, en l’occurrence une père et une mère « mariés devant Dieu et devant les Hommes », seul modèle valable pour élever un enfant. Petit commentaire sur l’ouvrage cité précédemment :

« La dernière composition qui est proposée dans ce livre, c’est une famille qui serait composée de deux hommes, deux femmes et des enfants. Ce que nous appelions auparavant une partouze va devenir un cadre dans lequel nous allons élever des enfants. »

Et petit avertissement si certains dans la salle n’avaient pas compris : si cela continue, une mère épousera son fils et un père sa fille.

2. Catholiques et musulmans « unis » (mais pas trop quand même)

Coloc’

En réalité, voir des religieux de tous bords s’ériger contre tout ce qui touche à la famille traditionnelle n’a rien de choquant. Le raisonnement vaut aussi pour le Pacs ou encore le mariage gay.

Conférence contre #theoriedugenre : direct sur Media Presse Info http://t.co/cqqYBHx4XE pic.twitter.com/qaHzcLmjAZ
Civitas (@Civitas_) 19 Février 2014

Cet après-midi, les intervenants catholiques et musulmans ont toutefois insisté sur deux choses :

  • Ils ne veulent plus être qualifiés de réac’ ou d’extrémistes, parce que leur combat est « évident » et « universel » ;

  • OK, ils marchent ensemble sur ce coup, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont potes pour autant. Un peu comme dans une coloc’ où chacun a besoin de l’autre pour payer son loyer.

Béatrice Bourges – qui s’est fait connaître à la tête du « Printemps français » – a d’emblée exprimé le mot d’ordre :

« Il faut faire des alliances. »

Pour faire le nombre, pas plus. Ahmed Miktar et Nabil Ennasri ont invoqué l’intérêt commun pour justifier leur présence. Il y a un contexte particulier, donc ils mettent provisoirement de côté les clivages idéologiques. L’abbé Guillaume de Tanoüarn a explicité :

« [Si] les gens commencent à ressentir quelque chose au-delà des grands clivages entre chrétiens et musulmans, c’est parce qu’on touche à l’évidence “je suis un garçon, je suis une fille”. Si même cette identité là, on nous la vole, que nous reste-t-il ? Rien. »

Albert Ali a voulu tout résumer à sa manière. Il s’est donc totalement lâché :

« Si on accuse Alain Escada [secrétaire général de Civitas, ndlr] d’être un croisé anti-islam, je préfère que mon fils puisse continuer les croisades avec lui, virilement et avec son armure, plutôt qu’il se retrouve dans un bar LGBT au fin fond de Paris [...] Sauvegardons l’humanité. »

3. C’est presque l’apocalypse, donc les journalistes ne peuvent plus rigoler

Avec ou contre nous

« Maquis », « guérilla », « résistance » : en plus du champ lexical de l’apocalypse et de l’humanité en péril, celui du combat était omniprésent. Contre le lobby LGBT, le gouvernement et plus largement contre le PS et l’UMP – avec une mention spéciale quand même pour les socialistes (autant dire que Najat Vallaud-Belkacem et Vincent Peillon n’étaient pas les bienvenus).

Le livre pour enfants écrit par Farida Belghoul (Capture d’écran)

Jean-Pierre Dickès, président de l’association catholique des médecins et infirmières, est venu apporter sa caution scientifique et rappeler que les homosexuels et surtout, les transsexuels, auraient plus ou moins un souci psychologique. Un classique. Extrait de la fin de son intervention , en forme de mise en garde :

« Si Dieu pardonne, la nature, elle, est sans pitié et se vengera toujours. »

Alain Escada a lui débarqué avec plein de rapports – dans la lignée de ceux que Farida Belghoul cite dans toutes ses vidéos – pour prouver que le gouvernement était infiltré depuis déjà des années par le lobby LGBT. Et que, par conséquent, l’Education nationale ne pouvait plus échapper à ses diktats. Sauf si, évidemment, tout le monde se bouge.

C’est donc là que cette conférence de presse prend tout son sens. Farida Belghoul a besoin de médias engagés, parce que tous les autres mentent. Elle a d’ailleurs mis un coup de pression à tous les journalistes présents – peut-être parce que les cafés étaient offerts – en espérant les rallier à sa cause :

« Les médias, que j’ai invités aujourd’hui avec mon équipe, sont ceux que j’appelle à prendre parti dans ce combat. Je ne veux pas entendre parler de votre neutralité de journaliste, parce que vous êtes aussi des papas et des mamans. »