local : MAISON DES SYNDICATS
18 rue de l'Oiselet   -   La Camusière
37550    Saint Avertin
local :  02.47.85.11.15
portable : 07 81 55 42 14

 courriel : sudeduc37@gmail.com

Publié : 6 avril 2014
Format PDF Enregistrer au format PDF

(Le Monde) Journée de retrait de l’école : l’inquiétude de mamans d’Aulnay-sous-Bois

Source :
Emma
Paoli, in Le
Monde.fr
| 31.03.2014 à 15h51 • Mis à jour le 31.03.2014 à 15h53 |

Journée de retrait de l’école : l’inquiétude de mamans d’Aulnay-sous-Bois


Devant l’école Savigny, nichée entre deux tours HLM, à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), de jeunes mamans, hijab ajusté sur la tête, discutent en attendant la sortie des classes. Elles n’ont pas participé, lundi 31 mars, à la journée de retrait de l’école (JRE), initiée par la militante Farida Belghoul pour protester contre le prétendu enseignement de la « théorie du genre » en maternelle et en primaire.

Lire : Journées
de retrait de l’école : comment les enseignants recollent les
morceaux avec les parents

Pourtant, par le passé, elles y ont toutes déjà pris part, au
moins une fois. « C’était à cause des SMS »,
explique Fatiah, 32 ans. Ces SMS, elle en recevait des dizaines
chaque jour, moins aujourd’hui. Leurs auteurs, elle ne les connaît
pas tous. « Il y a des copines, mais aussi des numéros
inconnus. »

Malgré les multiples informations qu’ils contiennent, parfois
contradictoires, ils ont un point commun : sonner
l’alerte. Alerte à l’éducation sexuelle des enfants dès la
maternelle, alerte à l’initiation à la masturbation par les
professeurs, alerte à l’intervention de travestis et transsexuels
dans les classes…

« MON TÉLÉPHONE SONNAIT CINQUANTE FOIS PAR JOUR »

Au départ, la vague d’inquiétude a été forte, irraisonnée.
Quelques mamans se sont empressées de retirer
leurs enfants de l’école, ont appelé au secours les établissements
privés du quartier, demandé d’y inscrire
leurs petits dès la prochaine rentrée.

« Mon téléphone sonnait cinquante fois par jour »,
se souvient Hassen Farsadou, directeur de l’association Espérance
musulmane de la jeunesse française. Depuis 2008, il cherche à
réunir
des fonds pour la construction d’un établissement privé musulman à
Aulnay-sous-Bois. « Je n’ai pas reçu de dons pour le moment,
mais c’est clair, la polémique sur la théorie du genre a joué en
ma faveur »
, s’exclame-t-il.

D’autres mamans ont frappé aux portes des salles des
professeurs, réclamant des explications. « Souvent, ils sont
restés silencieux »
, regrette Myriam, 32 ans, visage
adolescent marqué par quelques rides d’anxiété. « Parfois,
ils n’étaient même pas au courant »
, ajoute son amie,
même allure juvénile.

Lire aussi : Comment
rumeurs et intox se propagent par e-mails, en chaînes

Il aura fallu du temps aux enseignants pour prendre
connaissance des rumeurs, les démentir,
parler
d’une seule voix. Non, la théorie du genre n’existe pas. Non,
les garçons ne vont pas être
contraints de porter
des jupes, et les filles, des pantalons. Mais oui à la lutte contre
l’homophobie, contre les stéréotypes filles-garçons, pour la
parité des filières professionnelles. En clair, il s’agit
d’expliquer
aux parents ce que sont les ABCD de l’égalité — dispositif
expérimenté par l’éducation nationale dans 600 classes de 10
académies volontaires, et probablement généralisé à la rentrée
prochaine.

 QUELQUES REMOUS

« J’aimerais bien que mon fils fasse le même métier que
moi, on n’est qu’entre femmes, c’est dommage »
, estime Sounia,
34 ans, assistante maternelle. « Moi aussi, si ma fille veut
devenir
astronaute, c’est bien »
, ajoute une mère au foyer, qui
exerce « le plus beau métier du monde malgré tout ».

Si elles ne participent pas à la prochaine JRE, elles restent
néanmoins vigilantes. « Tant que ces ABCD ne sont pas mis en
pratique, cela reste effectivement une théorie
, prévient
Sarah. Je serai attentive à leur application, il ne faut pas
non plus bousculer
la tête des enfants ».

En attendant, la vague d’inquiétude, qui devait, selon les
prédictions de M’hammed Henniche, secrétaire général de l’Union
des associations musulmanes du 93 (UAM 93), emporter
sur son passage les écoles publiques, au profit du privé, n’aura
fait que quelques remous. Et puis, « elle est derrière nous »,
confie, souriante, une maman.

Emma Paoli