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Publié : 31 mars 2014
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NR 31-03 : Remous autour du genre dans une école maternelle

source : La NR du 31/03/2014, article de F.B.

Remous autour du genre dans une école maternelle

Des parents vont manifester ce matin devant l'école maternelle de la Blotterie. - Des parents vont manifester ce matin devant l'école maternelle de la Blotterie. - (Photo NR)

Des parents vont manifester ce matin devant l’école maternelle de la Blotterie. - (Photo NR)

[#articleChapo<-]Des parents d’élèves de l’école maternelle de la Blotterie à Joué-lès-Tours lancent des accusations qui scandalisent le corps enseignant.

Depuis vendredi, l’affaire s’est répandue sur les réseaux sociaux : selon la section de Joué de l’association « Journée de retrait de l’école » (JRE), une enseignante de l’école maternelle de la Blotterie à Joué aurait, dans le cadre de l’abc sur la théorie des genres et de séances d’éducation sexuelle, demandé à un petit garçon et une petite fille de se mettre à nu et de se toucher mutuellement les parties génitales.

 Une plainte pour dénonciation calomnieuse

La diffusion de cette « information » a ému un certain nombre de parents, qui ont manifesté vendredi aux abords de l’école. La présidente nationale de JRE, Farida Belghoul, est venue sur place. Une délégation de parents a été reçue par l’inspecteur primaire en charge du secteur. Ce matin, certains parents appellent au retrait des enfants de l’école. Une main courante, en attendant une plainte, a été déposée auprès de la police.
Inutile de préciser que l’émotion a été tout aussi importante du côté de l’Education nationale et de la mairie de Joué. « De telles accusations sont proprement scandaleuses », s’offusque Philippe Le Breton, le maire de Joué. « C’est une manipulation pure et simple : la police et la justice permettront de l’établir. »
Même tonalité indignée dans la bouche d’Antoine Destrés, directeur administratif d’académie de l’Éducation nationale : « Cette attitude est gravissime et je condamne fermement et sans ambiguïté les propos proférés par cette association. Une plainte a été déposée pour dénonciation calomnieuse. J’apporte mon plein soutien à l’enseignante mise en cause ainsi qu’à l’ensemble de l’équipe de l’école. Je serai demain matin (NDLR : ce matin) à la porte de l’école pour marquer ce soutien. Mais au-delà de cette réaction immédiate, il nous faut réfléchir à une action pédagogique auprès des parents d’écolier et de collégiens pour éviter qu’à l’avenir ce genre d’affaire se reproduise. Dès lundi soir, je vais réunir les directeurs d’école dans cette perspective. »
Hier, le syndicat Sud Solidaires était lui aussi monté au créneau pour dénoncer une manipulation de JRE conduisant à un « lynchage public d’enseignants », dans le cadre d’une « attaque contre l’école et la laïcité ». L’affaire ne devrait pas non plus laisser indifférents d’autres syndicats, et même l’ensemble du corps enseignant.

commentaire

La mauvaise odeur d’une manipulation

Il y a des circonstances où le travail de journaliste ne peut se cantonner à donner la parole aux uns puis aux autres avec un souci d’équilibre. Il lui faut rappeler certains éléments qui permettent de renifler l’odeur nauséabonde de la manipulation.
1. On sait depuis Outreau que la parole des enfants, si elle doit être écoutée, doit être entendue avec d’infinies précautions. Les questions des adultes peuvent induire les réponses des enfants. La section locale de l’association Journée de retrait des écoles n’a pas eu ce scrupule : elle a pris pour argent comptant les dires d’un garçon de trois ans recueillis par sa mère qui elle-même ne parle pas français.
2. L’association JRE a déjà par le passé récent tenté de mobiliser les familles musulmanes en proférant des contre-vérités : sur la soi-disant théorie des genres qui n’existe pas, en affirmant que l’apprentissage de la masturbation allait faire partie des enseignements de l’école. Sa fondatrice, Farida Belghoul, se répand dans la blogosphère d’extrême droite. Il est cocasse de constater que les dénonciations de Joué sont reprises par des sites ultra-conservateurs comme celui du Christ Roi.
3. Les faits tels qu’ils sont rapportés paraissent totalement invraisemblables : dans une école maternelle, l’enseignante est rarement seule, la plupart du temps aidée par une assistante. Elle aussi aurait été complice de cet attentat à la pudeur ?
Tous ces indices conduisent légitimement à avoir plus que des doutes sur la matérialité des faits eux-mêmes et des certitudes sur leur instrumentalisation. Tout en constatant avec inquiétude qu’ils reçoivent un accueil certain auprès de familles, sans l’once d’esprit critique.
L’enquête dira certainement qu’il s’agit bien d’une manipulation dans le but de saper des principes fondamentaux de la République : l’égalité entre les sexes et la laïcité. L’enquête le dira dans six mois ou dans un an, une éternité pour la blogosphère, qui ne connaît souvent que l’immédiateté. Entre-temps, le mal sera fait. Mentez, mentez encore et toujours, il en restera bien quelque chose : Voltaire, au secours !

F.B.