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Publié : 25 février 2014
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Pourquoi Paul Valéry doit fermer ! Analyse d’une stratégie politique

Pourquoi Paul Valéry doit fermer ! Analyse d’une stratégie politique

Publié le 24 février 2014 in la
Rotative

Le Conseil Général d’Indre-et-Loire a annoncé la fermeture du
collège Paul Valéry.On revient sur les raisons de cette fermeture
et les processus employés pour faire disparaître ce collège.

Le collège Paul Valéry est situé à Tours Nord, dans le
quartier des Douets. C’est un quartier qui est vu comme
vieillissant, même si l’on observe ces dernières années
l’arrivée de nouvelles familles laissant prévoir un
rajeunissement de celui-ci à moyen terme (et donc un accroissement
du nombre de collégiens). Dans la mesure où l’établissement
compterait à la rentrée 2014 moins de 100 élèves, il peut
sembler difficile de justifier son maintien en l’état. Pourtant,
cette situation est le fruit d’une volonté politique,
l’aboutissement de lois et de réformes venues de divers horizons
et qui ne pouvaient que précipiter la fermeture du collège.

 Un collège tranquille

Ce collège fonctionnait très bien avec un effectif d’environ
240 élèves par année, puis les effectifs ont diminué
inexorablement pour arriver à la rentrée 2013 à 146 élèves. Tout
s’est accéléré en février 2011, comme l’explique un syndiqué
de SUD Education qui a enseigné dans ce collège :

« Le conseil général décide de fermer une classe de sixième malgré les nombreuses pétitions et la mobilisation des parents d’élèves et des enseignants. À l’époque, c’est un établissement qui fonctionne bien. L’équipe enseignante est stable pour encadrer quelque 230 élèves. Les conditions d’enseignements sont optimales (locaux en excellent état, équipement en matériel informatique à la pointe, structure à taille humaine…). Les projets sont nombreux, et nombreux sont les parents qui demandent une dérogation pour inscrire leur enfant à Paul Valéry. La classe de sixième est fermée en dépit du bon sens ; l’objectif du conseil général, même s’il est toujours nié, est clair : la fermeture est entérinée. »

Cette politique est guidée par les conclusions du rapport
Hussenet (2009), inspecteur de l’Éducation nationale qui, sur
demande de Claude Roiron (présidente du CG à l’époque), a
procédé à une étude statistique des collèges d’Indre-et-Loire
(ceux-ci étant gérés par le CG). Les collèges sont étudiés sur
tous les plans (personnels, finances, fonctionnement, coûts et
réhabilitation). De cette recherche, il est sorti un rapport de 30
pages dont les conclusions principales sont qu’un collège viable
(c’est-à-dire rentable) est un collège de 400 à 500 élèves, et
qu’un collège de 200-300 élèves serait quant à lui non
viable. Conséquence : la préconisation de la fermeture
de 5 à 6 collèges dans le département.

Suite à la publication de ce rapport, plusieurs rumeurs au sein
du Parti Socialiste font état de l’existence d’un document
beaucoup plus long et complet d’environ 300 pages, qui présentait
une situation quelque peu différente. L’équipe Roiron aurait-elle
pioché dans le rapport et divulgué les informations qui
l’arrangeaient ?

Du côté de l’Éducation Nationale, le directeur académique
des services de l’éducation nationale (DASEN) s’est efforcé
d’accompagner cette politique de fermeture. Ceci tout d’abord en
refusant de nombreuses demandes de dérogation de familles. Il va
ainsi justifier la fermeture : un collège ne pouvant plus
recruter dans sa zone de recrutement et devant se tourner vers les
dérogations n’a pas vocation à rester ouvert. Or, cette même
zone de recrutement a été délibérément et considérablement
réduite au cours des années passées, au profit des autres collèges
de Tours Nord, pour aujourd’hui se limiter à quelques rues.


 Que faire des élèves

Le nord de Tours a subi un essor immobilier très important depuis
quelques années. Cela se traduit par des milliers d’appartements
et de maisons supplémentaires, notamment dans le quartier Monconseil
et prochainement au niveau des anciens abattoirs.

Ce secteur comporte cinq collèges (La Bruyère, Ronsard, Paul
Valéry, Montaigne et Léonard de Vinci). Déjà 2 des 5 collèges
du secteur, les collèges Léonard de Vinci et Ronsard, sont au
maximum de leur capacité d’accueil. Les professeurs de ces
établissements tirent la sonnette d’alarme : il y a trop
d’élèves par classe et les structures ne sont pas adaptées (la
cantine du collège Léonard de Vinci est au maximum de ses capacités
d’accueil).

Ainsi le collège Ronsard, avec l’essor du quartier Monconseil,
sera bientôt plein et débordera sur La Bruyère (selon Frédéric
Thomas, président actuel du Conseil Général, en septembre 2013).
Le collège La Bruyère, qui comprend un « internat
d’excellence », a vu 9 de ses classes devenir des chambres.
Aujourd’hui, il n’y a pas assez de salles de cours et les enfants
sont accueillis dans des préfabriqués. Il y a 251 élèves dans cet
établissement, sauvé par la ténacité de Claude Roiron,
conseillère générale du canton de ce collège... Contacté par les
parents d’élèves de Paul Valéry, le collège La Bruyère indique
que, vu la spécificité de sa population (ce collège accueille les
enfants du quartier du Beffroi...) et le peu de marge dont il dispose
(l’établissement saturerait à 310 élèves), le collège ne
peut pratiquement pas accueillir d’élèves de Paul Valéry.

Enfin, le collège Montaigne est situé à 800 mètres de
Paul Valéry. Cet établissement accueille depuis la rentrée 2013
460 élèves, nombre non négligeable. Lui aussi connaît des
difficultés de conditions d’accueil, puisque les enfants
demi-pensionnaires n’ont qu’une demi-heure pour déjeuner le midi
deux jours par semaine du fait de locaux trop petits. Que se
passera-t-il avec l’arrivée des 100 élèves supplémentaires
issus de Paul Valéry ainsi que celle de la population future du site
des abattoirs ?

 Qu’en sera-t-il avec des enfants supplémentaires ?

Concernant l’organisation de la rentrée 2014,
le DASEN se permet de prendre de l’avance sur le vote de la
fermeture du collège [1].
En effet, dans le système démocratique actuel, ce n’est pas
l’annonce faite par le président du Conseil Général qui entérine
une décision, mais un vote de l’instance. Or, ce vote n’a pas
encore eu lieu, donc pour l’instant la fermeture n’est pas actée.

Le DASEN, en bon accompagnateur, organise déjà la fermeture du
collège et le replacement des élèves. Une lettre a été envoyée
aux familles par le cartable des élèves (pour ne pas les perturber,
il y a mieux...) détaillant l’organisation de la rentrée 2014 et
l’avenir des élèves. Cette lettre proposait aussi d’organiser
des visites d’autres établissements, en retournant un coupon pour
le 15 janvier (le délai ayant par la suite été repoussé
suite aux plaintes des parents d’élèves).


A cela s’ajoute une publicité de 8 pages aux frais de
l’Éducation Nationale titrée : « Choisir son nouveau
collège à la rentrée 2014 ». Ce qui sonne comme :« Il
est temps de choisir, plus le temps de se battre. » Ce document
fait la pub des autres collèges de Tours Nord et "rappelle"
aux parents qu’il leur est possible de formuler trois vœux,
l’Éducation Nationale s’engageant à affecter leurs enfants sur
l’un des trois collèges choisis… Étrange, alors que le discours
était jusque là : "Dans le collège de votre choix, je
m’y engage".

Outre le zèle du DASEN, plusieurs questions découlent de ces
textes :

  • Y a t-il vraiment de la place pour
    chaque élève dans tous les collèges, ou est-ce que cela sera
    « premier arrivé, premier servi » ?

  • Quelle forme ce tutorat, par qui ?
    Quels moyens ?

  • A terme le secteur de Paul Valery échoue au collège
    Montaigne. Que se passera-t-il dans quelques temps quand le boom
    démographique aura lieu ?

Et derrière tout cela, n’y a-t-il pas une volonté de casser
une dynamique de lutte en individualisant les parents dans les choix
et démarches ainsi que dans la diffusion des informations ?

 Une politique de gestionnaires sans odeur politique

Cette politique du Conseil Général a été relayée
nationalement par la politique du gouvernement Fillon, qui se
traduisait notamment par :

  • les baisses successives des
    dotations horaires globales, qui entraînent la multiplication des
    postes partagés sur plusieurs établissements ;

  • l’assouplissement de la carte scolaire.

Point final, le gouvernement Ayrault décide en 2012 la fin du
préapprentissage à 14 ans et la fermeture des dispositifs de 3e par
alternance à la rentrée 2013. On ne peut pas dire qu’on soit
favorable à ce que des jeunes de 14 ans partent au travail,
mais pour les parents ou le collège, c’était le seul moyen de
maintenir l’établissement ouvert, puisque la seule vraie solution
(consistant en un changement de la carte scolaire) ne leur était pas
accordée. Monsieur Thomas, comme Mmes Roiron et Touraine avant
lui, profitant de la politique agressive du gouvernement de droite,
ont tout fait pour rendre la fermeture du collège Paul Valéry
inévitable.

Plus largement, il faut rappeler que le rapport Hussenet
préconisait en 2009 la fermeture de 11 collèges, dont 7
immédiatement. S’appuyant sur des raisons pédagogiques, alors
qu’il est clair que la première raison reste budgétaire. F.
Thomas et le Conseil Général expliquent que des collèges de
400 élèves sont inadmissibles en milieu urbain, l’objectif à
terme étant la création de collèges de 600 à 800 élèves.
Par contre, en milieu rural, cet effectif se justifierait de par la
distance kilométrique. Cette logique est résumée par les parents
d’élèves en lutte de cette manière :

Cela veut dire un accueil humain pour le milieu rural et un accueil de masse déshumanisé pour le milieu urbain. Belle égalité des chances en perspective !

Ce projet commence à prendre forme, puisque suite à un
changement de sectorisation le collège Philippe-de-Commynes situé à
Tours Sud accueille des enfants habitants à 20 kilomètres de
l’établissement, portant son effectif à la rentrée 2013 à
611 élèves.

En ce qui concerne les fermetures de collèges, la première
question que l’on doit se poser, c’est l’accueil et
l’apprentissage des élèves. Vont-ils, avec des collèges de
600-800 places, avoir de bonnes conditions d’apprentissage ?
Car avant les questions de budgets ou de réflexion pédagogique, la
plupart des parents cherchent avant tout à observer comment l’État
s’occupe de leur enfant.
Or, si l’on prend en compte qu’en
ce moment les effectifs de l’Éducation Nationale sont à la
baisse, nous sommes amenés à penser que le nombre d’élèves par
classe ne pourra qu’augmenter, et que les conditions d’accueil
(vie scolaire, restauration, etc.) ne seront surement pas de
meilleure qualité.

Les prochains collèges concernés pourraient être l’Arche du
Lude à Joué-lès-Tours ou le collège Jacques Decours à
Saint-Pierre-des-Corps. Avec le collège Pasteur l’année dernière,
on s’aperçoit que ces collèges sont situés dans des zones
populaires où des collèges à taille humaine participent à la vie
sociale du quartier. On est en droit de se demander pourquoi aucun de
ces collèges ne se situe dans des zones aisées. Cela pose la
question des cartes scolaires en France, qui ne font clairement pas
le jeu du brassage social.

Enfin, puisque le Conseil Général n’a que le mot « économies »
à la bouche, on peut s’interroger sur la pertinence du versement
de trois millions d’euros par an aux collèges privés sous
contrat du département. Parmi ces collèges se trouvent des
établissements qui ne comptent que 100 à 200 élèves, sans
que cela ne choque personne.

P.-S.

Les parents en lutte demandent un moratoire de trois années
sur la fermeture programmée des collèges d’Indre-et-Loire,
permettant ainsi de réaliser une véritable étude au cas par cas de
chaque établissement.

Plusieurs organisations syndicales ont pris position sur cette
question sous la forme de communiqués et réponses aux
sollicitations du collectif. Pour les déclarations de soutien, voir
les sites de Force
Ouvrière
, de SUD
Education
et de la FSU.
Pour une prise de position plutôt favorable à la décision du
Conseil Général, ou du moins soutenant les « décideurs »,
voici un échange d’e-mails entre le collectif des parents en lutte
contre la fermeture du collège et le syndicat CFDT, dont le contenu
est pour le moins étonnant pour un syndicat :

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