local : MAISON DES SYNDICATS
18 rue de l'Oiselet   -   La Camusière
37550    Saint Avertin
local :  02.47.85.11.15
portable : 07 81 55 42 14

 courriel : sudeduc37@gmail.com

Publié : 10 janvier 2014
Format PDF Enregistrer au format PDF

Enseignants : "Pas de souffrance au travail mais des revendications"

Enseignants : "Pas de souffrance au travail mais des revendications"

Jacques Mottreau, in la Rotative du 16-01-2014

Alors que les syndicats d’enseignants de l’académie d’Orléans-Tours ont adressé une lettre au ministre pour dénoncer "des conditions de travail dégradées par les réformes successives et la réduction des dépenses publiques" suite au suicide de deux enseignants, voici une réflexion sur la souffrance au travail dans la profession.

Une responsable d’un grand syndicat dont je tairai le nom affirmait en 2011 : « Il n’y a pas de souffrance au travail mais des revendications ». Les deux principales revendications concernant la Fonction Publique (abandon de la RGPP et de ses avatars, abandon des projets d’allongement de la durée de cotisation pour les retraites) n’ont pas été entendues. Dans le même moment, les tensions, les crispations sur les différents lieux de travail de la Fonction Publique ont augmenté : on parle de « risques psycho-sociaux ». Par ailleurs, aucun indicateur statistique ne montre une vague de syndicalisation tous syndicats confondus. Comme l’écrivait déjà René Mouriaux il y a plus de trente ans, les syndicats français sont parmi ceux qui comptent le moins d’adhérents chez les salariés européens.

Si les revendications n’aboutissent pas, si la syndicalisation n’augmente pas, c’est peut-être parce que la souffrance au travail est telle qu’elle isole les salariés en leur faisant perdre tout espoir d’une action collective susceptible de transformer leurs conditions de travail. Au lieu de développer les solidarités, la crise accentue le repli sur soi. De quoi est-elle la conséquence ? Comment se manifeste-t-elle ? C’est ce que nous allons examiner.

Deux phénomènes sont à l’origine de la souffrance au travail des enseignants : le premier consiste en un transfert de tâches administratives vers les enseignants, le second en une dépossession progressive de la maîtrise de leur outil de travail.

Transfert de tâches administratives

Le transfert du travail administratif commence avec la professionnalisation du rôle longtemps bénévole de « professeur principal » : en contrepartie d’une « indemnité », le professeur principal désigné par l’administration remplit pour elle des tâches qui jusqu’alors lui incombaient : par exemple organiser un « conseil de classe », diriger une réunion avec les parents d’élèves, suivre les élèves en stage dans les Lycées professionnels. Et cela ne se cantonne pas dans le suivi des élèves mais aussi dans la recherche du stage, de plus en plus difficile à trouver.

Jusqu’à présent, c’était en principe l’administration de l’établissement, le Chef des Travaux qui trouvait le stage dans ses listes. Maintenant, c’est au professeur principal de trouver aussi des stages, et comme les stages sont rares, le professeur principal tend à associer ses collègues à cette recherche jusqu’à parfois les y contraindre par le biais de la culpabilité : comment ne pas essayer de trouver un stage à un élève qui n’y arrive pas ?

Le transfert se poursuit, avec la volonté sous-jacente des récentes politiques éducatives de supprimer l’examen du Baccalauréat, en instituant et en généralisant le CCF (Contrôle Continu en Cours de Formation) en lieu et place de l’examen organisé dans le cadre national : CCF en lycée pour les langues vivantes, en LP pour de nombreuses disciplines. C’est donc au professeur d’organiser lui-même les examens de ses élèves, de rédiger les sujets, de veiller à la transmission des convocations, etc. ; en contrepartie de quoi, il perçoit une « indemnité ». . .

A ce transfert de l’administratif vers l’enseignement s’ajoute la volonté de l’administration d’être moderne, « à la page » ; à l’ère d’internet, il convient d’informer toujours davantage et toujours plus vite les parents de ce qui se passe dans la classe via « le cahier de texte informatique » et toutes ses applications dérivées.

Ainsi, au fil des années de cette dernière décennie, l’enseignant est devenu, en plus, un administratif mais pas avec plus de salaire : des indemnités.

Dépossession progressive de l’outil de travail

De même que le bois est la matière que façonne l’ébéniste, les élèves sont métaphoriquement une part de la matière avec laquelle travaille l’enseignant. Je veux comparer l’enseignant à l’artisan parce qu’il me semble que jusqu’à présent,l’un et l’autre sont maîtres de leur outil de travail, à la différence de l’ouvrier d’usine qui travaille à la chaîne. En tout cas, ils sont maîtres de leurs savoirs, de leurs techniques à défaut de maîtr