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Publié : 20 février 2014
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la NR : "Souffrance au travail : les professeurs aussi"

Souffrance au travail : les professeurs aussi

Source : Cécile Lascève in laNR du 20/02/2014

Les enseignants seraient de plus en plus isolés. - Les enseignants seraient de plus en plus isolés. - (Photo archives NR)Les enseignants seraient de plus en plus isolés. - (Photo archives NR)

 

 

Manque de reconnaissance, sentiment d’impuissance ou d’isolement… Après deux suicides de collègues, des enseignants rompent le silence.

 

 

Un stage autour de la souffrance au travail dans l’Éducation nationale ? L’initiative est venue de Sud Éducation 37  : une trentaine d’enseignants « pas tous syndiqués » des 1er et 2nd degrés étaient rassemblés, la semaine dernière, pour échanger ressenti, stress et, parfois, ras-le-bol.
Les suicides de deux enseignants, survenus dans l’académie au deuxième semestre 2013, étaient, bien sûr, dans tous les esprits. « Mais le stage était programmé de plus longue date, assurent les organisateurs, de plus en plus de collègues étant en proie à diverses formes de souffrance. » Un mal-être profond dont des enseignantes témoignent anonymement.

> « Manque de solidarité ». Ici, une enseignante de maternelle : « J’ai 25 élèves et une seule Atsem pour m’aider. Impossible, dans ces conditions, de bien faire son travail. Dans mon école, il y a également une jeune collègue remplaçante à qui je n’ai malheureusement pas de temps à consacrer.
« L’autre jour, je l’ai retrouvée en larmes. Elle se sent nulle mais ne peut le dire à personne. Elle a raison car, avec notre administration, si tu as un problème, ce n’est pas du fait des effectifs ou des difficultés scolaires de certains, c’est simplement de ta faute.
« J’ai demandé un stage de formation pour apprendre à l’aider. Il m’a été par deux fois refusé. Au final, il n’y a plus de solidarité entre collègues. On fait du chacun pour soi, en s’isolant peu à peu, alors qu’on traverse souvent les mêmes difficultés. »
> « Impuissants et abandonnés ». Là, une institutrice de CM2 : « J’ai une trentaine d’élèves dont deux non-francophones à qui je dois apprendre le français. Je fais comme je peux, mais je manque de moyens. Je n’ai plus jamais la satisfaction de faire bien mon boulot. Et, ça, c’est terrible.
« Le malaise s’accentue d’année en année. Il y a eu une telle différence entre ce que je voudrais faire et la réalité ! A côté de cela, on ne cesse de devoir rendre des comptes : sur les heures de présence ou de soutien, les réunions tenuesComme s’il fallait sans cesse justifier nos 40 heures de travail par semaine ! »
> « Culture du résultat ». Ou cette professeure de lycée : « 36 élèves devant vous. La souffrance, c’est de découvrir que vous n’aurez cette classe que de 17 h à 18 h, et cela à trois reprises dans la semaine ! C’est également les résultats des établissements affichés partout, avec des chiffres bruts qui ne laissent rien paraître du travail qui a été fait.
« Ma souffrance, c’est aussi de voir ces élèves avec une heure de trajet le matin et le soir, à qui l’on demande – et moi aussi – beaucoup de travail le soir. Les citadins sont favorisés. Surtout, ce qu’on nous impose n’est jamais en adéquation avec les moyens. Je ne peux pas aider chacun, ce qui génère du stress… 
« Je suis triste également qu’on ne mette pas le paquet sur les filières telles que la STI2D. Certes, c’est une filière onéreuse, mais des jeunes sans bac coûteront beaucoup plus cher ! »

à savoir

" Pas de visites médicales "

Sud Éducation insiste sur un « manque de reconnaissance » de la part de la hiérarchie : « Alors que l’institution n’offre jamais de temps de réflexion et alors qu’on vient de déplorer deux suicides, une dizaine de professeurs n’ont pas eu l’autorisation de quitter leur classe pour participer à ce stage. Cinq ont dû se mettre en grève. »
Le syndicat rappelle également qu’alors que le burn out (épuisement physique, mental et émotionnel) progresse chez les enseignants, ceux-ci demeurent oubliés de la médecine du travail : « Nous ne bénéficions toujours pas de visite médicale comme les autres salariés. »

Cécile Lascève