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Publié : 17 février 2014
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Mais enfin, qu’est-ce qu’un décrocheur ?

Voici la réflexion sur les critères modifiés du décrochage scolaire d’un des animateurs des déchiffreurs ( CGT statisticiens DEPP Ministère) en réaction à la revue sur le décrochage scolaire.

Mais enfin, qu’est-ce qu’un décrocheur ?

Version
février 2014

Un
chapitre du récent
Portrait
social
(INSEE, 2013) est
consacré aux décrocheurs sous le titre :
« Les
décrocheurs du système éducatif : de qui parle-t-on ? ».
1

En
utilisant le panel 1995 de la DEPP (élèves entrés en
6ème
à la rentrée 1995-1996), les auteurs mettent en évidence les
diverses catégories de décrocheurs et en décrivent les
caractéristiques. Le propos vise également à passer en revue les
différentes définitions de ce mot qui en compte tant. L’exercice
est louable, et rondement mené. Malheureusement, aux trois
définitions habituellement retenues, les auteurs en ajoutent une
quatrième, qui de plus fait confusément référence au code de
l’Education.

Rappelons
brièvement les trois définitions connues, en indiquant les chiffres
plus récents mentionnés par l’article. (voir dans ce blog
l’article
« Décrocheurs,
accrochez-vous ! »
)

La
première, que nous avons proposée en mars 2012 comme l’ordre de
grandeur à retenir, parce qu’elle est la plus compréhensible,
réunit les
sortants sans
diplôme
 : ces jeunes
quittent le système éducatif sans avoir obtenu aucun diplôme de
second cycle (baccalauréat, CAP, BEP). Certains ont le brevet, qui
n’est pas un diplôme de fin de second cycle . Pour la période
2007-2009, nous avions donné le chiffre de 120 000, soit 17 à
18% des sortants. Pour 2009-2011,
Portrait
social
indique 16 % (dont
7% qui ont seulement le brevet).

Autre
définition, les
sortants
précoces
 : cet
indicateur de l’Union européenne veut mettre en évidence
pour
une tranche d’âge donnée (18-24 ans)

la part des jeunes qui ne possèdent pas de diplôme de
l’enseignement secondaire et qui ne sont pas en formation :
cette part continue à varier autour de 12%.

Troisième
définition, les
sortants
sans qualification
qui, au
sens du Bilan Formation Emploi, quittent le système éducatif aux
niveaux VI et V bis (c’est-à-dire sans avoir atteint une année
terminale de formation secondaire) : ils sont environ 40 000.

Le
Portrait social
ajoute une quatrième définition, qui ouvre d’ailleurs l’article :
sont décrocheurs (de l’enseignement secondaire) les jeunes qui
n’obtiennent pas le diplôme terminal de la formation secondaire
qu’ils poursuivent, même s’ils sont dotés d’un autre diplôme
terminal de cette formation. C’est ainsi le cas des titulaires de
CAP et BEP qui ont cherché en vain à obtenir un baccalauréat.
Selon cette acception, un quart des jeunes entrés en 6
ème
en 1995 ont décroché, soit 200 000 jeunes.

Cette
même définition est reprise dans un article de Cédric Afsa, dans
la revue
Education et
Formations,
qui vient de
paraître2.

Cette
définition mélange donc des jeunes sortis sans aucun diplôme
(évalués à 160 000) et 40 000 jeunes dotés d’un CAP
et d’un BEP mais considérés ici comme décrocheurs puisqu’ils
ont quitté l’école sans obtenir le baccalauréat.

Il
nous semble que cette juxtaposition de jeunes avec ou sans diplôme
aide peu à comprendre le phénomène du décrochage. D’ailleurs,
dans la suite du texte de l’INSEE, et à plusieurs reprises, les
auteurs sont amenés à isoler ce sous-groupe de « décrocheurs
diplômés ». De même, Cédric Afsa, constatant que les
« décrocheurs diplômés » (dotés du CAP ou du BEP)
ont, dans les processus d’insertion, un comportement différent de
leurs camarades sans diplômes indique que dans son article
« l’analyse se
[restreindra] dorénavant aux jeunes sortis sans diplômes. »

Pour
justifier leur définition, les auteurs de
Portrait
social
s’appuient, nous
semble-t-il avec peu de pertinence, sur l’article L.313-7 du code
de l’Education
3
 : leur lecture de cet article les autorise à nommer décrocheur tout
jeune qui lâche avant d’avoir obtenu le diplôme visé par sa
formation. Ainsi, à leurs yeux, un titulaire de CAP ou de BEP visant
le bac sans l’obtenir est un décrocheur au sens du code de
l’Education.

Cet
article L.313-7 du code enjoint les institutions éducatives (quelles
qu’elles soient) à signaler (à tel ou tel organisme chargé de
l’insertion professionnelle et sociale) les jeunes

« qui
ne sont plus inscrits dans un cycle de formation et qui n’ont pas
atteint un niveau de qualification fixé par voie réglementaire ».

Ce
niveau est défini (comme le signale
Portrait
social
) par le décret
n°2010-1781 du 31 décembre 2010. Or, que dit le décret ?

« Le
niveau de qualification mentionné à l’article L. 313-7 du code de
l’éducation est celui correspondant à l’obtention :

  1. Soit
    du baccalauréat général.

  2. Soit
    d’un diplôme à finalité professionnelle enregistré au
    répertoire national des certifications professionnelles et classé
    au niveau V ou IV de la nomenclature interministérielle des niveaux
    de formation. »

Le
CAP ou le BEP est donc bien un niveau de qualification qui préserve
le jeune du titre de « décrocheur », du moins au sens du
code de l’Education. Inclure dans cette catégorie des titulaires
d’un diplôme de niveau V revient à affaiblir la portée de ce
niveau, voire à nier la qualification de ses titulaires, alors que
les indicateurs d’insertion montrent que posséder un tel diplôme
est un atout pour le jeune.

Le
Ministère définit d’ailleurs ainsi sur son site le décrocheur :

« Un
décrocheur est un jeune qui quitte un système de formation initiale
sans avoir obtenu de diplôme

de niveau V (BEP ou CAP) ou de niveau supérieur (baccalauréat). »

Comme
nous l’avions préconisé en 2012, cette définition devrait être
privilégiée pour décrire un phénomène que l’on pourrait
qualifier de
déscolarisation
plutôt que de décrochage.

Le
dernier rapport de l’Inspection générale va dans le même sens et
propose la même interprétation du code de l’éducation que la
nôtre4.

La
confusion introduite par
Portrait
social
provient sans doute
du malaise provoqué par la polémique des années Darcos-Chatel. Le
but des ministres étaient alors non pas d’abord de dénombrer les
décrocheurs (et encore moins d’éclairer le processus du
décrochage), mais de les repérer pour les placer dans un processus
soit de formation soit de mise au travail. Ces « perdus de
vue », comme ils les appelaient parfois, pouvaient être
estimés à 254 000 – chiffre invraisemblable qui avait
provoqué notre réaction.

Les
services statistiques du MEN ont sans doute été durement sollicités
pour avancer un chiffre en utilisant les sources propres du Ministère
(par exemple les panels), et non la seule Enquête Emploi de l’INSEE.

Mais
comment utiliser cette source des panels d’entrée en 6
ème ?

L’intérêt
d’un panel n’est plus à démontrer. Il consiste à suivre les
cursus scolaires d’échantillons d’élèves entrant en 6
ème
une même année (1995 pour le panel utilisé par
Portrait
social
)5.
Il permet d’observer les états successifs des jeunes en fonction
de leurs caractéristiques, y compris scolaires, et de mesurer par
exemple le poids des difficultés scolaires dès l’entrée au
collège.

La
dernière livraison d’
Education
et formations
citée plus
haut est d’ailleurs presqu’entièrement consacrée à l’étu