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Publié : 10 février 2014
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Les ministères censurent le mot « genre » (Médiapart)

Circulaires,
manuels, livres : les ministères censurent le mot « genre »

>
MÉDIAPART - 6 FÉVRIER 2014 
> PAR
LUCIE
DELAPORTE

Cédant
à la pression des lobbies les plus conservateurs, le gouvernement a
déjà, et depuis plusieurs mois, choisi de faire disparaître
partout le mot « genre », désormais jugé trop sulfureux. Au prix
d’absurdes acrobaties. Enquête sur une censure discrète qui signe
aussi une incroyable défaite idéologique. 
>

C’est
par un coup de fil un peu gêné que Sylvie Ayral a appris que ses
quatre conférences programmées en avril dans des collèges de
Seine-Saint-Denis étaient,

« compte tenu du climat »
,
purement et simplement annulées. L’auteure de
La
Fabrique des garçons
,
un livre très remarqué paru en 2011 et qui analyse comment, au
collège, les garçons recherchent la sanction disciplinaire comme
preuve de leur identité virile, a pourtant déjà fait des
dizaines
d’interventions en milieu scolaire
,
avec la bénédiction du ministère de l’éducation nationale. À
chaque fois, le thème passionne les collégiens comme les
enseignants.

Aujourd’hui,
le sujet serait devenu trop sulfureux. Plus encore que le thème de
son intervention, c’est manifestement le sous-titre de son livre,
« Sanctions
et genre au collège »,

et cette mention du mot « genre », qui a mis en alerte les radars
du rectorat. 
>

Depuis
le succès l’an dernier des mobilisations contre le mariage gay,
aux slogans ouvertement homophobes, le terme « genre » est en effet
l’objet d’une invraisemblable chasse aux sorcières. Pour
désamorcer la fronde réactionnaire qui s’affole de l’introduction
d’une prétendue « théorie du genre » à l’école, le
gouvernement aurait pu choisir de faire de la pédagogie sur un
concept encore assez neuf dans le débat public. Il aurait pu
sereinement expliquer que la théorie du genre n’existe pas mais
que le genre est un concept précieux pour penser tout ce que les
rôles de sexe ont de socialement construit.

Le
mouvement de boycott de l’école primaire la semaine dernière l’a
encore prouvé, le terme charrie effectivement bien des fantasmes.
Mais l’exécutif a préféré faire simple, en mettant, tout
simplement, le mot « genre » à l’index. Lois, circulaires,
rapports... Afin de ne pas trop froisser les lobbies intégristes, le
gouvernement a discrètement choisi de se passer d’un des concepts
les plus importants du champ intellectuel de ces dernières
décennies.

Le
cas de Hugues Demoulin, chargé de mission égalité garçons-filles
dans l’académie de Rouen, et
déjà
rapporté par ce blog
,
est à cet égard saisissant. La parution de son
livreDéjouer
le genre – Pratiques éducatives au collège et au lycée