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Publié : 22 octobre 2013
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Michelin sur mediapart

Situation tendue à l’usine Michelin de Joué-lès-Tours


PAR RACHIDA EL AZZOUZI LE 21 OCTOBRE 2013

Après deux semaines de blocage de l’usine, les salariés du site Michelin de Joué-lès-Tours en Indre-et-Loire ont repris le travail lundi, condition mise par la direction pour reprendre la négociation sur la mise en œuvre d’un plan social de 726 suppressions de postes.

« Il faut faire quoi ? Brûler l’usine, séquestrer la direction pour qu’on parle du drame social qui se joue ici ? Les gars ne comprennent pas. Ils veulent durcir le mouvement, ils n’ont plus rien à perdre, ils se sentent tellement isolés, abandonnés des élus locaux et nationaux aveuglés par la super-communication du groupe. » Délégué Sud à l’usine Michelin de Joué-lès-Tours en Indre-et-Loire, où 726 emplois sur 936 vont être rayés de la carte du numéro deux mondial du pneu dans le cadre d’un vaste « projet de réorganisation », Olivier Coutant craint de ne pouvoir contenir la désespérance des troupes dans les jours qui viennent.
Depuis deux semaines, la colère est maximale et l’usine paralysée, faute d’un accord entre syndicats (Sud, CGT, CFE-CGC, CFDT) et direction sur le dispositif d’accompagnement social. Dans cette usine peu habituée à montrer du muscle, à bloquer les rocades et à brûler des pneus, le blocus est inédit et non sans conséquence à l’échelle du groupe. En France comme à Cholet et Roanne, mais aussi en Italie, en Espagne, des sites se voient contraints de tourner au ralenti, voire au chômage partiel, n’étant plus approvisionnés par Joué-lès-Tours en nappes calandrées, ce composite fait de câbles métalliques noyés dans la gomme qui sert à fabriquer des pneus.
« Michelin est secoué par ce conflit. Ils n’ont pas l’habitude. C’est le siège à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) qui met la pression sur la direction du site pour conclure les négociations », analyse Olivier Coutant.

Principal point d’achoppement entre syndicats et direction ? Les mesures d’âge de départ à la retraite anticipée dans cette usine où trois quarts de l’effectif a plus de 50 ans. Le manufacturier attend qu’elles génèrent le départ de 360 salariés, les syndicats entendent qu’elles bénéficient aux personnes nées dès septembre 1960, soit presque 500 salariés. « Les propositions de la direction sont scandaleuses, inférieures au dernier plan social de 2009 qui avait vu à Montceau-les-Mines le départ de 350 salariés mais uniquement sur la base du volontariat. Ce PSE de 2009, c’est notre base de départ pour la négociation. Nous voulons des contreparties à la hauteur du préjudice subi », explique Olivier Coutant.

Vendredi 18 octobre, la sortie de crise était très mal engagée. La direction décidait d’ajourner les négociations prévues « à cause du blocus et des dégradations ». Elle menaçait d’aller en référé pour obtenir gain de cause et posait comme condition non négociable pour revenir à la table des discussions la fin du blocus. Ce que syndicats et salariés refusaient en bloc. « C’est trop facile. On négocie d’abord puis on cesse le mouvement si on obtient des garanties », martelait l’intersyndicale. Finalement, ce dimanche 20 octobre, en début d’après-midi, de guerre lasse, 80 % des Bibs ont levé la main pour la fin du blocus. Les négociations vont donc reprendre ce lundi 21 octobre ainsi que le ballet des camions à l’entrée et à la sortie de l’usine.
« La direction a gagné. Les salariés sont à cran. Ils ont très peur. Ils se souviennent du plan social de 2006 à l’usine de Poitiers. À l’époque, le site avait été bloqué durant plusieurs semaines, Michelin avait suspendu les négociations et beaucoup de salariés étaient partis avec le minimum. Ils craignent de revivre cela », analyse Olivier Coutant. Le délégué Sud ne cache pas sa déception de voir le blocus levé mais il comprend les salariés qui n’écartent pas de nouveaux débrayages si la direction persiste à négocier a minima. Car les Bibs de Joué-lès-Tours comme leurs syndicats, qui ont tenté vainement de repousser l’échéance du plan social à 2019-2020 pour que les mesures d’âge profitent à un maximum de salariés (550 sur 730), craignent que l’accompagnement du PSE, tel que dicté par la direction, n’envoie dans la précarité les quinquagénaires qui constituent le gros du bataillon.
« Ils nous vendent les ateliers de transition professionnelle (dispositif d’accompagnement personnalisé vers un projet professionnel externe - ndlr), où le salarié suit des formations, fait des stages. Mais avec une moyenne d’âge aussi élevée, à la sortie de ces ateliers, quel patron va se battre pour récupérer des vieux de 55 ans ? Aucun. Les gars ne retrouveront pas de boulot mais le chômage », s’indigne Olivier Coutant. L’intersyndicale est d’autant plus furieuse que le groupe prévoit, via sa filiale Michelin Développement, la création de 730 nouveaux emplois dans le bassin de Tours, mais il n’envisage pas d’y reclasser prioritairement les salariés de Joué-lès-Tours. « Ces emplois ne sont pas pour nous car nous ne sommes pas formés, nous disent-ils, mais c’est eux qui, depuis trente ans, ne forment plus les ouvriers. »

La Roche-sur-Yon, un projet de bonne foi ou un artifice médiatique ?

Plus inquiétant encore pour les syndicats de Joué-lès-Tours mais aussi ceux des autres sites français : le sentiment que le géant du pneumatique « a enfumé le gouvernement » en juin dernier avec son plan de réorganisation, présenté comme inévitable compte tenu du marché européen « devenu extrêmement concurrentiel » et de la chute de la demande de pneus poids lourds, « plus une posture médiatique qu’un choix industriel ». Sa promesse d’investir 800 millions d’euros de 2013 à 2019 pour permettre à ses usines françaises d’atteindre les meilleurs standards de compétitivité en Europe et de développer son centre de recherche mondial à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) est « un leurre », estiment-ils. «