local : MAISON DES SYNDICATS
18 rue de l'Oiselet   -   La Camusière
37550    Saint Avertin
local :  02.47.85.11.15
portable : 07 81 55 42 14

 courriel : sudeduc37@gmail.com

Publié : 24 septembre 2013
Format PDF Enregistrer au format PDF

Personnel administratif et ouvrier de l’enseignement de la Communauté française : la manifestation était bienvenue, les déclarations syndicales nettement moins

200 travailleurs de l’enseignement ont manifesté jeudi dernier à Bruxelles pour protester contre un projet d’économie visant le réseau officiel. Une mobilisation de ce genre, à peine une semaine après la rentrée scolaire, est de bon augure. Sauf que les déclarations syndicales entendues à cette occasion ont franchement de quoi inquiéter.

Pour comprendre l’inquiétude du personnel administratif et ouvrier de l’enseignement de la Communauté française – c’est ce segment-là qui était rassemblé, à l’appel de la CGSP, sous les fenêtres du cabinet de Marie-Martine Schyns, la nouvelle Ministre (CDH) de l’Enseignement – il faut faire un bond dans le temps qui nous ramène douze ans en arrière.

 Donations, subventions... et entourloupes

En 2001, le gouvernement de la Communauté française signait en grande pompe l’accord dit de la Saint-Boniface. Par cet accord, il s’engageait à relever les subventions des réseaux subventionnés (l’enseignement libre mais aussi deux réseaux de l’enseignement officiel, à savoir le provincial et le communal) à 75% des dotations accordées aux écoles de la Communauté (ex-Etat, le troisième réseau de l’enseignement officiel).

Ce relèvement s’est effectivement effectué au fil des ans. Cet été, il ne reste plus qu’une dernière tranche à honorer. Et là, bardaf, c’est l’embardée. A la mi-juillet, en pleine préparation – difficile et tendue - du budget 2014, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française) décide de faire une série de coupes dans ses budgets. Dans le domaine de l’enseignement, il discute de la possibilité de ne pas verser la dernière tranche.

Mais un accord étant un accord (et le CDH menaçant de monter aux barricades si on touchait au pognon du à l’enseignement libre), le gouvernement imagine la solution-miracle : on maintiendra l’objectif des 75% non plus en augmentant les dotations des trois réseaux… mais en diminuant la dotation du quatrième. Ni vu, ni connu, l’objectif sera ainsi maintenu grâce à cette entourloupe.

L’opération se ferait en trois ans. Elle rapporterait 12 millions en 2014, 24 en 2015 et 36 en 2016. Si elle ne devrait pas poser de problème dans le primaire (où l’objectif des 75% est atteint), elle fera des dégâts dans le secondaire : la subvention par élève, qui est aujourd’hui de 1400 euros, devrait être rabotée de 300 euros.

A quoi servent ces subventions ? A payer le chauffage, le matériel scolaire,… mais aussi les salaires d’une partie du personnel de l’école, comme le secrétaire, le personnel de cuisine et de nettoyage. On pourrait donc se retrouver bientôt dans des écoles dotées d’un matériel informatique de pointe que les élèves utiliseraient en moufles et anorak, faute de chauffage. Ou d’écoles bien chauffées mais qui ne seraient plus nettoyées faute de personnel d’entretien.

On comprend donc l’inquiétude du personnel administratif et ouvrier des écoles du réseau de la Communauté (PAPO) et la colère syndicale qui s’est traduite par le rassemblement de jeudi, en urgence puisque la décision concernant cette économie devrait être prise ce weekend par le gouvernement de la Fédération.

 Touche pas à mon pognon… Prends plutôt celui de mon voisin !

Mais là où cela se corse, c’est dans les discours syndicaux entendus lors de cette manifestation.

Naïvement, on aurait attendu de nos dirigeants syndicaux qu’il disent que cette économie sur le dos du personnel administratif et ouvrier - qui retombera inévitablement aussi sur la qualité de l’enseignement et donc aussi sur les conditions de travail des profs et d’étude des élèves - était inacceptable en soi. Que le fait qu’elle tombe sur un seul réseau ou sur les quatre ne changeait rien. Que cette mesure devait être retirée immédiatement. Que des actions étaient prévues avec le personnel des autres réseaux. Que les syndicalistes enseignants allaient être sensibilisés et mobilisés rapidement aussi. Et que, si cette mesure d’économie dans l’enseignement était retirée, des contacts seraient pris immédiatement avec les syndicalistes de la santé et de la culture pour éviter que les économies soient faites ailleurs en compensation.

En fait, Michel Bex, un des deux responsables PAPO à la CGSP, a déclaré tout de go : « Si une économie doit vraiment être faite, alors elle doit toucher les dotations et les subventions accordées aux écoles des autres réseaux. » Et, pour bien confirmer qu’il ne s’agit pas d’un mauvais raccourci de sa pensée syndicale, il a confié au journaliste du Soir qu’il avait demandé au cabinet de la Ministre Schyns de repousser l’économie visant les seules écoles de la Communauté et de préférer une « mesure, linéaire, touchant tous les réseaux ». (Le Soir, 20 septembre 2013),

Soyons clairs. Ce genre de déclaration, on peut s’attendre à la voir sortir de la bouche d’un retraité bavarois, membre du fan-club d’Angela Merkel, qui accepterait qu’on lui retire 5 EUR de sa pension, mais pas avant que les retraités espagnols et grecs aient craché leurs dernières dents dans le bassinet de l’austérité. Mais il est indigne dans la bouche d’un syndicaliste de la CGSP.

Ajoutons, pour faire bonne mesure, que le son de cloche venu du côté de la CSC a été encore pire. Pour justifier le refus de son organisation de participer à cette mobilisation, le responsable de la CSC pour ce secteur, Xavier Lorent, a déclaré que celle-ci était «  prématurée » parce que « les décisions n’étaient pas encore prises ». C’est effectivement beaucoup plus fun et plus facile de se battre contre des décisions quand elles sont déjà prises plutôt qu’avant, tout bon syndicaliste sait cela ! Xavier Lorent a aussi ajouté que «  le dialogue social était en cours ». Ben voyons : on est à trois jours de la décision, le dialogue social a donc toute sa vie devant lui et manifester pendant que les experts discutent, cela fait mauvais genre, tout bon syndicaliste sait cela aussi. Et le responsable CSC a terminé en faisant finement remarquer qu’ « en outre, en ciblant le seul CDH, la CGSP tend à oublier que le plan d’économies relève de l’ensemble du gouvernement PS-Ecolo-CDH ». Si la fin est incontestablement exacte, Lorent propose-t-il d’attendre un an qu’une ministre appartenant à un autre parti que le CDH soit éventuellement nommée avant d’entamer une action syndicale ?

Régulièrement des militants syndicaux demandent à leurs instances d’organiser des mobilisations plus combatives et plus larges. La réponse, un peu gênée, est souvent la même : “On aimerait tellement pouvoir le faire. Mais, vous comprenez, le rapport de forces ne le permet pas, nos affiliés ne sont pas assez conscients, les travailleurs sont devenus trop individualistes…”

Peut-être que les choses iraient déjà un peu mieux si les responsables syndicaux commençaient par faire des déclarations qui ne soient pas des hymnes à la division et à la capitulation.

Voir en ligne : http://www.skolo.org/spip.php++cs_INTERRO++artic...