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Publié : 11 septembre 2013
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Flandre : talents gâchés

Dans un an, ce sont les élections et nous en avons eu conscience, les discussions passées sur les réformes scolaires offrent un triste spectacle. Les hommes et femmes politiques ont été surtout préoccupés par leurs propres feuilles de route et ont oublié l’essentiel : la qualité de l’enseignement et le bien-être de nos élèves et enseignants. C’était une véritable mascarade. Rien n’est encore décidé, il est question seulement d’un plan pour l’avenir, rien de plus. D’ailleurs, les différents ténors expliquent l’accord d’une manière contradictoire.

 Inégalités sociales et couches sociales

Pourtant, une réforme est absolument nécessaire. En Flandre, l’enseignement est en moyenne plutôt bon, mais les différences entre les bons et mauvais élèves sont assez importantes. De nombreux enfants quittent le navire, trop d’enfants. Un jeune sur sept arrête ses études sans diplôme et un sur trois a redoublé une ou plusieurs fois en fin de course.

De plus, les études montrent (notamment le rapport PISA de l’OCDE) que les différences en Flandre sont liées très fortement à la situation socio-économique que vivent les élèves chez eux, à la maison. Ceci est la conséquence d’un système scolaire qui cumule les inégalités. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les élèves de 15 ans dont les parents appartiennent aux 10% les plus riches, sont à 90% dans l’enseignement secondaire général et pour 8% dans l’enseignement secondaire technique. Mais les élèves dont les parents appartiennent aux 10% les plus pauvres, sont 80% à être dans l’enseignement secondaire professionnel ou encore dans le premier degré. En d’autres termes, la répartition en Général, Technique et Professionnel correspond à une répartition selon les classes sociales.
Notre système d’enseignement reproduit les inégalités sociales et crée les couches sociales. Cela a un coût social évident, sous la forme du chômage et de comportements à risques chez ceux qui quittent le navire.

 Un gâchis de talents

À cause de ce système, il y a aussi beaucoup d’élèves qui sont mal orientés. Beaucoup d’élèves, pour tout un tas de raisons, ont fini dans l’enseignement technique et professionnel (système en cascade) et ne s’y sentent pas chez eux. Quel gâchis de talents. Au contraire, trop d’élèves sont maintenus dans l’enseignement secondaire général alors qu’il aurait mieux valu les orienter vers le technique ou le professionnel. Aussi avons-nous toutes sortes de métiers problématiques. Plus précisément, la pénurie de diplômés hautement qualifiés techniquement affaiblit le secteur de la Recherche et Développement dans notre pays. Une bonne prestation dans ce domaine est pourtant cruciale pour que notre économie reste parmi les premières mondiales.

 Une inflexion partiale vers l’intelligence abstraite

Notre système scolaire est notamment dans l’erreur parce qu’il s’appuie sur une sélection avec pour norme partiale l’intelligence abstraite, en ce qui concerne surtout - et dans cet ordre - les mathématiques et les langues étrangères.
Il existe pourtant beaucoup de formes d’intelligence :
• L’intelligence technique : l’application des mathématiques et des sciences abstraites dans la pratique.
• L’intelligence pratique : la compétence qui permet de manipuler des outils et des matériaux pour, par exemple, construire une maison et en faire les finitions.
• L’intelligence sociale : les compétences sociales.
• L’intelligence émotionnelle : la connaissance de soi-même, l’empathie, l’aptitude à relativiser, etc.
• L’intelligence artistique : arts visuels, musique, théâtre et danse.
• L’intelligence motrice et sportive.
• L’intelligence des mathématiques abstraites.
• L’intelligence verbo-linguistique.

Au quotidien et dans la vie professionnelle, la plupart de ces capacités intellectuelles sont utiles et nécessaires. Pourtant à partir de la 5ème année de l’enseignement primaire, tout est focalisé sur les deux dernières formes d’intelligence. Et c’est à partir de ces dernières que les élèves sont partialement sélectionnés. Le Géneral a été visiblement mal baptisé, il n’est pas « général », mais abstrait (et partial).
Les intelligences abstraites associées aux mathématiques et au verbo-linguistique sont dans l’enseignement primaire indéfiniment exercées en dépit des autres capacités intellectuelles. Le rythme s’intensifie alors. Les enfants qui réussissent ou sont stimulés par leurs parents se sentent indûment intelligents et supérieurs ; les enfants qui se sentent forts dans d’autres domaines, se sentent bêtes et héritent d’un sentiment d’infériorité, tout à fait injustifié.

Pourquoi ces enfants qui réussissent dans les mathématiques abstraites et le verbo-linguistique ne sont-ils pas confrontés à des questions qui relèvent des intelligences émotionnelle, artitstique, motrice-sportive, sociale, technique et pratique ? Cela représenterait une richesse énorme dans leur vie et donnerait aussi une image de soi plus positive aux enfants qui réussissent dans d’autres formes d’intelligence.

 Un tronc commun comme dans les pays scandinaves

Le développement de l’intelligence sociale et émotionnelle est très difficile à mettre en place dans des groupes homogènes qui sont ordonnés hiérarchiquement selon un ordre implicite de « gagnant » et « perdant ».
À l’école primaire et aussi dans les premières années de l’enseignement secondaire, il devrait y avoir une offre diversifiée, où toutes ces capacités intellectuelles sont valorisées et formées d’une manière égale. Peu à peu, elles peuvent être diversifiées. Grâce à l’élaboration de possibilités de choix peu à peu élargies, les élèves ont la possibilité d’approfondir les capacités intellectuelles où ils réussissent le plus. C’est ainsi que fonctionne le tronc commun dans les pays scandinaves et en Finlande. Pas d’uniformité, mais une offre riche qui peu à peu se diversifie selon les capacités intellectuelles spécifiques à chaque enfant. En termes d’éducation, ces autres pays ont des résultats particulièrement élevés : la moyenne y est très élevée et le taux d’échec est très faible.

Mais retournons à la politique de village. Le plan qui est maintenant devant nous est une version diluée des propositions originales et la question est de savoir si il sera appliqué. La Flandre n’est pas prête apparemment à faire quelque chose contre l’échec scolaire et la polarisation sociale. L’attachement convulsif des deux réseaux et l’omnipotence des pouvoirs organisateurs y sont pour beaucoup. Les riches, en particulier les organisations catholiques, ne jurent que par l’enseignement élitiste. Ils ont gagné la bataille.

Voir en ligne : http://www.skolo.org/spip.php++cs_INTERRO++artic...