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Publié : 2 février
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Rapport Mathiot : l’analyse de SUD éducation

Rapport Mathiot : l’analyse de SUD éducation

Vers un lycée du tri social

mis à jour mardi 30 janvier 2018


Commandé par le ministre, il donne des orientations inquiétantes pour la future réforme du bac et du lycée.
La lettre de mission du ministre et le projet présidentiel fixaient une contrainte forte sur cette réforme : la réduction à 4 du nombre d’épreuves terminales au baccalauréat pour faire des économies budgétaires.
La réforme qui est en préparation s’inscrit en continuité avec la généralisation de la sélection pour l’accès aux études supérieures.

Semestrialisation, lycée à la carte, contrôle continu et accentuation du tri social…
Le nouveau lycée et le nouveau baccalauréat sont dans la droite ligne de toute la politique néolibérale de ce gouvernement : réduction de la dépense publique, destruction de tous les cadres collectifs, augmentation des inégalités.

Sommaire :

Page 2
De quoi parle-t-on ?
- Quel calendrier ?
- Quelle réforme du lycée ?
- Quelle réforme du bac ?
Page 3  
Le décryptage de SUD éducation
Page 7  
L’analyse de SUD éducation
Page 8
Nos revendications pour un lycée égalitaire

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Rapport Mathiot : l’analyse de SUD éducation
8 pages SUD éducation
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Extraction des 4 pages sur le rapport Mathiot

De quoi parle-t-on ?

Quel calendrier ?

- 14 février 2018 : : présentation de la réforme par le ministre
- Printemps 2018 : présentation dans les instances et publication des textes
- Septembre 2018 : mise en oeuvre de la réforme du lycée dans les classes de seconde
- Janvier 2019 : fin du premier semestre et début de la modularité du lycée pour les élèves de Seconde
- Septembre 2019 : mise en oeuvre de la réforme du lycée et du baccalauréat (épreuve anticipée) dans les classes de Première
- Septembre 2020 : mise en oeuvre de la réforme du lycée et du baccalauréat (contrôle continu et épreuves terminales en avril puis en juin) dans les classes de Terminale
- Juin 2021 : premier e s bachelier ⋅ ⋅ ⋅e⋅s du nouveau baccalauréat

Quelle réforme du lycée ?

- Fin des trimestres et semestrialisation des conseils de classe et des enseignements
- Fin des séries S, ES, et L
- Un tronc commun qui va en se rétrécissant progressivement au cours de la scolarité au lycée
- Instauration d’un lycée modulaire dès le deuxième semestre de la Seconde (premier semestre globalement commun à tou⋅te⋅s, fin des enseignements de détermination)
- Un système de majeures et de mineures qui démultiplie les parcours sans les individualiser complètement (lycée « à la carte », mais sur la base de menus préconstruits)

Quelle réforme du baccalauréat ?

- Une épreuve anticipée en français maintenue en première
- Quatre épreuves finales en terminale :
- Deux épreuves écrites, passées en avril, dans les disciplines majeures inscrites dans des parcours (exemples : un parcours scientifique avec en majeures Mathématiques et Physique-Chimie, un parcours Littérature & Société avec en majeures la Philosophie renforcée et les Lettres…)
- Deux épreuves universelles en fin d’année scolaire, passées par tou⋅te⋅s les élèves :
— une épreuve écrite de philosophie
— un oral sur la base d’un mini-mémoire interdisciplinaire
Les résultats de ces deux épreuves sont transmises avec le dossier scolaire, aux établissements de l’enseignement supérieur, qui pourront s’appuyer dessus pour prendre leurs décisions sur les voeux d’orientation des élèves.
- Tout le reste des disciplines est évalué en contrôle continu ou en contrôle en cours de formation.

Un projet définitif ?

Les arbitrages ministériels ne seront arrêtés que le 14 février et le projet est encore susceptible d’évolutions. Mais celles-ci ne devraient intervenir qu’à la marge. Le cadrage ministériel est contraignant et le projet de la commission Mathiot semble déjà bien défini.

Réforme du bac et du lycée

Le décryptage de SUD éducation

L’organisation de la sélection à l’Université
Ce rapport inscrit pleinement le lycée et le bac dans le processus de sélection à l’entrée de l’université. Il vise à intégrer 75% des épreuves dans Parcoursup (toutes sauf les deux épreuves terminales de juin) et à instaurer un lycée modulaire qui s’intègre dans la logique des “attendus”. S’y ajoute le “supplément au diplôme” (ou “portefeuille de compétences”). Il s’agirait de remplir sur un logiciel les compétences acquises par l’élève dans les matières enseignées mais également en cas d’engagement associatif, de mandat de délégué etc. Bien sûr, tout cela n’a pour objet que d’être intégré dans Parcoursup. En plus des fiches avenir et des livrets scolaires, c’est une nouvelle charge de travail qui pèserait sur les personnels dans le seul but d’organiser la sélection. Sur le bac

La course aux économies
Réformer le bac, oui. Mais pour les bonnes raisons. Le rapport Mathiot tente bien de maquiller sous un peu de pédagogie et de modernisme ses préconisations. Mais dès l’introduction du rapport c’est bien le coût du bac qui est pointé. Quand aux moyens pour appliquer la réforme : pas un mot si ce n’est pour avancer plusieurs options vers la flexibilisation du temps de travail des enseignant-e-s et donc une inévitable réforme du statut.

Trop facile le bac ?
Autre reproche fait au bac : la hausse continue du taux de réussite qui mettrait en péril sa “valeur certificative”. Il est évident que l’objectif affiché ne peut être de faire baisser ce taux de réussite, investi de trop d’enjeux symboliques et politiques. Il s’agit plutôt d’enlever au bac son statut de premier grade universitaire en rendant son obtention accessoire dans l’accès à l’université qui sera fondé sur les dossiers des élèves et les résultats des épreuves anticipées.

Un mini-bac durant l’année
Pour éviter “l’effet de bachotage” et l’examen-couperet, le rapport préconise l’organisation d’épreuves anticipées aux contours encore flous, mais qui, concentrées sur une semaine à une date fixée en début d’année, ressemblent beaucoup à une semaine de bac anticipée et organisée dans les établissements. Le fait que ces épreuves concernent les majeures n’est pas un hasard. C’est qu’il s’agit de prendre en compte les notes obtenues dans le processus de sélection à l’entrée de l’Université.
Enfin, alors que les modalités concrètes ne sont pas encore précisées, rappelons que les contrôles en cours de formation (CCF) sont largement décriés dans les lycées professionnels et agricoles où ils existent : importante charge de travail pour les enseignant-e-s, inégalités, temps d’enseignement réduit à portion congrue…

Le risque de bac “maison” et d’un accroissement des inégalités
Comme avec la Loi Fillon de 2005, abandonnée sous la pression lycéenne, le risque est grand que l’organisation et la correction dans les établissements, voire la prise en compte des notes du bulletin comme l’envisage le rapport conduisent à l’obtention d’un bac dont la valeur sera liée à la réputation de l’établissement. De plus, la possibilité de
créer des parcours locaux creusera le fossé entre les lycées. Dans le même sens, le rapport préconise la “conception, au niveau d’un bassin d’enseignement et de formation, d’une académie si possible”.

Au-delà de l’absence de définition d’un bassin d’enseignement, il est clair que les auteur⋅ice⋅s du rapport envisagent d’un bon œil l’existence de diplômes locaux.

Des épreuves terminales symboliques mais cosmétiques
Le rapport préconise de maintenir deux épreuves terminales communes : la philosophie (qui continue à n’être enseignée qu’en terminale et toujours pas dans l’enseignement professionnel) et un “Grand oral” présenté par le rapport comme un rite de passage initiatique. De fait il ne peut s’agir que de ça car ces deux épreuves à forte portée symbolique n’auront un intérêt que très réduit. Passées au mois de juin, ces épreuves ne feront pas partie des notes intégrées dans les dossiers
soumis à Parcoursup contrairement aux épreuves passées plus tôt dans l’année. Alors que ce nouveau lycée est tout entier tourné vers la sélection, leur importance n’en sera que très relative.

Le Grand oral : quels moyens ?
Conscient du caractère hautement discriminant de l’exercice, le rapport préconise de mettre en place un accompagnement et une formation spécifique mais se garde bien de préciser les moyens qui y seront
alloués. Si c’est à l’image de “l’accompagnement personnalisé” (AP) réalisé avec des classes de 35 élèves, on est en droit de s’inquiéter.

Passe ton bac sur Internet

Les oraux de langue perturbent l’organisation des cours ? Qu’à cela ne tienne, organisons une certification en ligne via des outils numériques “dont la conception devrait idéalement être dans les mains de l’éducation nationale”. Comme nous ne vivons pas dans un monde idéal et que l’exemple des différents ENT ou logiciels de vie scolaire nous démontre que plutôt que de se donner les moyens de produire une plateforme publique et performante, l’Education nationale préfère laisser les collectivités et les rectorats dans une pseudo-autonomie qui les jette dans les bras des entreprises privées. Comme dans le cas de Pronote, il faudra s’acquitter de coûts de licence exorbitants tout en exposant personnels, parents et élèves à des publicités. Finie donc la correction par un-e enseignant-e : place aux cases à cocher sur un
logiciel et à l’enrichissement de boites privées qui vont se jeter sur ce grand marché que devient l’éducation.

Fin des options bonus
Prendre en compte uniquement les points au-dessus de la moyenne lors du passage des options ? C’est terminé pour le rapport Mathiot. Le risque est alors grand que la majorité des élèves hésitent d’autant plus à choisir des matières qui pourraient leur faire perdre des points et que seul-e-s celles et ceux qui maîtrisent déjà les compétences enseignées
et/ou s’attachent à se fabriquer un parcours d’excellence se dirigent encore vers ces matières, accroissant là-aussi les inégalités.

Sur le lycée

La voie professionnelle oubliée
Alors que la lettre de mission invitait à “réformer, revaloriser le baccalauréat [...] et [à] favoriser les passerelles entre les
différentes voies de formation, notamment entre les voies générales, technologiques et professionnelles”, force est de constater que les travaux de M. Mathiot se sont concentrés sur les seules voie GT tandis que la voie pro était laissée entre les mains d’une concertation beaucoup plus large dans laquelle l’Éducation Nationale est réduite à un rôle de figuration au profit des régions et du MEDEF qui se disputent le gâteau de l’apprentissage. Une nouvelle preuve de mépris pour la voie professionnelle mais surtout une démonstration édifiante que cette réforme est avant tout celle de l’accentuation du tri social.

Le conseil pédagogique au centre du jeu ?
Le rapport propose un conseil pédagogique renforcé en se fondant sur l’article R421-1 du code de l’éducation. C’est là un indice, parmi d’autres, de la précipitation dans laquelle a été rédigé ce document : cet article fait référence à la commission permanente, et non au conseil pédagogique. Amateurisme ou flou entretenu ? Revaloriser le rôle du conseil pédagogique qui serait composé d’enseignant-e-s élu-e-s et auquel seraient associé-e-s des parents et des élèves élu-e-s, cela ressemble drôlement à un conseil d’administration. Mais un CA encore moins démocratique, car il ne serait composé d’aucune représentation élue des personnels non-enseignant-e-s, et ne déciderait de rien…

La fin des séries ?
En l’état actuel, le rapport propose 16 couples de matières comme majeures en lieu et place des 11 filières de la voie GT actuellement existante. Une simplification toute relative et surtout une fausse nouveauté. Par exemple, quelle différence entre le couple STMS/SVT et le bac ST2S actuel ?
Cela va brouiller la lisibilité des parcours pour les élèves ne possédant pas l’ensemble des codes sans fondamentalement changer la situation actuelle. En effet, pointer que le bac S est actuellement le bac général de la voie générale, pour quelques lignes plus loin proposer de regrouper les élèves selon qu’ils et elles suivent des majeures scientifiques ou des majeures “non-scientifiques” (l’appellation de ces dernières en dit long) laisse songeur. Tout comme critiquer la multiplication des options en série L qui en complexifierait le fonctionnement pour ensuite proposer quelques chose d’encore plus complexe.

Hiérarchisation des langues
Le rapport indique que « l’anglais devient une discipline à part des langues vivantes, tant il nous semble logique de la considérer comme une discipline fondamentale »