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Publié : 17 janvier
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L’Ecole à la sauce de la Loi Travail

L’Ecole à la sauce de la Loi Travail

Sélection à l’Université, réforme du bac et du lycée
ou le tri social en marche.

Article de Sud Educ. 37 pour le journal de SOLIDAIRES 37

Code de l’Education, article L6212-3 : « Tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix […] les dispositions relatives à la répartition entre les établissements et les formations excluent toute sélection ».
Blanquer nous sert jusqu’à l’écœurement la rhétorique du bon sens et du prêt à penser : les lycéen-ennes ont besoin d’être accompagné-es dans leur choix de formation, les lycéen-ennes ont plus de chance de réussir dans une filière pour laquelle ils-elles sont doué-es, les études doivent déboucher sur un travail …
N’écoutant que son bon cœur Blanquer demande dans l’urgence de mettre en œuvre une réforme qui n’a pas encore été votée ! Et c’est l’avalanche de mesures censées fluidifier le parcours des étudiant-es :
Une plate-forme numérique, ParcoursSup, et un deuxième professeur principal en Terminale qui remplacent des conseillers d’orientation – Qui pense encore que c’est un métier ? Pas Blanquer ! -, des « attendus » de compétence des lycéens différents selon les universités, des dossiers avec seulement 10 choix mais autant de lettres de motivation, et pour ceux dont les dossiers n’auront pas été suffisants, des parcours de remédiation à la carte imposés sans moyen (l’université à la sauce numérique), tandis que les refoulé-es auront le droit de ne pas faire d’études ou d’attendre une place là où ils-elles ne souhaitent pas aller.
Petit florilège du dossier qu’un-e lycéen-enne de 17 ans devra remplir :
« Comment imaginez-vous votre vie professionnelle dans 10 ans » ? « Vos centres d’intérêts/ vos activités en dehors du lycée » ou encore « vos points forts/ faibles scolaires et extra-scolaires », un vrai entretien individuel avec la DRH ! Que veut-on évaluer ici ? L’élève ou son milieu social, familial ? Qui s’en sortira le mieux ?
Ainsi, le gouvernement organise encore une fois la pénurie de moyens. Face à la poussée démographique, il propose la sélection à l’entrée à l’université afin que les Universités fonctionnent sans moyens supplémentaires. Ce qui se fera au détriment des plus fragiles scolairement et socialement.
Des esprits mal intentionnés feront peut-être le rapprochement avec la Réforme du collège et son aide personnalisée en classe entière ou plus récemment les CP à 12 en REP + qui justifient le manque des RASED (réseau d’aide spécialisée) et suppriment les maîtres supplémentaires dans les autres écoles. En Indre-et-Loire les CP à12 ne concernent que 4 classes !
Que dire enfin de la situation des personnels des universités ? Déjà précarisés, ceux-ci devront absorber cette réforme sans aucune garantie de recrutement de personnels titulaires.
Un tri social devenu officiel, la remise en cause du droit pour tout-e citoyen-enne à acquérir une formation choisie à l’université, bien joué !
Le projet de Blanquer est très cohérent : la réforme du bac et du lycée à venir s’articule à la réforme de l’université. Les parcours des élèves seront de plus en plus individualisés à l’aide des blocs de compétences calquées sur le monde professionnel, tandis que le baccalauréat perdra son statut de premier grade universitaire par le biais d’un contrôle continu renforcé.
C’est la fin programmée des garanties collectives liées au diplôme. Avec l’individualisation de chaque parcours d’élève, il y aura autant de bac que d’élèves, donc plus de diplôme national. Un bac validé dans tel lycée d’éducation prioritaire aura peu de poids face au bac obtenu dans un grand lycée. L’employeur pourra jouer la concurrence via les blocs de compétences obtenus et le lieu de la scolarité. C’est la simple application de la logique de la Loi Travail à la formation initiale.
Ces réformes constituent le coup de boutoir qui permettra d’abattre définitivement les bases des acquis du Programme National de la Résistance, dont l’édifice est déjà profondément fragilisé.
L’organisation du tri social dès le lycée puis à l’université s’inscrit complétement dans le projet d’une société néolibérale qui s’appuie sur la destruction des cadres collectifs, la réduction de dépenses publiques et l’augmentation des inégalités.

Il s’agit désormais de construire la mobilisation, une mobilisation plus large que le simple monde enseignant ….