local : MAISON DES SYNDICATS
18 rue de l'Oiselet   -   La Camusière
37550    Saint Avertin
local :  02.47.85.11.15
portable : 07 81 55 42 14

 courriel : sudeduc37@gmail.com

Publié : 29 août 2016
Format PDF Enregistrer au format PDF

Pour une remobilisation du monde du travail

I. Quelles perspectives syndicales ?

I.1 Face à une offensive du patronat contre l’en sem ble des droits des travailleurs/euses, prendre la mesure de la situation

Les difficultés économique, financière, écologique et sociale s’entremêlent et s’autoalimentent. Les effets globaux du capitalisme montrent l’impasse d’un développement capitaliste et productiviste basé sur un partage de plus en plus inégal de la richesse produite, la dérégulation financière, le libre-échange et le mépris des impératifs écologiques.
Au cours des quatre dernières décennies, le patronat, accompagné par les gouvernements, a mené une offensive particulièrement violente contre les travailleur-se-s. D’une part, il lui fallait remettre en cause un rapport de forces issu de l’après-guerre qui avait permis aux salarié-e-s de gagner certains acquis sociaux. D’autre part, il s’agissait de modifier la distribution des gains de productivité afin d’augmenter la part des profits et de réduire celle des revenus du travail. Force est de reconnaître que, sur ces deux plans, son attaque a été un succès.
Ce qui se joue actuellement n’est qu’une nouvelle phase de cette attaque. Les mesures d’austérité, menées au nom d’une crise que les contradictions internes du capitalisme ont provoquée et au nom du remboursement de la dette publique pour laquelle les travailleurs/euses n’ont aucune responsabilité, permettent à la classe dirigeante de renforcer ses positions. SUD éducation et Solidaires ont pris position contre le paiement de cette dette par laquelle le capitalisme financier fait payer deux fois la facture de sa propre crise au monde du travail. L’augmentation des inégalités, l’aggravation des conditions de travail, la précarisation des emplois, la disparition de pans entiers des services publics ont déjà représenté le prix à payer des reculs précédents. Cette politique de régression s’exerce aussi dans tous les domaines où l’idéologie réactionnaire et productiviste est assumée par tout ou partie des « élites » au pouvoir : sans-papiers et demandeurs/euses d’asile, luttes environnementales, école, mondialisation, culture, genres.
Nous sommes dans une phase historique où l’ensemble des droits sociaux et des solidarités sont attaqués, selon des rythmes et des modalités diverses, mais avec la même constance. Ailleurs en Europe, là où les politiques d’austérité sont les plus brutales, des résistances importantes existent, mais elles n’ont pour le moment pas débouché sur des victoires sociales. En France, la succession des défaites et des contre-réformes et l’absence durable de mobilisation d’ensemble suffisamment puissante pour imposer de nouveaux droits marquent un rapport de force défavorable au monde du travail.
Sans modification des rapports de force par les luttes, les prochains mois et les prochaines années verront une accélération quantitative et qualitative des contre-réformes. Les porte-paroles de l’idéologie dominante annoncent déjà la suite. Sur fond de mobilisations patronales illustrant (s’il en était besoin) l’actualité et l’intensité de la lutte de classes, ils mettent en place des « réformes de structure ». Au nom de l’impérieuse exigence de compétitivité et de la nécessaire « modernisation » de l’économie, ils réclament l’accélération du démantèlement des droits et protections des travailleurs/euses :
• Un « assouplissement » du droit du travail dont l’objectif est d’abord la disparition du CDI, remplacé par un 140 contrat de travail précaire unique, mais aussi la disparition de toutes les garanties prévues par le Code du travail. Les exemples étrangers (contrat zéro heure en Grande-Bretagne ou mini jobs en Allemagne) devenant la référence ;
• un allongement du temps de travail, qu’il soit hebdomadaire (39h pour tous), annuel (suppression des jours de congés) ou portant sur la durée de la vie active (nombre d’années nécessaires et âge de départ à la retraite), ainsi qu’une intensifcation du travail et de la productivité horaire.
• une politique de l’emploi consistant à « flexibiliser » un marché du travail présenté comme trop rigide, en déréglementant les licenciements et en réduisant les indemnités et les droits des chômeurs/euses ;
• des coupes drastiques dans les budgets publics, des collectivités territoriales et de la Sécurité Sociale, un statut de la Fonction publique réservé aux administrations régaliennes, une externalisation des services publics vers le secteur privé et une amputation des prestations sociales.

I.2. Face aux politiques néolibérales, affirmer un syndicalisme de lutte et de transformation sociale

Cette situation d’ensemble n’est pas le fruit du hasard ou de « mauvais choix » politiques. Le mode de production capitaliste exige un mouvement continu d’accumulation du capital alimenté par une pression constante exercée sur les salaires. Il se nourrit de l’exploitation de la force du travail et des inégalités. Pour nous il ne s’agit donc pas seulement de dénoncer une idéologie (le néo-libéralisme), la politique qui s’en inspire (les déréglementations), ou une forme illusoire de régulation qu’elle prône (le marché), mais un mode de production, de répartition, et de consommation : le capitalisme. SUD éducation doit s’inscrire dans un combat général pour que, des luttes, sorte une alternative sociale, économique, politique et écologique dont l’essentiel reste à inventer. Il n’y a pas d’autre solution. L’action d’un syndicat de lutte ne doit pas seulement viser à rendre un système inique moins injuste, mais à le détruire. Notre tâche générale dans la période actuelle est donc d’articuler des luttes pour les revendications immédiates avec la mise à l’ordre du jour de la perspective d’une alternative d’ensemble. Car l’affirmation de revendications immédiates, aussi urgentes et nécessaires soient-elles, ne suffit pas. SUD éducation se veut syndicat de transformation sociale, cela implique de mener une réflexion (en particulier dans Solidaires) sur un projet d’alternative globale, qui passe par la socialisation et l’autogestion des moyens de production et d’échange, et qui seul pourra donner force et sens à nos combats partiels. Elle est ainsi la condition nécessaire à la remobilisation du monde du travail. Car c’est seulement avec un rapport de force issu d’une mobilisation générale massive que des changements pourront avoir lieu.
C’est dans cette perspective articulant l’immédiat et l’alternative globale que s’inscrivent nos revendications pour le service public d’éducation et ses travailleurs/euses, pour une autre école, une autre université, une autre recherche.
La crise de légitimité du capitalisme et de son système de gestion politique peut rendre les propositions vers un tel projet alternatif plus audibles. Il faut ainsi le réaffirmer avec force : nous ne sommes pas condamné-e-s aux régressions sans fin, le capitalisme n’est pas l’horizon ultime de l’organisation sociale.
Des événements survenus au cours des trois dernières années, nous pouvons tirer aujourd’hui quelques enseignements. Les politiques d’austérité n’ont fait qu’aggraver chômage, précarité, pauvreté et inégalités. Les gouvernements se succèdent, sans que leur action politique ne sorte jamais du cadre de la société capitaliste : le gouvernement actuel et sa majorité parlementaire ne dérogent pas à cette règle. Ils ont, depuis 2012, confirmé par leurs politiques une orientation résolument néo-libérale. Les politiques antisociales, leur effets sur l’emploi et le niveau de vie, ont provoqué désillusions et découragement, générant pour beaucoup un repli individualiste accentuant la désyndicalisation et le scepticisme à l’égard de l’action collective et, pour certain-e-s, la tentation de chercher des réponses dans les discours portés par l’extrême droite.
La clarté des politiques néolibérales menées par un gouvernement qui se prétend de gauche a cependant pour avantage d’effacer bien des illusions électoralistes. Plus personne ne peut penser sérieusement qu’il suffira de « bien voter » lors des prochaines échéances électorales pour que ça change. Même si aujourd’hui cela semble plutôt mener à la résignation, cela ouvre aussi d’autres possibilités. Ainsi, le syndicalisme de lutte peut trouver dans cette situation un appui pour convaincre plus largement qu’aucune transformation sociale ne pourra avoir lieu sans des mobilisations massives, s’il trouve les moyens de cette conviction.

II. Paysage syndical, luttes et résistances

II.1. Des salarié-e-s en plein désarroi, un champ syndical dominé par l’accompagnement

Sur l’ANI (Accord National Interprofessionnel sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi), le pacte de compétitivité, le pacte de responsabilité, sur les nouvelles contre-réformes des retraites…, bref, sur l’ensemble des politiques d’austérité, il n’y a pas eu réellement de mobilisation sociale.
Il y a sans doute à cela un mélange de désarroi et d’incrédulité, mais aussi de repli individualiste, de résignation, de sentiment d’impuissance ou de désespoir. Il y a sans doute également une part de victoire de l’idéologie du TINA (« There is no alternative » : il n’y a pas d’alternative), ressassée jusqu’à la nausée par l’ensemble des pouvoirs et des médias de masse. Depuis 2010 et la défaite sur les retraites la difficulté à mobiliser largement le monde du travail est patente. L’idée qu’il n’y a pas d’alternative possible aux reculs sociaux dictés par le libéralisme et la mondialisation est un mensonge qui fait recette. Combattre ce fatalisme doit être une des premières exigences d’un véritable syndicalisme de lutte.
Mais il y a sans doute également des responsabilités syndicales dans l’absence d’impulsion des luttes.
Lors des mobilisations des années précédentes, les organisations majoritaires jouaient plus souvent le rôle de frein que d’aiguillon. Ce fut encore pire depuis l’élection de François Hollande.
Cette attitude, nous avons trop tendance à l’expliquer par les trahisons successives des directions syndicales. C’est insuffisant. Certes, des tentatives de subornation existent. Les affaires des caisses noires de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) ou des emplois fictifs en sont des illustrations spectaculaires. Les derniers événements concernant la CGT le montrent également. De même, la fréquentation de cercles où se retrouvent grands patrons et pontes syndicaux crée des connivences douteuses. Mais on ne saurait réduire un phénomène aussi récurrent à la simple traduction de pratiques de corruption matérielle ou idéologique. L’essentiel est ailleurs.
L’attitude des syndicats majoritaires tient davantage au virage stratégique opéré pour certains dès les années 70 et négocié par toutes les autres depuis. À l’image de la plupart des organisations états-uniennes et européennes, elles ont choisi de répondre à l’offensive patronale non par l’affrontement mais par l’établissement d’une relation de partenariat avec le patronat et ses gouvernements. Cette relation partenariale a été encore accentuée avec un gouvernement « de gauche ». Considérant que les transformations structurelles du capitalisme sont inéluctables et que ce système socioéconomique est un horizon indépassable pour l’humanité, leur stratégie consiste alors à négocier des aménagements permettant d’en tempérer les effets les plus graves sur la condition des salarié-e-s. C’est en ce sens que l’on peut parler de syndicalisme d’accompagnement.
D’un côté, l’appareil syndical fonctionne comme un lobby auprès du patronat et des gouvernements, de l’autre comme un prestataire de services pour les salarié-e-s auprès desquels il se présente comme tel. À l a limite, un tel syndicalisme peut se passer d’adhérent-e-s, sa légitimité se gagnant à l’occasion des élections professionnelles. Pour lui, un éventuel appel à la grève ne sert qu’à peser pour obtenir l’ouvert ure de négociations. Toute une partie du monde syndical se vit ainsi comme un véritable corps social intermédiaire entre le patronat et les salarié-e-s. C’est de cela que découle l’utilisation croissante du terme de « partenaires sociaux » et les modifications de la représentativité syndicale.
Tous les syndicats ne sont évidemment pas engagés au même degré dans cette voie. La CFDT (pionnière) et l’UNSA sont les plus avancés. Mais FO, malgré ses postures de matamore, les suit de près. Les traditions et les modes de fonctionnement hérités de la FEN poussent la FSU dans ce sens malgré les réticences de ses minorités. Enfin, la direction confédérale de la CGT s’aligne de plus en plus sur la CFDT même si cela se heurte à des résistances et à une culture interne de la lutte des classes.
La co-appartenance de la CFDT, de la CFTC, de la CGT, de FO, de la FSU et de l’UNSA à la Confédération européenne des syndicats (CES), dont le moins que l’on puisse dire est qu’il se s’agit pas d’une organisat ion de lutte et de transformation, en dit long sur les convergence s profonde s entre les principales organisations syndicales françaises, malgré des postures et des orientations différentes.
Ce choix stratégique est cohérent. Il repose sur un non-dit. Pour eux, le mouvement ouvrier est historiquement défait. La conséquence à tirer est simple : on ne peut changer l’ordre établi.
Sur la dernière période, de fait, l’intersyndicale interprofessionnelle permanente n’existe plus.
CFDT, UNSA, CGC, CFTC n’ont ainsi bien entendu pas contesté les politiques libérales des gouvernements Hollande. Elles n’ont pas contesté la dernière contre-réforme des retraites, l’ANI, le pacte de responsabilité, etc. Dans l’éducation, le SGEN et le SE ont ouvertement soutenu la politique de refondation et ses divers avatars.
Au niveau interprofessionnel, la FSU s’aligne de manière très générale sur la CGT.
La direction de la CGT refuse de porter une critique suffisamment radicale de l’action du gouvernement PS auprès des salariés. De ce fait elle n’a jamais cherché à créer les conditions d’une mobilisation d’ensemble pour stopper les attaques et imposer par le rapport de force des alternatives.
Au nom d’un « syndicalisme rassemblé » avec des syndicats libéraux comme la CFDT, elle a préféré les actions symboliques 100% CGT à la construction unitaire des mobilisations avec les syndicats prêts à résister. Malgré les sollicitations de Solidaires, la CGT a refusé de tenir des réunions intersyndicales avec la FSU, Solidaires, et éventuellement FO.
FO a refusé les « réformes » sans proposer d’alternatives et privilégie souvent le discours d’affichage faisant la promotion de « Force ouvrière », au détriment de la construction unitaire des luttes. Pour nous, l’école, le service public, la société ont besoin de transformations profondes et des perspectives d’alternatives donnent force à nos luttes. Dans l’éducation, les positions « dures » de FO de refus des réformes s’accompagnent d’un refus égal de penser une autre école. Elles amalgament aussi une certaine contestation du libéralisme avec tous les conservatismes éducatifs et pédagogiques.
FO s’avère en réalité accompagner les politiques libérales. Par les modes de fonctionnement qu’elle propose (centralisés) et les modes d’action ("interpellation" du pouvoir et "grèves carrées" de 24 heures, sans jamais défendre la reconduction), FO ne favorise pas l’appropriation des luttes par les salarié-e-s et favorise au contraire les pratiques délégataires, tout en ne travaillant pas à construire l’affrontement global nécessaire. FO semble se satisfaire de prendre quelques points aux autres organisations syndicales et en particulier à la CGT.
L’Union syndicale Solidaires, quant à elle, n’a cessé de proposer de construire un rapport de force interprofessionnel et unitaire, malheureusement sans beaucoup d’effets étant donnés les rapports de force intersyndicaux actuels et nos capacités d’initiatives propres. La situation doit nous amener à questionner nos propres responsabilités, les campagnes, initiatives et propositions que nous portons auprès des salarié-e-s.

II.2. Dans l’éducation et l’enseignement supérieur et la recherche (ESR), des luttes d’ensemble difficiles à développer

Les attaques menées aujourd’hui contre les salarié-e-s de l’Éducation nationale et de l’ESR s’inscrivent dans une offensive globale menée par les classes dirigeantes contre l’ensemble des travailleur-e-s, des retraité-e-s et des jeunes depuis plus de trente ans.
La politique dite « de refondation » s’inscrit dans la poursuite de l’adaptation de l’école aux conditions contemporaines du capitalisme, en promouvant une école du tri social, de la soumission aux intérêts des entreprises et des pouvoirs locaux : école du socle, territorialisation, attribution de moyens soumis à l’austérité budgétaire, logique managériale et dégradation des conditions de travail. Le discours sur la priorité à l’éducation ne peut pas faire illusion : les créations de postes annoncées ne seront pas réalisées, elles seraient de toute façon insuffisantes pour combler les suppressions massives de postes de la législature précédente et elles sont absorbées par le rétablissement d’une année de formation professionnelle et la hausse démographique.
Face à cette politique, force est de constater qu’il n’y a pas eu de riposte à la hauteur. Et là encore, il y a à l’origine de cet état de fait un mélange de manque de combativité des personnels et de responsabilités syndicales.
Le SGEN et l’UNSA ont soutenu sans faillir les différent-e-s ministres. La FSU a décidé de les accompagner en émettant des critiques essentiellement verbales, sans jamais créer les conditions pour que des luttes se développent. Elle et ses principaux syndicats se sont abstenus sur la loi d’orientation et de programmation comme sur les principales réformes statutaires. Simple addition de syndicats catégoriels, la FSU a été paralysée par les corporatismes, le SNUipp défendant une « priorité au primair