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Publié : 21 juin 2016
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CE1D trop facile ? Séparons le vrai du faux

L’épreuve du CE1D (Certificat d’Enseignement du Premier Degré secondaire) de français a suscité l’ire de certains professeurs et directeurs. Ils estiment que cette épreuve était beaucoup trop facile, qu’elle constituait même « une insulte à leur travail » et qu’elle nous conduit tout droit vers « un nivellement par le bas ». Les détracteurs s’acharnent en particulier sur une question où l’on demande aux élèves d’indiquer, parmi quatre chats, « celui qui représente le mieux le petit chat de Guillaume  », nommé Flocon, personnage du texte qu’ils viennent de lire. Evidemment la question semble enfantine et digne d’une troisième primaire. Et les détracteurs de l’épreuve d’ajouter dans Le Soir que « le reste des questions est à l’avenant ».
Ayant pris connaissance de l’épreuve, j’estime que cette critique, telle qu’elle est formulée, est mensongère et inadéquate. Mensongère parce qu’il n’est pas vrai que les questions étaient « ridiculement faciles ». Inadéquate parce qu’elle passe à côté du principal reproche que l’on doit formuler contre cette épreuve.

Le texte que les élèves devaient lire est un récit de fiction de Jean-Claude Mourlevat (éditions Gallimard Jeunesse) comprenant huit pages A4 (341 lignes) et qui n’a rien d’un texte « enfantin ». Extrait :
« Ils sont partis en vacances l’avant-veille, en Vendée, avec le comité d’entreprise, comme chaque été. Mais, pour la première fois depuis qu’il est né, ils y sont partis sans lui. Il a dû mener un long et dur combat pour en arriver là. Il a cessé d’aller au collège, de faire ses devoirs, de leur adresser la parole et de manger pendant soixante-douze heures. C’était au mois de février. Il faisait froid dans la maison. Il s’est reclus, pelotonné dans son lit, a poussé le son de Dub Incorporation dans son casque et s’est juré : ‘je ne céderai pas.’ Jusqu’à ce qu’ils lui confisquent son i-Pod. Alors le silence est entré dans sa chambre et dans sa tête, il a lissé les murs, enveloppé les objets, s’est insinué jusque dans les replis de la couette ».
Dans un autre texte, consacré au risque de silicose pour les travailleurs du secteur textile qui effectuent le « sablage » des jeans, l’élève lisait que « la vitesse de progression de la maladie dépend du temps d’exposition aux particules de silice et des doses inhalées. Les personnes touchées développent des fibroses pulmonaires et des emphysèmes, ce qui se traduit par une sensation d’étouffement permanente ». Etc.
Je ne vois décidément pas en quoi ces textes seraient « indignes d’une deuxième secondaire », « d’un niveau ridiculement bas », ainsi qu’on a pu le lire un peu partout.
Certes, la question sur le chat Flocon était très facile. Mais vouloir faire croire que toute l’épreuve aurait été de ce niveau-là relève de la malhonnêteté intellectuelle. La question 3, par exemple, est d’une tout autre nature : « Ce texte est une nouvelle dite ‘à chute’, c’est-à-dire que la fin surprend le lecteur. En quoi le lecteur pourrait-il être surpris ? ». Question 6 : « Par deux fois, Guillaume se fait la réflexion que la pensée magique ne fonctionne pas. Selon toi, qu’est-ce que la pensée magique ? ». Question 8 : « De la ligne 30 à la ligne 73, l’auteur opère un retour en arrière dans la narration. Qu’apprends-tu grâce à cette rétrospection ? ». Question 10 : « A qui ou à quoi correspondent les anaphores soulignées (dans) ‘On EN est persuadés’ ou ‘On se demande comment ils LES ont trouvés ». La question 12 demande aux élèves d’analyser et de critiquer le contenu d’un tract relatif aux jeans « sablés » en comparant son contenu avec les informations d’un dossier documentaire. La dernière des 18 questions demandait aux élèves de rédiger un texte de 150 à 200 mots exprimant leur avis sur l’opportunité pédagogique de faire lire aux élèves de 2e de l’année prochaine le récit qui a servi de base aux questions 1 à 11 de cette épreuve. J’aimerais bien voir si le directeur de Collège élitiste qui se gaussait du CE