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Publié : 26 mai 2016
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L’école démocratique : un rêve inaccessible ?

Nous reproduisons ci-dessous le texte du discours prononcé par Nico Hirtt le 16 mars 2016 à Montreal, à l’occasion des Rendez-vous CSQ de l’éducation organisées par la Central des syndicats du Québec.

Les diapositives qui accompagnent cette présentation peuvent être consultées ici : http://rdv.education.lacsq.org/app/uploads/2016/04/Nico-Hirtt-Conf%C3%A9rence-ouverture-%C3%89cole-d%C3%A9mocratique.pdf

En éducation comme dans bien d’autres domaines, nous vivons une époque de profonde contradiction entre les discours et les pratiques. Jamais, dans les documents de l’OCDE ou dans les promesses des gouvernements, on ne nous aura autant parlé d’équité et de chances égales alors même que les inégalités sociales à l’école augmentent globalement au lieu de diminuer.

Je sais qu’il existe, à juste titre, pas mal de réserves quant aux enquêtes PISA. Tant il est vrai qu’elles jouent un rôle néfaste dans la mise en compétition du marché éducatif. Gardons en tout cas à l’esprit que les savoirs — et les inégalités de savoirs — qu’elles mesurent ne portent que sur les quelques compétences jugées utiles pour l’adaptation au marché du travail. N’espérerez pas y trouver une évaluation des capacités d’expression artistique, de la beauté ou de la pertinence d’un écrit, des connaissances historiques, philosophiques, littéraires… Mais ne crachons pas dans la soupe : pour autant que l’on comprenne bien sur quoi elles portent, les données PISA constituent un outil statistique comparatif d’une grande richesse qui permet d’identifier d’importantes tendances dans l’évolution des systèmes éducatifs
Par exemple, on peu constater qu’au cours des années 2003-1012 la limite de performance en mathématique du 25e centile a régressé dans la majorité des pays, alors que la moyenne internationale pour l’ensemble des élèves est restée très proche de 500 points. En d’autres mots : les écarts se creusent.

Plus inquiétante encore, parce qu’elle annonce la permanence et la croissance des inégalités futures, est l’observation d’une régression presque universelle de l’indice d’inclusion académique. Cet indice nous informe dans quelle mesure les établissements scolaires tendent à regrouper des élèves de même niveau ou, au contraire, de pratiquer une certaine mixité académique.

On serait donc en droit de se demander si le progrès historique continu de l’éducation, vers l’égalité des chances, vers une école démocratique, serait brusquement tombé en panne. Eh bien, au risque de vous décevoir encore davantage, je suis d’avis que cette marche-là n’a jamais vraiment existé. Oh, je ne conteste évidemment pas qu’il y ait eu, au cours des deux derniers siècles, d’immenses avancées dans la scolarisation primaire, puis secondaire et tertiaire des enfant de classes populaires. Mais cette massification de la participation à l’enseignement répondait toujours d’abord à des impératifs économiques ou politiques. Et surtout, elle n’a jamais été synonyme d’une vraie égalité des chances.

Certes, nous avons eu des discours généreux. Les bouleversements de l’histoire y sont souvent propices et la Révolution française nous en a offert deux beaux exemples. Beaucoup voient aujourd’hui encore dans la figure du marquis de Condorcet l’inventeur de l’école publique et égalitaire. Mais que proposait Concorcet dans ses fameux Cinq mémoires sur l’instruction publique ?
« Quand la loi a rendu tous les hommes égaux, la seule distinction qui les partage en plusieurs classes est celle qui naît de leur éducation (…) il suffit au maintien de l’égalité des droits que chacun soit assez instruit pour exercer par lui-même ceux dont la loi lui a garanti la jouissance »
Voilà bien de la naïveté chez un si grand homme. La seule distinction de classe, la seule inégalité qu’envisage Condorcet est celle qui sépare les hommes selon leurs droits. Il ne songe pas un instant à celle qui les distingue selon leur rapport à la fortune et au travail, donc selon leur classe sociale. L’égalité des chances selon Condorcet, n’est que l’égalité devant la loi que l’on subit ou devant un contrat que l’on signe. Aussi ne propose-t-il pas d’enseignement obligatoire, seulem