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Publié : 25 mars 2016
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Le procès contre les JRE

Voir articles et photos de "La Nouvelle République" du 25 mars 2016 et le reportage de TV Tours.

" Cette affaire, ça nous a fragilisés "

« Ils ont instrumentalisé une famille pour faire douter d’autres parents, en situation de faiblesse », s’indigne la directrice de l’école Blotterie, déjà en poste il y a deux ans, venue hier au tribunal pour soutenir sa collègue.


Hier, devant le tribunal, une soixantaine d’enseignants et de syndicalistes sont venus soutenir l’enseignante qui avait été diffamée en 2014 par le mouvement de Journée du retrait de l’école (JRE).

Visiblement, l’appel à soutenir Farida Belghoul (lire NR du 23 mars) avant son jugement n’a pas été entendu (*). A son arrivée au palais de justice, un peu avant 13 h 30, l’initiatrice de la Journée de retrait de l’école (JRE) est arrivée en petit comité (un cameraman personnel filmait son arrivée au tribunal), accompagnée de maître Chautemps, son avocat.

A l’inverse, dès 12 h 30 devant le palais de justice, une soixantaine d’enseignants d’Indre-et-Loire (en particulier de Joué-lès-Tours) et de syndicalistes, banderoles en main, ont manifesté leur soutien à l’enseignante de la Blotterie, diffamée en 2014 par le mouvement radical JRE.

« Elle a été atteinte dans sa dignité d’enseignante et de citoyenne, s’est exprimée une porte-parole des syndicats Sud et Solidaires, sur la voie publique. Nous sommes ici pour réaffirmer que la théorie du genre n’existe pas. Chacun et chacune d’entre nous aurait pu être la cible de la JRE. »

Elles n’ont pas été la cible, mais les victimes collatérales de cette affaire. Plusieurs enseignantes de Joué-lès-Tours (qui étaient en poste dans une autre école de la commune au moment des faits) sont arrivées ensemble hier midi, en solidarité avec leur collègue. « Nous, ça nous a fragilisés. On a dû discuter beaucoup avec les parents pour leur dire qu’ils pouvaient avoir confiance en nous. » Seules quelques familles ont finalement retiré leurs enfants pour faire l’école à la maison.
Ces enseignantes ont vécu des heures difficiles, se posant continuellement des questions. Déshabiller les enfants le jour du carnaval, faire réaliser un cahier sur le corps… « On se demandait comment ça allait être perçu par les parents. »
La directrice de l’école Blotterie, très proche de l’enseignante qui a depuis changé d’établissement, a tenu elle aussi à assister au procès. « J’aurais tant aimé témoigner… » L’avocat en a décidé autrement. « Depuis deux ans rien n’est plus comme avant…, assure la directrice qui reste malgré tout positive. Si on s’est relevé, c’est qu’on avait de très bons contacts avec les familles. On a toujours été attachés à respecter les différences. »

(*) Un tract anonyme a été distribué dans les boîtes aux lettres de Joué-lès-Tours en début de semaine appelant au soutien de Farida Belghoul ce jeudi devant le tribunal de Tours à 13 h 30.

Tours. Manipulation de l’opinion sur fond de " théorie du genre " ?

- (Photo NR, Patrice Deschamps).

Cinq heures. Il aura fallu du temps pour (tenter de) comprendre les tenants et les aboutissants d’une affaire qui, en mars 2014 avait défrayé la chronique dans une école maternelle de Joué-lès-Tours. Et très vite, bien au-delà.

En cause, la diffusion d’une vidéo le 29 mars, via YouTube, relatant par la bouche de Dalila Hassan, alors correspondante locale du mouvement Journées de retrait de l’école (JRE), le témoignage d’une mère de famille tchétchène qui lui a expliqué que son petit garçon aurait été incité par son institutrice à se déshabiller et à toucher les parties génitales de l’une de ses petites camarades. L’enseignante, bien qu’elle ne soit pas nommée, est clairement identifiable.

Diffamation publique pour l’une, complicité pour l’autre

Jeudi, Dalila Hassan et Farida Belghoul devaient répondre de diffamation publique envers un fonctionnaire pour la première, de complicité pour la seconde. Ce que leurs avocats respectifs se sont employés à démonter. Plaidant exception de bonne foi et relaxe.

A cette époque-là, 600 classes, en France, expérimentent les ABCD de l’égalité, un dispositif gouvernemental visant à lutter contre les inégalités filles-garçons. Aucune en Indre-et-Loire.

A Joué-lès-Tours pourtant, dans l’école de La Blotterie, ce témoignage, qui n’a pourtant donné lieu à aucun dépôt de plainte de la famille concernée, va servir de mèche. Va profiter à Farida Belghoul, « meneuse » du mouvement JRE qu’elle a créé pour contrer ce qu’elle craint : la diffusion d’une supposée « théorie du genre » dans les écoles.

Sur place, le terreau est visiblement favorable. La campagne électorale pour les municipales bat son plein. Et le sujet a été abordé par le candidat Frédéric Augis, devenu maire depuis. A la barre, il explique n’avoir donné que son avis sur un dispositif dont il ne partage pas la finalité.

Une enseignante " profondément blessée "

Jeudi, Farida Belghoul a défendu bec et ongles sa version. Il s’agissait uniquement d’enregistrer le témoignage. Pour ses archives. Cette professeur en disponibilité explique, avec aplomb, que c’est son cameraman, avec lequel elle a eu maille à partir depuis, qui a monté et diffusé la vidéo.

Dalila Hassan, elle, met en avant l’aide apportée à cette maman « en détresse » que la directrice de l’école n’aurait pas prise au sérieux. Sans idéologie, affirme-t-elle.

Face à ces deux femmes – dont l’une aurait pu être manipulée par l’autre, comme le souligne le procureur Jean-Luc Beck –, une enseignante profondément blessée.

Le jugement sera rendu le 19 mai.

> Les avocats de l’enseignante qui s’est constituée partie civile, ont mis en avant la « situation totalement mensongère » décrite par la vidéo, toujours visible. Pour eux, la diffamation est caractérisée.

> Ils demandent 20.000 € de dommages et intérêts et la parution du jugement dans deux quotidiens.

> Le procureur de la République a requis des peines d’amende en fonction des revenus des deux prévenues. Et la publication du jugement.
Vanina Le Gall

Pascaline Mesnage

Procès contre les JRE par siksatnam1

Voir en ligne : http://solidaires37.org/spip.php++cs_INTERRO++ar...