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Publié : 23 octobre 2015
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Les technologies numériques, levier de la mise en marché des connaissances

Le volontarisme à nouveau affirmé par les sphères éducatives, en France en particulier, incitent à se pencher à nouveau sur le rôle que jouent les technologies numériques dans la libéralisation croissante de la connaissance en général, et de l’école en particulier. Indiscutablement, leur arrivée dans le paysage de l’éducation depuis une quarantaine d’années est de nature à modifier à la fois le regard que l’on jette sur la connaissance et sa nature même ; elle peut également faire évoluer le système de valeurs qui fonde le système éducatif. Il y a là un faisceau de raisons suffisant pour approfondir un sujet qui n’est pas nouveau, mais qui est souvent abordé sans grande distance critique.

Il semble inutile d’insister sur le fait que le système éducatif français [1] constitue une ossature de la connaissance, par la contribution qu’il apporte à sa construction, à sa didactisation, à sa divulgation à tous les niveaux d’instruction, à sa reconnaissance enfin. De par le rôle qui incombe à l’université, et plus encore celui qui a été conféré aux cycles scolaires par la République, l’ensemble de cette institution est garante d’une part importante de la légitimité des savoirs. Or les TIC semblent aujourd’hui en passe de modifier profondément de nombreux aspects de cette architecture.

Et les évolutions portées par la technologie ne peuvent pas être considérées comme une donnée immanente, mais bien comme la conséquence d’une série de choix qui la plupart du temps ont servi des intérêts bien identifiables.

Il semble donc utile de faire le point sur les effets de cette pénétration, sur les raisons qui les rendent acceptables, et sur la manière dont on pourrait envisager de mettre ces technologies au service de la connaissance et de l’éducation qui nous semblent souhaitables au lieu d’en subir les à-coups comme une fatalité.

Sidération

Le point de départ de la réflexion pourrait être de s’interroger sur l’état de sidération dans lequel l’irruption des technologies informatiques a laissé la société, et singulièrement dans la dimension éducative et cognitive. Qu’il s’agisse de leur introduction à l’école, des désormais célèbres réseaux sociaux et de leurs bienfaits et méfaits, de la puissance électrique gigantesque absorbée par les grands serveurs, ou encore de l’explosion du plagiat, il n’est question la plupart du temps que de constats accompagnés d’un haussement d’épaules fataliste. Et les commentaires oscillent entre la mise en avant des merveilles de la technologie et la déploration résignée [2].

Cet état de sidération se mesure, dans le cas étudié, à l’absence de réaction organisée du corps social, que l’on peut constater en écoutant le silence des syndicats, des associations de parents d’élèves et d’étudiants... Au niveau des « intellectuels », on peut également constater la rareté des analyses critiques étayées, et leur peu d’écho dans la société. C’est en particulier le cas pour les aspects cognitifs. Des cohortes d’hagiographes remplissent des ouvrages entiers de banalités béates et de poncifs récurrents, mais fort peu d’études prennent le parti inverse, et si le constat de certains méfaits sociétaux apparaît parfois, il s’attaque rarement au fond [3]. En tout état de cause, les réflexions critiques ne permettent pas à ce jour de modifier la doxa bien établie [4] : les technologies de l’information seraient inévitables, leurs avantages très supérieurs à leurs effets néfastes, elles participeraient globalement de la démocratie, de la liberté d’expression, du savoir universel. Et surtout, elles seraient de toutes manière « neutres », ne servant que les intérêts du progrès humain. Or la socio