local : MAISON DES SYNDICATS
18 rue de l'Oiselet   -   La Camusière
37550    Saint Avertin
local :  02.47.85.11.15
portable : 07 81 55 42 14

 courriel : sudeduc37@gmail.com

Publié : 30 septembre 2015
Format PDF Enregistrer au format PDF

Le conflit israélo-palestinien selon deux manuels scolaires : un parti pris inacceptable !

« Si je prends la peine de rédiger une analyse critique de la manière dont le conflit israélo-palestinien est traité dans ces deux manuels, c’est que je suis particulièrement choqué par le parti pris dont ont fait preuve les auteurs des pages concernées. Un parti pris qui ne devrait pas exister dans un livre scolaire digne d’une société démocratique : l’école n’a pas pour mission d’endoctriner les élèves mais bien de les outiller intellectuellement pour les amener à penser par eux-mêmes. Cette accusation est sévère mais la suite de cet article démontrera qu’elle est justifiée. »

La présente analyse critique concerne les deux manuels scolaires qui sont de loin les plus utilisés en Belgique francophone et, plus précisément, les volumes de ces manuels destinés à la sixième et dernière année de l’enseignement secondaire. Il s’agit de FuturHist 6ème [1], pour l’enseignement officiel (public), et de Construire l’histoire, tome 4 [2] pour l’enseignement catholique. J’insiste toutefois sur le fait que cet article ne porte pas un jugement d’ensemble sur ces manuels (lesquels sont d’ailleurs tous deux le fruit de la collaboration de plusieurs auteurs) mais uniquement sur ce qui y est consacré au conflit israélo-palestinien. [3]

Impossible neutralité

Aucun historien ni aucun professeur d’histoire ne peuvent prétendre à une totale impartialité. Les récits historiques sont des constructions humaines qui constituent des points de vue datés sur des événements ou des situations du passé. Le travail des chercheurs et l’enseignement des professeurs sont forcément tributaires de l’état de leurs connaissances (et donc de leurs limites), de leurs centres d’intérêt, des valeurs dont ils sont porteurs ; ces trois éléments interférant de plus les uns sur les autres. Il me semble par conséquent extravagant de demander à un professeur d’histoire qu’il soit « neutre » [4]. Par contre, ce qui peut et doit à mon sens être exigé de tout historien et de tout professeur d’histoire ce sont l’honnêteté et la rigueur. L’honnêteté implique d’assumer publiquement sa subjectivité (de renoncer à toute prétention de neutralité), de ne pas omettre sciemment des éléments parce qu’ils seraient dérangeants pour l’intéressé-e et, bien sûr, de ne pas inventer des faits.

La rigueur suppose une documentation solide ainsi que l’analyse critique et comparée des sources.

Les auteurs de manuels d’histoire devraient, à mon sens, renoncer systématiquement à présenter une vision univoque des problèmes historiques qui tendrait à faire croire aux élèves que, sur telle ou telle question, il y aurait identité totale de vues entre tous les historiens. D’autant plus s’il est question d’un sujet aussi controversé que le conflit israélo-palestinien. Bien sûr, dans le cadre limité de ce type d’ouvrage, il n’est pas possible de présenter tous les points de vue existant parmi les chercheurs à propos des sujets abordés. Mais cela ne devrait pas empêcher de faire apparaître, par des exemples d’éléments contradictoires, qu’il n’y a pas de vérité définitive et incontestée en histoire (comme dans toute science d’ailleurs).

Pour ma part, cohérent avec ce qui vient d’être énoncé, tout en m’interdisant toute forme de prosélytisme, déontologiquement inacceptable (voir plus loin), j’assume devant mes élèves [5] le fait que je suis un citoyen engagé, en particulier concernant le sujet abordé ici, tout en m’efforçant de le leur présenter le plus objectivement (honnêtement) possible. Plus concrètement, mon souci est de leur donner les moyens de comprendre ce conflit : quelles en sont les causes, les protagonistes, les enjeux actuels ; comment expliquer sa durée, la difficulté d’en sortir. Refusant de leur cacher que les réponses à ces questions font l’objet de débats, je mets à leur disposition une documentation qui reflète cette multiplicité de points de vue.

Parti pris

Si je prends la peine de rédiger une analyse critique de la manière dont le conflit israélo-palestinien est traité dans ces deux manuels [6], c’est que je suis particulièrement choqué par le parti pris dont ont fait preuve les auteurs des pages concernées. Un parti pris qui ne devrait pas exister dans un livre scolaire digne d’une société démocratique : l’école n’a pas pour mission d’endoctriner les élèves mais bien de les outiller intellectuellement pour les amener à penser par eux-mêmes. Cette accusation est sévère mais la suite de cet article démontrera qu’elle est justifiée.

La synthèse historique rédigée par les auteurs du manuel est un texte normatif [7] : il présente le conflit israélo-arabe et plus particulièrement le conflit israélo-palestinien d’une manière catégorique et univoque. On y découvre pourtant de nombreuses assertions dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne font pas l’unanimité chez les historiens spécialisés. En voici des exemples.

Qui a fondé l’État d’Israël ?

« En 1948, un peuple sans terre, les Juifs, fonde un État indépendant : Israël ». Cette première phrase du paragraphe introductif offre déjà, pour le moins, matière à débat : les Juifs du monde entier constituent-ils un seul peuple [8] ? Sont-ce « les Juifs » qui ont fondé cet État ? Ne serait-il pas plus exact de dire que cette fondation fut le résultat de l’action persévérante du mouvement sioniste, un courant politique particulier, minoritaire jusqu’à la fin des années 1930, et non pas des Juifs dans leur ensemble ?

Quelques lignes plus loin, on peut lire qu’après la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni, qui avait reçu de la Société des Nations un mandat pour administrer la Palestine, se trouva alors « confronté au conflit opposant deux peuples réclamant une même terre : les Juifs de Palestine et de la diaspora d’une part, les Arabes palestiniens d’autre part  ». Les auteurs continuent ici à prétendre que ce sont les Juifs dans leur ensemble (« les Juifs de Palestine et de la diaspora ») qui revendiquaient la Terre de Palestine. Les caractères gras (qui sont le fait des auteurs [9]) mettent en évidence une soi-disant opposition entre les Juifs et les Arabes de Palestine. Je mets au défi quiconque de prouver que les Juifs de Palestine (qui constituaient environ 5 % de la population totale de ce territoire à la fin du XIXème siècle, avant le début de l’immigration de juifs européens) se sont unis aux Juifs venus d’Europe pour revendiquer la Terre de Palestine. Le mouvement sioniste [10] est une création européenne. Ce n’est que bien plus tard, après la guerre israélo-arabe de 1948-1949, que l’idéologie sioniste a commencé à se propager au sein des communautés juives du monde arabe.

1945-1949

Voici ce que les auteurs écrivent concernant ce qui s’est passé en Palestine entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1949 : « Après 1945, la Grande-Bretagne décide de renoncer à son mandat. L’ONU propose alors un plan de partage de la Palestine, que les Palestiniens rejettent. Pourtant l’indépendance de l’État d’Israël est proclamée le 14 mai 1948. Immédiatement les armées égyptienne, transjordanienne, syrienne, libanaise et irakienne interviennent militairement aux côtés des Palestiniens. C’est la première guerre israélo-arabe. Elle se termine en faveur d’Israël qui agrandit le territoire concédé par le plan de partage. Les Palestiniens quittent massivement le pays ».

C’est pour le moins laconique… et obscur. Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il renoncé à son mandat ? Que contenait le plan de partage ? Pourquoi les Palestiniens l’ont-ils rejeté ? Les dirigeants sionistes l’ont-ils accepté ? Qui a proclamé l’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948 ? Dans quel contexte historique ?

Cette période-clé et particulièrement dramatique du conflit méritait à coup sûr un dév