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Publié : 12 septembre 2015
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L’enseignement ou la nouvelle Nef des fous… Quelle galère !

Il y a une quinzaine d’années, le paysage de notre enseignement a été bouleversé par l’adoption d’une nouvelle pédagogie dite « approche par compétences » (APC). Il n’est plus possible aujourd’hui de consulter un document pédagogique destiné aux professeurs sans retrouver, à chaque page et parfois même plusieurs fois sur la même page, ce terme de « compétence »...

Le décret qui nous a fait entrer dans l’ère de l’APC est le fameux « Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement » (voté en 1997) ; celui-ci définit la compétence comme « l’aptitude à mettre en œuvre un ensemble organisé de savoirs, de savoir-faire et d’attitudes permettant d’accomplir un certain nombre de tâches ». Selon la nouvelle manière d’enseigner qu’impose l’APC, la priorité n’est plus donnée à la connaissance en soi, mais à la capacité à mobiliser les savoirs en vue de réaliser un travail déterminé. Plus personne aujourd’hui ne peut douter que ce changement radical de nos pratiques pédagogiques trouve son origine dans des injonctions venues du monde de l’économie. Le pédagogue Marcel Crahay [1] ̶ qui avait d’abord été un défenseur de l’APC mais qui, en 2005, a complètement retourné sa veste ̶ remarque que « le concept de compétences ne nous vient pas directement du champ de la psychologie scientifique, mais plutôt du monde de l’entreprise. C’est ce que semblent admettre la grande majorité des auteurs ». Et il pose pertinemment la question : « quel statut scientifique attribuer au concept de compétence venu du dehors de la science ? » Par ailleurs, dans les « Recommandations du Parlement Européen et du Conseil, du 18 décembre 2006, sur les compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie » on peut lire que « les compétences clés pour l’éducation et la formation tout au long de la vie constituent un ensemble de connaissances, d’aptitudes et d’attitudes appropriées au contexte. Elles sont particulièrement nécessaires à l’épanouissement et au développement personnels des individus, à leur inclusion sociale, à la citoyenneté active et à l’emploi (…) Elles constituent également un facteur essentiel d’innovation, de productivité et de compétitivité, et contribuent à la motivation et à la satisfaction des travailleurs, ainsi qu’à la qualité du travail. » (Journal officiel L394 du 30-12-2006)

Bref, le « bonheur » des individus passerait par l’acquisition de compétences qui les rendraient aptes à s’intégrer au monde de l’entreprise ! Derrière cette intention apparemment généreuse de développer l’autonomie de l’élève, se cache en réalité une visée bassement utilitariste : mettre en adéquation les objectifs de l’école avec ceux du monde de l’entreprise. Angélique del Rey [2] une professeure de philosophie française qui a consacré un ouvrage à la problématique de l’APC souligne que « l’école des compétences avance en se fondant sur une fabrication de comportements de plus en plus soumis à la logique utilitariste (…) La liste des compétences clés établies par l’Europe fera pression sur les États européens pour qu’ils formatent les contenus d’enseignement en fonction de cette liste, ceux-ci faisant à leur tour pression sur les enseignants pour que, à la base, ils formatent leurs cours et leur évaluation en fonction de l’acquisition de ces compétences ». L’école devient ainsi, avec l’alibi de la recherche d’une plus grande efficacité et d’une meilleure ouverture à la société, une fabrique de ressources humaines. Le problème, c’est que, en cédant ainsi à des pressions issues d’une sphère tout à fait étrangère à sa vocation première – transmettre des connaissances, éveiller des passions et permettre l’épanouissement de l’individu ̶ elle conduira inéluctablement à un appauvrissement culturel sans précédent.

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