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Publié : 11 août 2015
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Accueillir pour mieux exclure : quand le travail social se mue en maltraitance.

Lettre ouverte à Jean-Paul LEDUC, Président de l’Association Emergence

Monsieur le Président,

Cette lettre est la 4ème que le Réseau Education Sans Frontières d’Indre-et-Loire (RESF37) vous adresse. Par trois fois déjà nous vous avons demandé de faire cesser les méthodes inadmissibles de votre association à l’égard du public qu’elle prend en charge.

Nos mises en garde sont restées sans réponse.
Cette 4ème lettre sera donc la dernière.
Elle sera rendue publique.

Vous-même, Président de l’Association, la directrice, le responsable des hébergements, ainsi que les « travailleurs sociaux » que vous employez qui interviennent dans ce domaine, vous vous conduisez, non en soutiens des personnes que vous êtes censés aider, mais en exécutants zélés et serviles des pires aspects de la politique gouvernementale à l’égard des migrants, des demandeurs d’asile, de toutes les personnes démunies qui ont besoin d’un abri, d’un refuge, d’une protection.

A l’origine de votre association, et justifiant son existence, il y a des migrants que les conventions internationales et la simple humanité commandent d’accueillir dignement. La réalité de cet accueil oblige à un désolant constat :

  • sur 100 demandeurs d’asile, 20 seulement finiront, au terme de procédures longues et pénibles, soit par obtenir la protection de l’Etat français (dite « protection subsidiaire »), soit à faire reconnaître leur qualité de réfugiés.
  • les 80% restants, désignés comme « déboutés » de leur demande d’asile, basculent alors dans la catégorie des « Indésirables », des « expulsables », des rejetés, des exclus. Tous les efforts de l’Etat et de la politique migratoire qu’il met en œuvre, se concentrent alors sur un seul objectif : les chasser, de leur hébergement d’abord, du territoire ensuite. La nouvelle loi « Asile » en vigueur depuis juillet organise, accentue et systématise cette politique.

C’est dans ce cadre que s’inscrivent les « missions » de votre Association, entièrement subventionnée par l’Etat : après avoir hébergé pendant quelques mois les personnes et les familles, dans des conditions par ailleurs fort contestables (plusieurs familles dans un même appartement), vous vous employez à « faire de la place » pour les prochains arrivants.

La problématique décrite ci-dessus ne s’applique pas exclusivement à l’Association Emergence, bien évidemment. Mais vous faites partie de ces organisations dites d’accueil, d’accompagnement et de soutien, qui appliquent la politique d’exclusion et d’expulsion avec le plus de brutalité et de cynisme. Pour vous et vos salariés, tous les moyens sont bons pour mettre dehors les personnes qui, la veille encore, vous faisaient confiance. Vous n’hésitez pas à les menacer de faire intervenir la police pour les déloger, comme on ferait avec des délinquants. Vos salariés proclament à qui veut les croire qu’Emergence est dispensée des procédures légales d’expulsion. Les « travailleurs sociaux » de votre association sont passés maitres en matière de pressions psychologiques, de chantage, et de mensonge, notamment sur leur relogement par le 115 – alors que chacun sait que, contrairement aux balivernes que ces derniers colportent, le 115 les laissera à la rue si d’aventure l’expulsion du logement avait lieu.

Et ça marche !

Exténuée par le harcèlement quotidien qu’elle subissait, et terrorisée par les menaces d’intervention policière, une famille de 6 personnes, dont un bébé de 40 jours et 2 femmes gravement malades, a fini par quitter le logement où elle habitait – et dans l’heure qui a suivi, elle a été remplacée dans ce même appartement par un couple et 2 enfants avec un bébé de quelques semaines. Ces 5 personnes sans abri vivaient depuis quelque temps sous la tente, dans le « campement » des migrants du quartier du Sanitas.

Cet exemple est loin d’être unique, c’est arrivé dans un passé proche, cela va se reproduire t