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Publié : 6 juillet 2015
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[bore-out] Transformer l’ennui mortel en révolution personnelle

  Sommaire  

source : https://hackingsocialblog.wordpress...

[bore-out] Transformer l’ennui mortel en révolution personnelle

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S’ennuyer à notre époque, est-ce
possible ? Malgré Internet, malgré tous les médias, malgré tous les
loisirs et tous ces livres, CD, films séries par millions ? S’ennuyer
alors qu’une grande majorité se dit « absolument dé-bor-dée !!! » ?

Oui
répondraient tous les enfants, les ados forcés de subir des cours
ennuyeux au possible, oui répondraient les personnes qui osent encore
attendre le bus ou leur rendez-vous sans un smartphone en main. Et c’est
environ 30 % des salariés qui, malgré un PC à leur disposition,
s’ennuient parfois jusqu’à en plonger dans la dépression.

Aujourd’hui,
on va donc parler « Bore-out » (le syndrome d’épuisement par l’ennui)
un terme qui fleurit dans l’actualité sur le web et qui s’oppose au
burn-out (où le salarié s’épuise par trop de travail). Ce sera notre
base pour cet article, mais toutes les solutions proposées à ce problème
sont applicables ailleurs qu’au travail, dans toutes situations
d’ennui. Fait important, elles mènent toutes de manière plus ou moins
marquées à constituer une boîte à outil pour le hacker social que vous
êtes ou que vous allez devenir.

Le bore-out contraint


L’extrême
ennui ressemble à la dépression : plus on subit une activité ennuyeuse
ou plus on n’a rien à faire, plus on devient apathique. Les envies, les
souhaits et les désirs s’enfuient, on n’a plus de goût à rien, même les
projets les plus haletants en deviennent vidés de tout intérêt tant
l’ennui a contaminé notre paysage mental. La tristesse nous domine alors
et, si la situation se répète jour après jour, on en vient à être
désespéré et réellement dépressif.

brouilllard

Comme
le brouillard, avec l’ennui on finit par ne plus voir de perspectives
intéressantes, plus d’horizon, notre paysage mental est totalement
embrumé, apathique

Cet ennui
n’est pas systématiquement lié au manque d’activité : par exemple, en
cours, il est probable que vous l’ayez ressenti en tant qu’élève. Le
professeur peut parler d’un sujet qui nous désintéresse totalement,
aussi palpitant qu’une notice pour un appareil à obsolescence planifiée ;
ou alors son attitude en mode « cours magistral » avec une voix
monotone, assis, sans mouvement ni surprises, tuant tout espoir de
passer un moment profitable.

On a ici une
forme de bore-out contraint : l’élève ne peut pas s’enfuir du cours, il
est obligé de le subir. Si le professeur, en plus d’être inintéressant,
est si autoritaire qu’il est capable de mettre en colle l’élève qui ose
gribouiller autre chose que sa prose, alors le bore out est encore plus
infernal car d’autant plus contraint.

Il en est de
même pour les emplois non-stimulant intellectuellement : les travaux
d’entretien, les métiers où l’on doit garder/surveiller des lieux, les
emplois à l’usine ou aux tâches répétitives (et ça concerne aussi les
cadres), etc.

Ils sont à bore-out contraint, c’est-à-dire
à ennui forcé, à la fois à cause de l’activité elle-même qui est vide
d’intérêt intellectuel voire cognitif (par exemple être forcé de rester
dans un lieu où l’on n’a pas de musique, pas de collègue à qui parler,
bref sans aucune stimulation sensorielle) et à la fois à cause des
injonctions faites au salarié/au cadre (oui, maintenant beaucoup de
cadres sont aussi subordonnés que les autres à la différence qu’on leur
fait croire qu’ils ne le sont pas, cf le pavé).

On ne va pas
lister les activités ennuyeuses, mais pour les jeunes qui passerait là,
au boulot on peut être amené – toute la journée – à : casser des choux
fleurs, cliquer sur des cases, empiler des tranches de saumon, dire
bonjour-merci-au revoir toutes les 30 secondes voire moins, rentrer des
chiffres dans des colonnes, etc.

Concernant
les injonctions – explicites ou implicites – faites à l’employé pour
qu’il soit maintenu dans l’ennui mortel se compte par dizaines, dans
toutes sortes de métiers :

  • l’interdiction de parler entre collègues,
  • l’obligation de faire semblant de travailler même quand il n’y a plus rien à faire,
  • l’obligation de rester debout, souriant
    et avenant dans les métiers d’accueil et cela même quand il n’y a
    personne à l’horizon depuis des heures,
  • l’interdiction d’écouter de la musique (ou la radio) au casque ou sur un poste,
  • l’interdiction de sortir du lieu où l’on est enfermé,
  • la surveillance constante (donc la méfiance),
  • l’interdiction de manipuler les objets,
    de se comporter, de parler, de travailler d’une façon autre que celle
    prescrite par l’entreprise (on le retrouve avec le lean management subit
    par les personnes au bureau comme chez les employés en restauration
    rapide, les téléopérateurs, etc.)

Bref, dans
tous les emplois où la direction à l’absolu bêtise de priver totalement
ses employés de toute autonomie en imposant des modes de travail parfois
totalement inefficaces. L’employé se retrouve avec un emploi de robot,
vidé de toute possibilité qu’il puisse s’y intéresser.

L’ennui y est donc forcé, ce qui crée un
désengagement total de l’employé vis-à-vis de son travail (et on le
comprend) qui nuit en plus aux bénéfices de l’entreprise.

Les
entrepreneurs soucieux d’éviter que leurs salariés soient désengagés,
donc moins productifs, plus rebelles ou totalement déprimés feraient
mieux d’évincer toutes injonctions forçant à l’ennui. En résumé, ne plus
surveiller, laisser l’employé autonome et le plus libre possible dans
ses actions et son comportement. Et cela n’a rien d’utopique, des
dizaines d’entreprises laissent le champ libre à leur employés et ça
fonctionne ! (on en parle à la toute fin de l’homme formaté et ici).

 

Le placard : un bore-out punitif ?


Le placard, la placardisation ou mise en
quarantaine est une situation où un employé est écarté de ses collègues
ou de l’environnement de travail habituel, afin d’être puni. Exactement
comme la mise au coin des enfants. Selon les situations, plus personne
n’a le droit de parler à l’employé dans le placard, il est privé de
matériel, privé de travail, souvent mis dans des lieux pas très agréable
ou du moins loin de sa fonction et son prestige habituel.

Les théoriciens et chercheurs du
bore-out utilisent les témoignages de placardisation pour décrire le
bore-out. Soyons clair tout de suite, nous refusons catégoriquement de
classer « le placard » dans une problématique d’ennui, de manque
d’activité, de dépression, pour cause de manque d’activité. Pour la
simple raison que le placard est une technique de harcèlement moral, et
qu’elle n’a pas à sortir de cette catégorie sans quoi on la rendrait
plus acceptable aux yeux d’autrui. Le placard est une forme de
harcèlement et ce n’est pas dans l’ennui qu’elle provoquerait chez
l’individu que se situe le nœud du problème, mais bien dans l’aspect
punitif du placard, l’isolement social, le fait qu’on veuille clairement
l’humilier, le dévaloriser, le pousser à la démission, etc.

On a développé le sujet et des pistes pour contrer le « placard » dans L’Homme formaté
(à la fin, chapitre harcèlement) ; à noter que les solutions
véritablement efficaces, comme dans tout cas de harcèlement, tient à
l’entourage de la cible. Si vous voulez faire une bonne action, restez
alertes sur ces questions de harcèlement (au travail comme à l’école),
on a plus de pouvoir sur leur arrêt lorsque l’on n’est pas directement
ciblé.

[ci-dessus : cette vidéo avait été faite
pour dénoncer le harcèlement scolaire. Cependant, parfois les journées
de travail ressemblent à cela pour les cibles, certes avec une agression
moins « apparente » mais toute aussi violente]

Le bore-out de circonstances


Si l’on
excepte le placard qui, désolé je me répète mais c’est primordial à mon
sens, est lié au harcèlement stratégique, les situations bore-out sont,
selon ses théoriciens, un concours de circonstances.

Il n’y a pas assez d’activité dans
l’entreprise, on y poste beaucoup d’employés pour des raisons autres que
l’activité ou encore le peu de travail effectué est fait passé comme
une lourde activité. L’employé n’y est donc pas puni, il n’est pas
forcément isolé et il n’est pas contraint comme on l’a vu dans le
premier point.

Cependant, le bore out est là : l’ennui
prolongé cause une insatisfaction, des frustrations, un épuisement
apathique. La personne a l’impression de devenir folle, elle a du mal à
trouver du sens à sa vie professionnelle, elle se sent honteuse de
souffrir.

« 
La différence entre le burn out et le bore out, c’est la honte. Avoir
beaucoup de travail est dans le vent ! Nous sommes dans une société qui
valorise la suractivité. Celui qui au contraire n’est pas actif est
honteux, il a la sensation de voler son salaire. Il devient même
coupable. » Emmanuelle Rogier, psychologue du travail http://rue89.nouvelobs.com/2015/02/19/pire-burn-out-y-a-bore-out-lennui-travail-257767

Le salarié en bore-out a donc honte de souffrir de cet ennui, parce qu’il se compare à d’autres situations professionnelles :

« Et
si c’était ça qui me démolit et me replonge dans la dépression ??????
Je sais que je vais choquer les chômeurs et autres sans le sou, mais
j’ai un boulot théoriquement de rêve : bien payé, dans un domaine
intéressant, avec des collègues sympas… Mais voilà, pour le moment c’est
l’horreur, je n’ai presque plus rien à faire, tous les domaines
techniques sont hyper-organisés, je ne fais plus que de la gestion (ma
faute je n’avais qu’à pas tout si bien organiser). Et les journées sont
longues comme un jour sans pain. » http://www.20minutes.fr/societe/1623851-20150604-bore-out-travail-journees-longues-comme-jour-pain

Cette honte
provient du contexte social, de la crise : les salariés ont honte de
souffrir, parce qu’eux, ils ont un emploi. Avoir un emploi devrait être
considéré comme une chance dont on n’a pas à se plaindre. Et ce déni de
la souffrance, il ne se trouve pas que dans les situations de bore-out,
parfois en situation de harcèlement, d’exploitation totale, les salariés
n’osent rien dire de leur souffrance parce qu’ils auraient cette
chance.

Qu’on le clarifie tout de suite : non, ce n’est pas une « chance » d’avoir un emploi.
Cette idée que le travail est une chance est totalement idéologique.
Avoir un emploi, c’est simplement avoir passé un contrat avec une
entreprise ou une institution. Au fond, les seules chances liés à cette
signature de contrat sont liés à l’argent (« super, tu vas pouvoir
investir dans un collecteur d’eau pour ta maison ! »), la satisfaction
des activités qui sont faites au travail (« waou, c’est super de pouvoir
réaliser/organiser des services/objets pour les gens ! »), ou liées au
social (« Purée, y a une sacrée ambiance à ton boulot, qu’est-ce que ça
doit être sympa de se marrer comme ça ! »).

Donc, chacun a le droit, la légitimité,
d’être souffrant au travail et cela quel que soit l’argent que ça
rapporte ; tout comme chacun a le droit et la légitimité de ne pas être souffrant au chômage et d’y mener des activités plus palpitantes qu’au travail.

« Moi aussi je
suis payée à ne rien faire, beaucoup de gens me disent que c’est le
boulot de rêve, mais cela a fini par me mener à la dépression (cela fait
un an et demi que je travaille à ce poste). J’ai l’impression d’être
inutile ». http://www.20minutes.fr/societe/1623851-20150604-bore-out-travail-journees-longues-comme-jour-pain

Et quand les
personnes persistent à avoir des représentations erronées, on peut leur
expliquer en quoi ce n’est pas un boulot de rêve et en quoi cela est
gênant de l’avouer. Fait avec respect d’autrui, bienveillance, chacun
est capable de comprendre qu’on peut avoir un statut enviable, un bon
salaire, mais que le travail en lui-même n’est pas du tout ce à quoi on
s’imagine.

« Quand le
chef passe, quand il entre, il m’arrive de sursauter tellement je suis
dans la lune : ça va ? Tout va bien ? Oui-oui, ca va ! En fait, c’est
trop calme,
c’est l’horreur ! », (uci n° 2, 0002, 2007). Christian Bourion et Stéphane Trebucq, « Le bore-out-syndrom », Revue internationale de psychosociologie 2011/41 (Vol. XVII), p. 319-346. DOI 10.3917/rips.041.0319

Mais
généralement, les personnes ne parlent pas de cet ennui. Au travail, ils
feintent l’activité, et souffrent d’autant plus de cette mascarade.
Tout d’abord, ils ont peur de passer pour des fainéants, mais la peur
qui me semble la plus tenace est celle du chômage : ils ont peur de
perdre leur emploi, peur de toutes les représentations catastrophique
qu’on fait du chômeur, peur qu’avouer qu’il n’y a rien à faire à son
poste puisse conduire à de nombreux licenciements.

D’autres avouent leur ennui et font avec :

« 
Aujourd’hui, je n’ai plus honte de dire que je m’ennuie au travail
notamment depuis que j’ai lu que ceux qui s’ennuient ne sont pas les
fainéants mais au contraire, ceux qui veulent faire […] Aujourd’hui, je
n’ai plus honte d’être au taquet à Duel Quiz et d’avoir franchi un bon
niveau à Candy Crush. Mais demain, j’aimerais occuper un poste qui me
donne envie de me lever le matin. » http://www.20minutes.fr/societe/1623851-20150604-bore-out-travail-journees-longues-comme-jour-pain

D’autres employés subissant le bore-out
ont réussit à regarder l’intégralité de l’excellente série Breaking bad,
apportent de la lecture, passent leur temps à chatter sur le Net,
surfent sur la toile mais sans grande conviction.

Que peut-on faire pour ces salariés ? Voici la réponse d’un des chercheurs du bore-out :

« 
Il est souvent difficile de changer les choses sans quitter son poste.
La première étape pour limiter les risques de bore-out, c’est prendre
conscience de sa situation. Passer son temps à ne rien faire au bureau,
emprisonne la personne dans une forme de « normalité » qui n’a rien de
normale ! Prendre du recul est essentiel et salvateur. Les personnes
touchées par le burn-out s’enferment dans un travail incessant, celles
confrontées au bore-out s’enferment dans l’ennui. Pour une personne qui a
été placardisée, hormis la démission, il n’y a malheureusement pas
beaucoup d’échappatoire. Pour les autres, et notamment les jeunes, qui
sont parfois employés à des postes « inutiles » au début de leur
carrière, il est possible d’apprendre de cette situation. Il faut en
profiter pour se développer malgré tout, sonder quelles sont ses
aspirations professionnelles réelles, ce que l’on souhaite vraiment
réaliser à travers son travail. Cela permet, bien souvent, de mettre en
place des stratégies pour faire évoluer les choses, instaurer un
dialogue avec sa hiérarchie et signaler que l’on mérite mieux qu’un
poste vide de sens. Pour continuer à avancer, à s’épanouir, il faut
refuser de se laisser emmurer dans l’ennui professionnel. » Christian
Bourion http://www.psychologies.com/Travail/Souffrance-au-travail/Stress-au-travail/Interviews/Bore-out-quand-l-ennui-au-travail-rend-malade/3

Cependant, si Christian Bourion donne
ci-dessus des conseils de bon sens, il a également commis ce schéma dans
une de ces études sur le bore out :