local : MAISON DES SYNDICATS
18 rue de l'Oiselet   -   La Camusière
37550    Saint Avertin
local :  02.47.85.11.15
portable : 07 81 55 42 14

 courriel : sudeduc37@gmail.com

Publié : 18 avril 2015
Format PDF Enregistrer au format PDF

John Rizzo, l’Aped et les grands complots gauchistes

Sauver l’école ? est la question centrale du livre que John Rizzo est venu présenté ce lundi 30 mars à Auderghem lors d’une soirée-spectacle-débat. Mais que contient ce livre et pourquoi bénéficie-t-il d’un tel écho médiatique et du soutien de Madame Milquet ?

Sauver l’école ? Voici la question posée par John Rizzo dans son ouvrage éponyme. Un livre de plus sur l’école, certes, mais un livre qui semble bénéficier d’une publicité particulière. En effet, sorti le 18 mars dernier, il apparait sur de nombreux sites internet (enseignons.be, Fondation pour l’enseignement,…), en quatrième de couverture du « Tribune-CGSP » de mars et est très bien distribué en librairie. Bravo la maison d’édition ! Pour couronner le tout, l’auteur a présenté son livre lors d’une « soirée innovante, drôle et émouvante » à Auderghem le 30 mars dernier (entrées payantes et soirée complète). Pour cette soirée-débat, l’auteur s’est entouré de nombreux intervenants parmi lesquels Joëlle Milquet, ministre de l’enseignement de la fédération wallonie-Bruxelles, Etienne de Callataÿ, économiste en chef et administrateur délégué de la Banque Degroof, Pascal Chardome, président CGSP, Frank Andriat, tout cela animé par Eddy Cackelberghs, journaliste de la RTBF. Le ton est donné.

Mais que contient donc ce livre tant médiatisé et qui est ce John Rizzo ?

Informaticien de formation, il a enseigné l’informatique à des adultes pendant plusieurs années chez IBM. Il mettra un premier pas dans l’école en concevant un logiciel de gestion intégrée des absences, des bulletins, des inscriptions et des horaires, mais, à l’heure où Internet n’est pas encore présent, le projet n’aboutira pas. John Rizzo va alors fonder une start-up de formations informatiques pour adultes. Son entreprise sera revendue en 2011 à une grande entreprise américaine et, dès lors, il décide de se consacrer à l’étude du système scolaire belge en espérant, dit-il, l’aider un peu. Merci M. Rizzo, personne n’y avait pensé avant vous !

Le goût de leffort  !

Au fil de ses lectures, M. Rizzo se pose des questions et n’hésite pas à rencontrer des acteurs de terrain prêts à répondre à ses interrogations. Il rencontrera ainsi Jean, un patron « philanthrope » francophone installé en Flandre qui s’étonne de ne pas trouver de main d’œuvre wallonne pour son usine alors que le chômage atteint 20% dans certaines régions. Ce taux de chômage, ajoute l’auteur, « semble intimement lié à l’enseignement » [1]. Comme la vie est bien faite, c’est juste à ce moment-là que le Forem fait appel à John Rizzo pour assurer une formation. Après une sélection des candidats, il aura la charge de douze demandeurs d’emploi. Bilan : sur les dix personnes ayant mené à terme la formation, seuls quatre décrocheront un emploi dans une filière soit disant porteuse : la programmation Java. Résultats assez maigres. Mais pourquoi ? Il s’agit certainement d’un manque de « savoir-être » et du goût de l’effort. Attitudes que l’école, selon lui, doit inculquer aux enfants. En passant, l’auteur s’interroge sur le niveau des jeunes de 18 ans qui sortent du qualifiant. Ne devraient-ils pas, avance l’auteur, avoir une qualification équivalente à celle d’un stagiaire du Forem ? John Rizzo aura quand même l’honnêteté intellectuelle de souligner que les exigences des employeurs sont de plus en plus élevées, mais il n’envisage nullement le peu d’emplois vacants (1.5% en Belgique). Pour lui, l’école est en grande partie responsable de ce manque d’accès à l’emploi. Les enfants n’ont plus le goût de l’effort ! Raisonnement simpliste !

De la théorie à la pratique

Après cette expérience, John Rizzo envoie son CV à tout Bruxelles offrant ses services pour des remplacements dans le primaire ou le secondaire. C’est ainsi qu’il rentrera, le 4 novembre 2013, dans l’enseignement de plein exercice en tant qu’instituteur « article 20 ».

La première partie de son livre se continuera donc par la narration de quatre intérims dans des établissements différents. Chaque expérience sera ainsi l’occasion pour lui de tester diverses pédagogies avec des résultats plus ou moins heureux, de se poser différentes questions et de chercher auprès de personnes ressources des réponses.

Les cours « photocopies »  : gaspillage de temps et de ressources.

Ainsi, lors de son premier intérim de trois semaines, il sera très étonné de voir que les enseignants perdent énormément de temps dans la confection d’un cours sous forme de photocopies alors qu’il existe de bons manuels. Il en viendra même à se demander si ces heures perdues ne sont pas là pour déculpabiliser l’enseignant. En effet, ajoute-t-il, hormis ces heures de cinquante minutes réellement prestées face aux élèves, ce temps passé à « réinventer la roue » remplit « tout le temps libre de ces professeurs qui se retrouvent alors effectivement débordés » [2]. Cette problématique des cours photocopiés est, selon lui, « un des principaux gaspillage de temps et de ressources de notre enseignement » [3]. Pour appuyer son propos, il rencontrera l’éditeur Van In qui lui fera part de son inquiétude, tiens donc, face aux nombreuses photocopies, non pas des manuels, mais des photocopies constituant les cours des enseignants. Selon lui, le vrai problème « c’est que leur qualité est souvent mauvaise, voire carrément douteuse ». Tout le contraire du manuel qui « est par définition supérieur à la majorité des cours bricolés individuellement ». [4] Quel mépris pour les enseignants qui, effectivement, passent de nombreuses heures pour construire un cours cohérent, correspondant aux élèves qu’ils ont en face d’eux. Qu’on me montre donc ce manuel idéal que je pourrai suivre aveuglément ! Dans le secondaire et particulièrement en français, je ne l’ai pas encore rencontré. De plus, même si ce fameux manuel existait, quel enseignant pourrait se contenter de cet outil ? Notre métier de pédagogue implique nécessairement un travail indispensable de préparation. La matière est à notre disposition, certes, mais l’enseignant doit se l’approprier pour la transmettre de manière la plus pédagogiquement adaptée à ses élèves. Cela aussi demande du temps !

Un trop grand taux dencadrement.

Son deuxième intérim le conduira dans une école d’un quartier socio économiquement favorisé mais comportant une concentration d’élèves en difficulté (enfants avec troubles de l’apprentissage : dyslexie, dyscalculie,…). L’école semble « paradisiaque », mais John Rizzo est étonné de voir le nombre d’instituteurs disponibles pour animer des activités complémentaires tels que des jeux mathématiques. Ainsi, entre la gym, la morale, les langues, l’activité bibliothèque,… les portions de cours sont réduites. Il en vient donc à se demander pourquoi on ne lui demande pas de s’occuper d’autres élèves pendant ce temps, ajoutant que « Du point de vue du contribuable, c’est surprenant : y aurait-il trop de personnel à occuper ? » [5] John Rizzo aime ces généralisations outrancières. Par contre, il ne s’est pas interrogé sur le fait que l’encadrement particulier dont bénéficie l’école serait peut-être justifié par le public spécifique constitué de nombreux enfants en difficulté.

Une école fantôme et trois terreurs.

Après ces deux intérims de quelques semaines dans des écoles plutôt calmes, John Rizzo sera amené à effectuer un remplacement dans une école « fantôme » ne comptant plus que neuf élèves. Cette fois, il s’agit d’un intérim de plus longue durée. En effet, l’institutrice des plus jeunes a été mise à pied car « elle s’est montrée à ce point permissive que l’indiscipline a rendu impossible tout enseignement » [6]. M. Rizzo se trouve donc, dans une « zone sinistrée de Wallonie » face à trois enfants de 6, 7 et 8 ans suivis par le service d’aide à la jeunesse et hébergés dans l’internat voisin. Un beau défi pour un instituteur très motivé, mais un intérim qui se soldera par une… démission. En effet, après avoir tenté plusieurs méthodes, dont la force, John Rizzo trouve que « les conditions sont trop dangereuses. D’une part, je ne suis pas armé pour la situation. D’autre part, les enfants se rendent compte qu’ils ne font pas face à une équipe soudée, déterminée et pluridisciplinaire, organisée autour d’un plan efficace pour les éduquer » [7].

Son expérience aura donc duré dix jours ! Elle lui permettra aussi de tirer quelques conclusions. Tout d’abord cela lui permettra d’être plus compatissant envers tous ces enseignants travaillant dans des écoles difficiles. Ensuite, très paradoxalement, alors que lui a jeté l’éponge après dix jours, John Rizzo conclura que « l’impunité totale n’existe pas : lorsqu’un professeur est manifestement incompétent, à tel point que sa classe dysfonctionne totalement, il peut être mis à pied ». Dans le cas de cette enseignante, on parle donc d’incompétence, mais il n’en nullement question en ce qui concerne notre intérimaire qui a « préféré » quitter le navire. Il ajoutera même que « avant mon arrivée, les enfants ont subi tout un trimestre de déréliction et de laisser-faire » [8]. C’est sans doute aussi pour cela qu’il n’a pu redresser la barre ! Mais qui le fera ?

Les horaires et les vacances  : des privilèges considérés comme des acquis.

Ce remplacement difficile a aussi permis à John Rizzo de découvrir que les enseignants bénéficiaient d’un grand privilège : les vacances scolaires. Lui qui vient du privé avait même oublié qu’il avait droit à plus de vacances que sa femme qui, elle, devait retourner au travail le lendemain du jour de Noël ! Ne voulant pas rester oisif pendant 10 jours, il continue à se documenter sur l’école tout en s’interrogeant sur le temps de travail réel des enseignants. Hormis tous ces congés (six semaines plus les vacances d’été pour lui et ses 100 000 collègues), combien d’heures sont réellement prestées par les enseignants ? Cela sera aussi l’occasion, pour l’auteur, d’opposer les « vieux » profs susceptibles quand on aborde la question des congés aux enseignants débutants qui « se félicitent généralement de leur chance ». « Avec l’ancienneté, ajoute-t-il, les avantages de la profession passent pour un acquis inattaquable dont on ne parle qu’avec émotion […] » [9].

Vers une école mutuelle.

La première partie de l’ouvrage se termine par la relation du quatrième intérim, plus long que les précédents, dans « une des huit communes les plus nanties de Bruxelles ». Le public : deux tiers d’enfants provenant de familles modestes mais n’habitant pas le quartier, familles « suffisamment motivées pour faire traverser la ville en métro à leur progéniture afin de leur garantir un enseignement de bon niveau » [10] et un tiers issu de familles expatriées travaillant dans des multinationales, à l’OTAN ou d’autres institutions. Un public assez favorisé, donc.

Disposant de plus de temps, John Rizzo pourra développer davantage ce qu’il avait expérimenté auparavant. Le but est de minimiser le plus possible le temps de parole de l’enseignant et de rendre actif les enfants. But tout à fait louable.

La méthode est simple : les enfants sont mis au travail et doivent être maîtres de leurs apprentissages. S’ils ont besoin d’aide, un système de tutorat entre pairs est mis en place. Ils se retrouvent ainsi face à un dossier de 8 à 10 feuilles (tiens, des photocopies ?) qui présentent aux enfants la matière sur laquelle ils seront évalués. Ces dossiers renvoient tantôt à des pages d’exercices à réaliser dans les différents manuels, tantôt à des vidéos YouTube, dont celles de la Khan Academy. Les nouvelles technologies ont donc une place importante dans le dispositif et la voie est ouverte à la pédagogie inversée.

À la lecture de l’ouvrage, cette méthode a l’air de porter ses fruits et seuls 4 « réfractaires » sont isolés et soumis à une « rééducation au travail ». Isolés du groupe et relégués en « division 3 », ces 4 élèves « doivent comprendre que la liberté se mérite ». Ne devant pas s’occuper des élèves qui travaillent « librement sous la bienveillante direction des deux chefs de classe », John Rizzo se consacre aux élèves de « division 3 » et, deux semaines plus tard, constate que la méthode a porté ses fruits.

La méthode fonctionne donc et peut être, selon l’auteur, généralisée. Oui, elle peut certainement l’être, mais rappelons-nous des conditions dans lesquelles cette méthode a été appliquée. En effet, comme le soulignait l’auteur lui-même, les enfants de cette école, même s’ils ne sont pas tous issus d’un milieu social privilégié, sont soutenus par des parents attentifs ayant choisi cette école pour l’enseignement de « bon niveau » qui y est donné. John Rizzo a donc face à lui un cadre académique privilégié. Cette méthode serait-elle tout aussi efficace dans un tout autre environnement beaucoup moins privilégié ?

L’évaluation au centre du processus.

L’évaluation est au centre de cette méthode. L’instituteur veut en effet donner le goût de l’effort et de l’excellence à ses élèves et il n’est pas question de se satisfaire du minimum, ajoute-t-il. Des tableaux de progression individualisée sont réalisés par deux « lieutenants » de la classe et chaque enfant peut y accoler une gommette une fois le test correspondant réalisé. Un même tableau est réalisé pour la discipline en classe. Chacun peut ainsi voir sa progression et celle des autres. Ce système est évidemment très valorisant pour les bons élèves mais me semble tout à fait stigmatisant pour ceux qui ont plus de difficultés.

On assiste alors à une course aux gommettes et à une culture de l’évaluation constante. Ainsi, un enfant, plus nonchalant, se voit rappeler à l’ordre car il n’a encore aucune gommette et, l’instituteur exigeant des gommettes pour le lendemain, l’enfant promet de travailler avec sa maman à la maison pour réussir ses tests. Heureusement pour lui, sa maman a pu l’aider. Mais qu’en sera-t-il des autres issus de milieux plus défavorisés ?

En se taisant, John Rizzo a ainsi forcé les enfants à se parler et à organiser leurs apprentissages, mais dans un cadre très clairement défini. En effet, pour favoriser la concentration, la classe est réorganisée : les enfants sont tournés vers les murs, les fenêtres et armoires, tournant le dos au centre de la classe et réduisant les tentations de distraction. L’instituteur encourage même l’achat d’un casque antibruit (11€) ! Un espace silencieux est installé dans le couloir permettant ainsi aux autres enfants de pouvoir discuter dans la classe, dans le cadre d’un tutorat, par exemple.

1 enseignant pour 1000 enfants

Les enfants avancent seuls et l’enseignant se trouve dès lors désœuvré car même les corrections sont réalisées par les élèves. Il s’ennuie et se dit qu’on pourrait facilement doubler le nombre d’élèves sous « sa coupe », voire plus encore. C’est en effet ce qu’il a découvert à travers l’école mutuelle : un maître regroupe les élèves en fonction de leur niveau. Au sein de ces groupes homogènes, les élèves se donnent cours entre eux. On pourrait aller jusqu’à 1000 élèves pour un seul prof, alors que la Fédération Wallonie-Bruxelles paie en moyenne un enseignant pour quinze élèves dans le primaire et neuf élèves dans le secondaire. Ce qui s’explique, ajoute-t-il, « par le fait que chaque professeur est moins souvent en classe que ses élèves et que certains enseignants sont en mission ou en prépension » [11].

Une occasion de plus pour réclamer une présence plus conséquente des enseignants dans leurs classes et d’insister à nouveau sur la notion d’acquis en ce qui concerne les prestations des enseignants. Ainsi l’on peut lire la citation d’une ancienne enseignante devenue inspectrice : « Le premier obstacle à la présence des enseignants à l’école est la composition à 90% féminine des professeurs. Par exemple, lorsqu’elles ont des enfants en bas âge, elles veulent qu’ils soient le moins possible à la crèche. Puis elles s’habituent à rester à la maison. Les enseignants considèrent que l’horaire flexible et les congés scolaires sont un dû. Beaucoup sont devenus des fonctionnaires habitués à 20 heures/semaine. » [12]. Que de clichés et de généralisations dans une seule citation !

Un temps de travail réel très réduit

Dans la même logique, John Rizzo calcule le temps de travail réel à l’école primaire. Ainsi, en enlevant le temps de midi, les récréations, une « certaine nonchalance [qui] fait perdre au moins six fois neuf minutes » [13] par jour lors des déplacements dans les couloirs entre la cour et la classe, nos enfants ont quatre heures et six minutes de travail réel quotidien. Il s’agit plus ou moins de la moitié du temps consacré au travail par les élèves de la King Solomon Academy de Londres, école qu’il est allée visiter et qui porte fièrement le slogan « Work hard ».

La « charter shool » en exemple

John Rizzo a découvert La King Solomon Academy suite à sa rencontre avec Wendy Kopps, fondatrice de Teach for America. Cette dernière estime que la KSA est l’une des écoles les plus efficaces au monde, capable de faire réussir à l’université des enfants des quartiers les plus défavorisés de la capitale anglaise. En réalité cet établissement n’est rien d’autre qu’une charter school, une école à charte.

« L’état verse à l’école une somme précise par élève que la direction répartit comme elle le souhaite entre les bâtiments, les salaires, la cantine, etc. La direction recrute et licencie librement l’ensemble de ses employés, comme dans n’importe quelle PME. Elle peut même décider de rémunérer mieux l’un ou l’autre selon ses performances ou tout autre critère » [14].

Ce genre d’établissement existe depuis de nombreuses années aux USA et, dans certains cas, a montré ses limites. En effet, dans la course aux bénéfices, des chefs d’entreprises se sont emparés du concept et se sont improvisés directeur d’école. Ainsi, pour engranger des bénéfices plus conséquents, ces patrons peu scrupuleux rognent sur tous les postes, gérant ces écoles comme de véritables entreprises privées. Leur seule contrainte : la réussite des évaluations. La pression est ainsi mise sur les élèves qui doivent réussir les évaluations externes et sur les enseignants qui doivent être corvéables à merci et disponibles au-delà des 38 heures de présences prônées par John Rizzo. Doit-on vraiment prendre ce genre d’école pour modèles ?

Vers une analyse  ?

La première partie de l’ouvrage était consacrée à la narration des différentes expériences pratiques de John Rizzo tandis que la deuxième est dédiée à une tentative d’analyse, fort décousue.

Toujours dans la même démarche, l’auteur ira à la rencontre de plusieurs personnes telles que Pierre Pirard, fondateur de Teach for Belgium. Cet ancien patron, tout comme John Rizzo, « se bat aujourd’hui pour ouvrir l’horizon de chacun des élèves de sa classe de septième professionnelle » [15]. Le Saint homme ! Le programme est simple : amener les universitaires les plus brillants à devenir enseignants dans les classes les plus difficiles. Les jeunes universitaires, après une courte formation pédagogique, « s’engagent à enseigner deux ans en milieu défavorisé avant d’entamer la carrière privée à laquelle leurs études les prédisposent » [16]. Ce passage par l’enseignement leur permet également de rentrer dans un réseau d’alumni qui leur est présenté comme un atout indéniable pour la suite de leur carrière. On est quand même loin d’une visée humanitaire !

De la même manière, John Rizzo entrera en contact avec des associations citoyennes qui « essaient de sauver l’école ». L’APED n’est pas concerné et vous comprendrez bientôt pourquoi.

Ainsi, à Paris, il fera la connaissance de Lena qui a fondé YouthStart Belgium qui, selon son analyse, est « un système parallèle à l’État qui se charge de rattraper les dégâts que le système scolaire n’a pas pu réparer » [17]. Cette association a pour but principal de développer l’esprit entrepreneurial des jeunes.

Il est intéressant de s’adresser aux jeunes, mais John Rizzo cherchera une association qui s’adresse aux enseignants car « on ne peut sauver l’école sans passer par les enseignants ». C’est ainsi que, au fil de ses recherches, il découvrira le programme Savoir-être à l’école lancé par Learn to Be. Les constats de ces formateurs sont les mêmes que ceux de John Rizzo : les professeurs parlent trop et monopolisent la parole.

La question financière

La suite de son analyse se penchera sur le financement de notre système d’éducation. Il conclura, sans grande surprise, que notre système scolaire n’est pas du tout sous-financé et qu’il compte beaucoup d’enseignants, voire beaucoup trop. Voulant démontrer qu’un taux d’encadrement bas n’a pas d’influence sur la qualité de l’enseignement, John Rizzo compare deux extrêmes : la Corée du Sud et le Luxembourg. Son étalon : les points obtenus aux tests PISA et la norme d’encadrement des élèves. Et que constate-t-il ? Le taux d’encadrement des élèves en Corée du Sud est bien inférieur à celui du Luxembourg (34 élèves en secondaire contre 20) pourtant le score PISA de la Corée du Sud est bien supérieur à celui du Luxembourg (542 contre 490). Quelle brillante démonstration !

Ces chiffres ne prouvent rien quand on sait que, en Corée du Sud, 80.9% des élèves du primaire, 70.6% du secondaire inférieur et 57.6% du secondaire supérieur ont recours à des cours privés [18]. De plus, le système scolaire Sud-coréen est un des plus concurrentiels au monde et les enfants y sont mis sous pression constante, un peu comme dans la charter school décrite plus haut. Tout se tient dans le raisonnement de M. Rizzo : il faut privilégier la qualité à la quantité et donc réduire le nombre d’enseignants.

Le grand complot imaginé par l’Aped

Pour finir ; John Rizzo s’en prend à différentes thèses qui, selon lui, recherchent un « grand complot » qui serait à l’origine de la déglingue de l’écol