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L’Ecole à la sauce de la Loi Travail

Sélection à l’Université, réforme du bac et du lycée
ou le tri social en marche.

Article de Sud Educ. 37 pour le journal de SOLIDAIRES 37

Code de l’Education, article L6212-3 : « Tout candidat est libre de s’inscrire dans l’établissement de son choix […] les dispositions relatives à la répartition entre les établissements et les formations excluent toute sélection ».
Blanquer nous sert jusqu’à l’écœurement la rhétorique du bon sens et du prêt à penser : les lycéen-ennes ont besoin d’être accompagné-es dans leur choix de formation, les lycéen-ennes ont plus de chance de réussir dans une filière pour laquelle ils-elles sont doué-es, les études doivent déboucher sur un travail …
N’écoutant que son bon cœur Blanquer demande dans l’urgence de mettre en œuvre une réforme qui n’a pas encore été votée ! Et c’est l’avalanche de mesures censées fluidifier le parcours des étudiant-es :
Une plate-forme numérique, ParcoursSup, et un deuxième professeur principal en Terminale qui remplacent des conseillers d’orientation – Qui pense encore que c’est un métier ? Pas Blanquer ! -, des « attendus » de compétence des lycéens différents selon les universités, des dossiers avec seulement 10 choix mais autant de lettres de motivation, et pour ceux dont les dossiers n’auront pas été suffisants, des parcours de remédiation à la carte imposés sans moyen (l’université à la sauce numérique), tandis que les refoulé-es auront le droit de ne pas faire d’études ou d’attendre une place là où ils-elles ne souhaitent pas aller.
Petit florilège du dossier qu’un-e lycéen-enne de 17 ans devra remplir :
« Comment imaginez-vous votre vie professionnelle dans 10 ans » ? « Vos centres d’intérêts/ vos activités en dehors du lycée » ou encore « vos points forts/ faibles scolaires et extra-scolaires », un vrai entretien individuel avec la DRH ! Que veut-on évaluer ici ? L’élève ou son milieu social, familial ? Qui s’en sortira le mieux ?
Ainsi, le gouvernement organise encore une fois la pénurie de moyens. Face à la poussée démographique, il propose la sélection à l’entrée à l’université afin que les Universités fonctionnent sans moyens supplémentaires. Ce qui se fera au détriment des plus fragiles scolairement et socialement.
Des esprits mal intentionnés feront peut-être le rapprochement avec la Réforme du collège et son aide personnalisée en classe entière ou plus récemment les CP à 12 en REP + qui justifient le manque des RASED (réseau d’aide spécialisée) et suppriment les maîtres supplémentaires dans les autres écoles. En Indre-et-Loire les CP à12 ne concernent que 4 classes !
Que dire enfin de la situation des personnels des universités ? Déjà précarisés, ceux-ci devront absorber cette réforme sans aucune garantie de recrutement de personnels titulaires.
Un tri social devenu officiel, la remise en cause du droit pour tout-e citoyen-enne à acquérir une formation choisie à l’université, bien joué !
Le projet de Blanquer est très cohérent : la réforme du bac et du lycée à venir s’articule à la réforme de l’université. Les parcours des élèves seront de plus en plus individualisés à l’aide des blocs de compétences calquées sur le monde professionnel, tandis que le baccalauréat perdra son statut de premier grade universitaire par le biais d’un contrôle continu renforcé.
C’est la fin programmée des garanties collectives liées au diplôme. Avec l’individualisation de chaque parcours d’élève, il y aura autant de bac que d’élèves, donc plus de diplôme national. Un bac validé dans tel lycée d’éducation prioritaire aura peu de poids face au bac obtenu dans un grand lycée. L’employeur pourra jouer la concurrence via les blocs de compétences obtenus et le lieu de la scolarité. C’est la simple application de la logique de la Loi Travail à la formation initiale.
Ces réformes constituent le coup de boutoir qui permettra d’abattre définitivement les bases des acquis du Programme National de la Résistance, dont l’édifice est déjà profondément fragilisé.
L’organisation du tri social dès le lycée puis à l’université s’inscrit complétement dans le projet d’une société néolibérale qui s’appuie sur la destruction des cadres collectifs, la réduction de dépenses publiques et l’augmentation des inégalités.

Il s’agit désormais de construire la mobilisation, une mobilisation plus large que le simple monde enseignant …. 


Sélection à l’entrée de l’Université

lundi 15 janvier 2018


  • Le gouvernement vante les mérites de Parcoursup par rapport à APB, sous prétexte que tous les dossiers des candidat-e-s seraient examinés de façon qualitative par les établissements d’enseignement supérieur. C’est faux ! Puisque dans le même temps le gouvernement promet aux universités la mise en place d’algorithmes locaux pour trier automatiquement les dossiers en fonction des notes. Il est en effet impossible de classer autrement en quelques semaines les milliers de dossiers qui parviendront à chaque formation. Parcoursup, ce sont des APB locaux, aux critères opaques, à la place d’APB.
  • Le gouvernement assure aux élèves et à leurs familles qu’il existera des formations non-sélectives sur Parcoursup. C’est faux ! Avec la loi relative « à l’orientation et à la réussite des étudiants » qui accompagne Parcoursup, bien qu’elle ne soit pas encore adoptée par le parlement, les universités pourront sélectionner en priorité les meilleurs élèves, puis refuser les autres candidat-e-s une fois leurs capacités d’accueil atteintes. Parcoursup, c’est APB, avec en plus la sélection à l’entrée de l’université.
  • Le gouvernement défend la définition d’attendus pour chaque filière d’enseignement supérieur, conditions supposément requises pour y réussir, en expliquant que les élèves de terminale pourront faire leurs vœux sur Parcoursup en connaissance de cause. C’est faux ! Face à la résistance d’un nombre croissant d’universités et de composantes qui boycottent la remontée de ces attendus, et que SUD éducation soutient, le gouvernement vient de repousser au 6 mars la date limite pour les publier. Les attendus, s’ils existent, ne seront donc connus des élèves
    qu’une semaine avant la date de clôture des vœux sur Parcoursup, fixée au 13 mars. Parcoursup, c’est APB, la transparence sur les critères d’admission en moins.

Parcoursup est supposé résoudre les difficultés soi-disant techniques d’APB, qui en 2017 avait laissé sans affectation pendant des mois des dizaines de milliers de bachelier-e-s. C’est faux ! En mettant fin à la hiérarchisation des vœux, Parcoursup s’apprête à créer d’interminables listes d’attente, génératrices d’anxiété pour les élèves et leurs familles. Parcoursup, c’est APB, avec davantage de délais et surtout de laissé-e-s pour compte.

Pour SUD éducation, le seul moyen d’accueillir dans de bonnes conditions tous les étudiant-e-s qui souhaitent poursuivre des études supérieures, c’est d’investir massivement dans l’éducation. Nous revendiquons :

  • Le retrait sans conditions du Plan Étudiants et du projet de loi relatif « à l’orientation et à la réussite des étudiants ».
  • Un plan d’urgence pour l’enseignement supérieur et la recherche, financé à hauteur de 3 milliards d’euros par an sur dix ans, permettant la construction d’établissements et l’embauche de 5 000 personnels titulaires par an.

La fédération SUD éducation appelle les salarié-e-s de l’éducation et de l’enseignement supérieur à se réunir, pour construire dans l’unité, avec les étudiant-e-s, les élèves et leurs parents, un mouvement de résistance d’ampleur à l’instauration de la sélection à l’entrée de l’université ; elle appelle les collègues des universités à ne pas appliquer cette sélection.

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communiqué-parcoursup

 

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communiqué abandon des évaluations CP

- Chaque lycéen-ne pourra faire jusqu’à dix vœux d’orientation non-hiérarchisés.
Deux semaines seront consacrées au projet d’orientation en Terminale.
Compilés, ces vœux seront ensuite étudiés par le conseil de classe du second trimestre et le/la chef-fe d’établissement rendra un avis sur chacun d’entre eux pour ensuite le transmettre aux établissements de l’enseignement supérieur via une « fiche Avenir ».

- Le nombre de places dans chaque formation sera fixé par le recteur. Le tirage au sort et l’algorithme d’affectation automatique sont supprimés, les dossiers des lycéen-ne-s sont consultés par les équipes pédagogiques des établissements où ils souhaitent étudier.

- Leur sélection se fera sur la base des « attendus » fixés pour chacune des formations avec des critères de type : filière de bac, notes dans certaines matières, cinq derniers bulletins de note, lettre de motivation, notes au bac de français, investissement associatif, ou encore suivi d’un MOOC présentant la filière.

- Dans les formations sélectives (CPGE, DUT, BTS, écoles…) les réponses possibles aux élèves demeurent les mêmes : Oui, Non, En attente (liste d’attente).

- Dans les formations « non-sélectives », les universités vont choisir des élèves qui remplissent ces « attendus ». S’il leur reste des places, elles doivent accepter d’autres élèves, mais en conditionnant leur inscription à l’acceptation d’un parcours pédagogique spécifique, par exemple une année de mise à niveau. L’étudiant-e devra donc faire une espèce « d’année zéro » allongeant la durée de son cursus universitaire.

- Pour les élèves qui n’auront eu aucune place car leurs attendus n’auront pas été jugés bon par les universités demandées, une commission rectorale d’accès au supérieur se réunira chaque semaine pour leur proposer des affectations dès les résultats du bac.

- Les universités pourront proposer aux étudiant-e-s des parcours à la carte via les « contrats de réussite pédagogique » : remise à niveau, cursus pluridisciplinaire, accéléré ou accompagné, de durées variables… le tout supervisé par un « directeur des études » par grand champ disciplinaire qui pourra faire évoluer ce contrat de réussite pédagogique.

Ce plan étudiant est une remise en cause du libre accès à l’enseignement supérieur. Il introduit purement et simplement la sélection à l’entrée à l’université.

Individualiser les parcours c’est établir une concurrence entre les élèves, mettre en place des pré-requis, et donc
accentuer encore la sélection sociale et les inégalités.

Non au tri dès le lycée !

Afin de guider les élèves dans leurs choix d’orientation, le projet de loi prévoit la nomination dès décembre d’un second-e professeur-e principal-e dans chaque classe de Terminale. Leur mission est de conseiller les élèves en matière d’orientation, de choix de filières et de compiler leurs vœux pour étude approfondie lors du conseil de classe du second trimestre.

Une partie du travail d’orientation et de sélection reviendrait aux enseignant-e-s des lycées : accompagnement des élèves dans le choix des filières, avis lors des conseils de classe devenant des conseils d’orientation, etc.

Cela impliquerait encore une surcharge de travail. De plus, alors que les PSY-EN donnent des conseils aux élèves, les enseignant-e-s auraient de fait un poids décisionnel dans l’orientation des élèves. Le rôle des enseignant-e‑s n’est pas de se transformer en auxiliaire de la sélection sociale : nous refusons ce travail de tri !

Les conséquences de cette réforme vont être une accentuation du processus de tri social et l’exclusion des classes populaires de l’enseignement supérieur.

Pour un vrai service public d’orientation

Le conseil et l’accompagnement à l’orientation nécessite des qualifications spécifiques : c’est le rôle des conseiller-e-s
d’orientation (devenu-e-s Psy-EN).
Pourtant aujourd’hui cette mission est de plus en plus deléguée aux enseignant-e-s tandis que les conditions de travail des collègues Psy-EN se dégradent : augmentation des missions, baisse du nombre de postes, regroupement et fermeture des CIO et multiplication du nombre d’établissements couverts par un-e même Psy-EN. D’autre part, le projet de loi prévoit la mise en place d’un tutorat des lycéen-ne-s par… des services civiques !

SUD éducation revendique des moyens pour un service public d’orientation : réouverture des CIO, embauche de personnels titulaires et formés pour assurer ce travail auprès des élèves.

Des universités sous pression

L’annonce d’un investissement d’un milliard d’euros à destination de l’enseignement supérieur et de la recherche est un leurre. Y figurent 450 millions d’euros déjà budgétisés sous forme d’appels à projet : toutes les universités n’en bénéficieront pas, n’y auront droit que celles dont les projets sont en adéquation avec les volontés gouvernementales.

Il reste donc 550 millions d’euros budgétisés sur 5 ans pour accueillir près de 3 millions d’étudiant-e-s d’ici à 2025 !

C’est totalement insuffisant, d’autant qu’aucune garantie n’existe sur les recrutements de personnels titulaires. Bien au contraire, les contrats précaires, contractuels ou vacataires, se multiplient à tous les étages : enseignant‑e‑s, personnels techniques, administratifs et des bibliothèques. Les conditions de travail et d’étude des personnels et des usager-e‑s des universités se sont fortement dégradées ces dernières années.

Ces quinze dernières années, les choix gouvernementaux en matière d’enseignement supérieur et de recherche sont clairs : l’université doit s’adapter au marché.

Les collègues enseignant-e-s/chercheurs-euses à l’université accompliraient le reste du travail de sélection en examinant un nombre de dossiers incalculables (tous les choix non hiérarchisés devant a priori être examinés !).

La réforme du Bac, c’est l’adaptation du Bac à une université sélective

Ce projet de loi s’articule enfin aux annonces faites par Blanquer au sujet du Bac. D’une part, le contrôle continu serait renforcé, le contrôle terminal étant réduit à quatre disciplines.

Or, nous savons très bien avec le précédent des lycées professionnels que cela créerait des bacs « territoriaux », et donnerait donc une valeur différente aux bacs de centre-ville et aux bacs estampillés « ZEP ».

D’autre part, le Bac ne serait plus la conclusion des études secondaires, et ainsi le premier niveau de qualification ouvrant à des droits dans le monde du travail, mais il serait la porte d’entrée vers la sélection dans le supérieur. Un bac modulaire qui ouvrirait les portes de telle ou telle filière en fonction des modules validés.

SUD éducation appelle les personnels à se réunir afin de discuter des modalités d’actions contre ce Plan étudiant qui constitue un recul sans précédents du droit aux études supérieures.

Documents joints

Réforme du bac et sélection à l'université
Réforme du bac et sélection à l’université
Le tri social en marche !